Saint-Saulve. Lardé de coups de couteau en pleine rue : un père et son fils condamnés
Le 20 août 2023, un groupe de jeunes discutait à la grille d’une résidence quand ils ont vu débouler deux individus armés d’un couteau pour l’un et d’une batte pour l’autre. Le procès s’est tenu ce 2 octobre.

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« Une famille à problèmes » qui « sème la terreur »
Dans le box, vêtu d’une veste aussi noire que ses cheveux mi-longs et sa barbe, Mathieu* semble déconnecté de son procès. Le jeune homme de 24 ans l’attend pourtant depuis deux ans en détention provisoire. À la barre, Louis*, son père, plus massif, dégarni, bénéficie quant à lui d’un contrôle judiciaire. Il faut dire que l’implication dans les violences reprochées et les antécédents diffèrent. Le casier du premier comporte sept mentions depuis 2017, dont une extorsion qui lui vaut un état de récidive. Le quadra n’a été condamné qu’une seule fois, pour des agressions sexuelles incestueuses à l’encontre de sa fille. Des faits qui lui valent aussi un état de récidive légale. Contrairement à son fils qui n’a aucun diplôme et n’a jamais travaillé, Louis fait bouillir la marmite familiale grâce à un CDI depuis 24 ans. Marié depuis 1996, il a six enfants. Le voisinage, interrogé par les enquêteurs, les présente comme “une famille à problèmes” qui “sème la terreur” dans le quartier.
20 août 2023. Il fait nuit, l’éclairage public s’est éteint et seul le lampadaire de leur résidence permet à Rayan*, Salvatore* et Vincent* de se voir pendant qu’ils discutent devant la grille de leur immeuble, tout en buvant un coup. Une amie les accompagne. Soudain, ils entendent un riverain crier après eux. Les jeunes baissent d’un ton, mais peu après, Mathieu déboule, armé d’un couteau, suivi par Louis, armé d’une batte. Ils leur reprochent d’avoir appelé la police, la veille, pour dénoncer des violences conjugales, alors qu’il ne s’agissait que d’une simple dispute, d’après eux. Mathieu tente de porter un coup à Salvatore, qui l’évite et réplique par un coup de pied, qui le fait tomber. Les agresseurs s’en prennent alors à Rayan, étranglé, puis lardé de coups de couteau, et roué de coups de poing, de pied, de batte. Il pense à sa compagne, enceinte. Se dit qu’il ne verra jamais son bébé. Qu’il va mourir, là, devant cette grille.
Mais l’un de ses amis va chercher de l’aide et la police intervient. Les agresseurs rentrent chez eux, et ne fournissent aucune explication à leurs proches avant leur interpellation.
Rayan a dû rester un moment à l’hôpital, avec de nombreuses blessures et notamment une lacération du foie et une contusion de la rétine. Le légiste a fixé son ITT à deux semaines.
Des faits contestés
D’une voix presque inaudible, Mathieu avance une version très différente. Selon lui, ce seraient les victimes qui l’auraient agressé pour une feuille à rouler, avec un couteau et une barre de fer. Lui n’aurait jamais tenu d’arme. “Je suis sorti bien après mon fils”, assure Louis, “je me suis fait frapper, je suis tombé à terre. Je ne sais même pas ce qu’il s’est passé. […] Je suis sorti juste pour voir ce qu’il se passait.”
— Je ne comprends pas comment l’une des victimes a pu se faire poignarder si vous n’avez pas tenu de couteau, interroge l’un des assesseurs.
— Je ne sais pas, répond Mathieu.
— Si ce sont eux les agresseurs, pourquoi vont-ils chercher de l’aide ? s’étonne maître Grillet, avocate de Rayane.
« Une personnalité pathologique de type psychopathique »
“Ça a gâché toute une vie, ce qu’il s’est passé”, témoigne ce dernier, à la barre, “je suis fantomatique, je suis en hypervigilance tout le temps”. Selon son psychologue, le jeune homme souffrirait d’un stress post-traumatique, comme les “combattants de guerre”. Il a déménagé du quartier dès qu’il en a eu la possibilité, contrairement à Salvatore.
Le psychiatre qui a expertisé Mathieu indique qu’il vit comme un adolescent, colérique, avec un fonctionnement victimaire. Il décèle une “personnalité pathologique de type psychopathique” avec une “dangerosité criminologique importante”. “Il m’a vu cinq minutes !”, s’agace l’intéressé. Pourtant, le psychologue tire les mêmes conclusions, et souligne son “opposition passive”. Mathieu est arrivé en retard à son rendez-vous, parce qu’il voulait finir sa sieste et n’a pas répondu aux questions, parce qu’il n’en avait pas envie.
Pour Louis, le psychiatre note aussi un repli sur lui-même et une impulsivité.

Le parquet requiert des peines mixtes
“Le père est désagréable, le fils est glaçant”, résume à sa façon maître Jacquelin, au soutien de Salvatore. “Il n’a pas été blessé physiquement, mais psychologiquement”, souligne l’avocate qui réclame 3000 euros de dommages et intérêts.
“Quatre coups de couteau dans des zones léthales, ça ressemble à une tentative d’homicide”, poursuit maître Grillet, pour Rayan, qui réclame quant à elle une provision de 10 000 euros ainsi qu’une expertise médicale pour chiffrer le préjudice subi par son client.
La représentante du parquet espérait voir au moins de l’empathie à l’égard des victimes chez les deux prévenus. En vain. Pour la magistrate, les versions du père et du fils s’avèrent “invraissemblables” et incompatibles avec les expertises médicales, au contraire des déclarations des victimes “concordantes et constantes”. Elle requiert donc 5 ans de prison, dont 2, avec sursis probatoire en plus de la révocation d’un précédent sursis de 2 mois, avec maintien en détention, pour Mathieu. Concernant Louis, elle réclame une peine de 3 ans, dont 2, avec sursis probatoire en plus de la révocation de son sursis à hauteur de 6 mois, sans s’opposer à un éventuel bracelet électronique.
Pour défendre ses deux clients, maître Blin brandit de nombreuses photos et autres plans destinés à montrer la configuration des lieux, et donc à démontrer des incohérences chez les victimes et témoins. “On est quasiment dans un dossier Marvel tant il y a de choses extraordinaires qui nous sont racontées !”, lance l’avocat, qui réclame donc la relaxe de Mathieu et de Louis.
Cinq et quatre ans de prison ferme
Le tribunal va pourtant bien au-delà des réquisitions avec une peine de 5 ans de prison assortie du maintien en détention, pour Mathieu. En plus de la révocation du sursis de 2 mois. Louis se voit quant à lui condamné à une peine de 3 ans de prison avec mandat de dépôt à effet différé en plus de la révocation de son précédent sursis à hauteur d’un an, avec exécution provisoire. “Nous considérons que vous avez aidé votre fils à commettre des faits extrêmement graves”, commente la présidente Gosteau. Ils devront tous deux indemniser les victimes dans les montants réclamés à l’audience.
* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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Ressources
Les chiffres de la délinquance à Saint-Saulve.
Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, ou rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal : prise en charge du lundi au vendredi 8h30 -12h / 13h30 – 16h30 sav.valenciennes@primtoit.org 03.59.38.43.19 ou 03.27.20.26.26 ou directement au TJ 6 avenue des Dentellières 59300 Valenciennes.






