Douchy. Un jeune homme condamné pour une série de règlements de compte avec armes

Temps de lecture : 5 minutes

La dernière scène de violences, le 21 juillet dernier, avait fait beaucoup de bruit dans la presse locale et à Douchy. Batte de baseball ou bâton, tournevis, couteau, voitures dégradées : un jeune a aussi été sérieusement blessé au bras.

Image par Engin Akyurt de Pixabay


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Déjà connu de la justice

Le président Ott explique d’emblée que les faits jugés ce 3 septembre s’inscrivent dans un contexte plus large, de conflits entre plusieurs familles, et que le tribunal va se concentrer uniquement sur les infractions commises par Kévin*. Celui-ci se présente dans le box avec des cheveux courts, noirs, un bouc bien taillé, une veste de sport, et les bras croisés. Nerveux. Son casier comporte quelques mentions en lien avec les stupéfiants et des violences qui le mettent en état de récidive pour certains faits reprochés. Il fait l’objet d’une autre procédure et se trouvait sous sursis probatoire, pour lequel Kévin ne montrait pas un grand intérêt.

Le président Ott l’interroge, d’abord, sur des dégradations commises dans la nuit du 31 janvier au 1er février et Kévin reconnaît, en effet, avoir passé ses nerfs sur la voiture de la demi-sœur de son ex avec un total de 1500 euros de dégâts.

— Pourquoi vous avez fait ça ? demande le président Ott.

— J’ai pas de raison particulière. […] C’était de la haine, mais pour moi, c’est de l’histoire ancienne.

Bien plus tard, le 20 juillet, il a eu le malheur de croiser une ex, en voiture, alors qu’il était sous le coup d’une interdiction de contact avec elle. Comme elle n’a pas voulu lui parler, il a jeté une tasse sur son véhicule, qui a occasionné un enfoncement dans la carrosserie: “je ne sais pas comment j’en suis venu à faire ça”, déclare Kévin.

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Six semaines d’ITT

Le lendemain, alors qu’il dormait, des cris le réveillent : Fadela*, la mère d’un de ses amis, est venue chez lui armée d’un bâton et accompagnée d’un jeune homme, Rayan*. Tous deux s’expliquent avec la mère de Kévin : “Ils se sont montrés menaçants devant ma mère, je suis parti dans le garage, j’ai pris un tournevis, je suis sorti devant chez moi, il a voulu me mettre des coups, j’ai répliqué comme ça.” C’est-à-dire en transperçant l’avant-bras de Rayan qui a dû se faire opérer et s’est vu fixer une ITT de six semaines. Lui assure par ailleurs que c’est un couteau qui l’a blessé, et non pas le tournevis.

— Pourquoi vous n’avez pas appelé la police ? questionne maître Babouri, l’avocat de Rayan.

— La police ? Elle aurait mis trop de temps à venir, assure Kévin. J’ai défendu ma maison, ma mère était menacée par ces deux-là.

Fadela se présente à la barre pour témoigner : “Je suis allée le voir pour lui demander de laisser mon fils en dehors de ses trafics de drogue. […] Je sais qu’il a l’habitude de mettre des coups de couteau aux gens”. Raison pour laquelle, elle a cru bon de s’armer d’un bâton, avec lequel elle a reconnu avoir dégradé la voiture de son propre fils, juste après les faits. Selon elle, ce dernier ferait l’objet d’un chantage par Kévin pour qu’il lui obéisse. “Je subis un enfer, avec ma fille. On nous menace de viol.” “Elle est folle, elle”, s’énerve Kévin dans son box, immédiatement repris par le président Ott.

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Vingt mois de prison requis

“Aujourd’hui, on règle ses comptes avec un couteau. C’est devenu une banalité, c’est effrayant”, plaide maître Babouri pour Rayan, rappelant que ce dernier doit “son salut à des femmes qui sont venues s’interposer”. “Ces faits s’inscrivent dans un contexte de conflits croisés, entre plusieurs familles, qui ont compliqué les investigations”, déplore, de son côté, la substitute Boutaba. La magistrate doit, d’ailleurs, avertir l’assistance et notamment les proches de Kévin venus assister au procès : On ne tolérera aucunes représailles, aucune menace, directe ou indirecte”. Elle requiert un total de 20 mois de prison, dont 6 avec sursis probatoire et un maintien en détention, au vu d’un “risque de récidive très élevé” et de l’absence de remise en question de Kévin.

“Il a agi comme un enfant voulant protéger sa mère”, insiste maître Descamps, qui estime que Kévin se trouvait en état de légitime défense lors des derniers faits. Pour les précédents à l’encontre de son ex, ou de la demi-sœur : “il fait ça parce qu’il est en souffrance et qu’il ne sait pas gérer cette souffrance, comment l’exprimer. […] Tout ça pour une gonzesse, il faut être malade !”. L’avocate demande au tribunal de prononcer un aménagement ab initio avec un placement chez son oncle, en région parisienne, pour l’éloigner de ses fréquentations, de son ex, etc.

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Un total de vingt-sept mois de prison, mais sans maintien en détention

Le tribunal prononce la peine de 24 mois de prison, dont 15 avec sursis probatoire pendant 2 ans, assorti d’obligations de fixer sa résidence chez son oncle, de travailler, d’indemniser les parties civiles, de se soigner et des interdictions de contact avec les victimes, de paraître aux abords de leurs domiciles, et de détenir une arme soumise à autorisation. Son précédent sursis a également été révoqué à hauteur de 3 mois. Le tribunal n’a cependant pas prononcé le maintien en détention : Kévin devra donc partir immédiatement chez son oncle et rencontrer un juge d’application des peines pour voir comment effectuer la partie ferme de sa sanction. Enfin, outre une amende de 150 euros, il devra verser une provision de 3000 euros à Rayan en attendant l’expertise médicale qui permettra de chiffrer son préjudice. Quant à Fadela, il devra lui verser un total de 1600 euros.


* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources

Les chiffres de la délinquance à Douchy-les-mines.


3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.


La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.


Dans mon couple, je ne contrôle pas ma violence, je craque, j’insulte, je frappe, j’ai besoin de me faire aider : 08 019 019 11


Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, ou rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal : prise en charge du lundi au vendredi 8h30 -12h / 13h30 – 16h30 sav.valenciennes@primtoit.org 03.59.38.43.19 ou 03.27.20.26.26 ou directement au TJ 6 avenue des Dentellières 59300 Valenciennes.


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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