Douchy. Une employée a détourné pour 71 000 euros de jeux à gratter d’un point presse
Non seulement cette Douchynoise de vingt-sept ans n’a pas remporté de gros lot, mais elle a perdu son travail avant d’être condamnée par la justice. Elle évoque une addiction aux jeux.

Inconnue de la justice et dévorée par l’angoisse
Il est plus de vingt heures quand vient enfin le tour de Céline* de passer à la barre. Elle attendait depuis 13h30. De longs cheveux châtains, petite et menue, la jeune femme semble dévorée par l’angoisse. Ses doigts s’agitent sur ses vêtements comme le ferait un enfant avec son doudou. À vingt-sept ans, son casier ne comporte aucune mention. Son conjoint ne travaille pas et le couple doit donc composer avec environ 1000 euros d’ARE, avec leurs deux enfants, vu que Céline a perdu son emploi.
Car, entre janvier et septembre 2024, elle travaillait dans un point presse à Douchy, en CDD. Son patron, pleinement satisfait de son travail, comptait même lui faire signer un CDI. Mais voilà : au cours d’un inventaire, il a découvert un trou dans la caisse de plus de 50 000 euros. Une semaine avant la signature du prochain contrat. Le gérant a mené son enquête et il a très vite compris d’où provenait l’hémorragie : devant les caméras de surveillance, entre deux clients, Céline grattait des jeux, de façon frénétique. Après un nouveau calcul, le préjudice a été établi à 71 000 euros. Une perte qui aurait pu mettre en péril les 80 emplois du magasin, heureusement assez solide pour encaisser le coup.
« Ça m’apaisait »
“Le montant me choque”, commente Céline au cours de son procès. Elle répète avoir agi ainsi par addiction. Le président Barry lui demande donc pourquoi ne pas s’être fait aider, dans ce cas. Céline répond qu’elle n’a pas osé en parler. Selon elle, tout est parti de clients mécontents suite à de possibles erreurs d’encaissements. Elle a commencé à gratter dans l’espoir de gagner assez pour rembourser ces sommes, pourtant minimes, et puis ça s’est emballé dans son esprit. Elle encaissait les gains dans d’autres établissements, mais les remettait toujours en jeu. “Ça m’apaisait”, explique la prévenue, simplement, incapable de dire combien de jeux elle grattait par jour.

“C’est une véritable trahison”, plaide maître Massin pour le gérant. L’avocat estime qu’il ne s’agit pas d’une pathologie, étant donné qu’elle a su arrêter une fois démasquée. Il réclame le remboursement des sommes, ainsi qu’un sursis probatoire avec obligation d’indemnisation.
“Vous avez mis en danger 80 personnes”, souligne la procureur adjointe Mazingarbe à l’adresse de la prévenue. La magistrate a calculé jusqu’à 4000 euros de jeux par semaine et elle ne constate pas de véritable volonté de rembourser chez Céline. En conséquence, elle requiert une peine de trois mois de prison, avec sursis probatoire assorti d’obligations d’indemniser les victimes, de travailler et de soigner son addiction.
Une obligation de soigner son addiction, de travailler et… d’indemniser
“Personne n’a pensé à faire une expertise psychologique”, regrette maître Lejuste qui salue l’honnêteté du gérant, constatant qu’il a dressé un compte exact et justifié du préjudice subi. “Je suis d’accord avec la peine requise et les demandes de la partie civile”, poursuit l’avocate, qui se demande néanmoins si le discernement de sa cliente n’était pas altéré au moment des faits, d’autant qu’elle les commettait sous l’œil de caméras dont elle connaissait l’existence. L’avocate parle de “quelqu’un de totalement effondré” qui va mettre beaucoup de temps pour rembourser cette dette “astronomique”.
Le tribunal valide les réquisitions auxquelles il ajoute une interdiction de travailler dans un établissement de jeux pendant deux ans. La partie civile a également été entendue dans ses demandes. Et le président Barry regrette, lui aussi, qu’il n’y ait pas eu d’expertise dans ce dossier.
* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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Ressources
Les chiffres de la délinquance à Douchy-les-mines.
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