Saint-Saulve. « Tu m’appartiens » : une année de harcèlement devant le tribunal
Ce 30 avril, un quadragénaire a été jugé en comparution immédiate pour avoir harcelé son ex, pendant une année, à Saint-Saulve. Il s’en tire avec un peu plus de onze mois de prison.

Des insultes quasi quotidiennes
Mal à l’aise, Nicolas* s’avance à la barre pour s’expliquer sur les faits qui lui sont reprochés. De taille moyenne, brun, avec les cheveux très courts, il porte une moustache. Sur le banc des parties civiles, Céline*, avec une tenue assortie à ses cheveux noirs, semble très affectée.
Elle a déposé plainte le 10 septembre 2024 en expliquant que la veille, Nicolas avait sonné chez elle à 200 reprises, alors qu’ils étaient en couple depuis huit mois. Elle dénonce des insultes presque tous les jours depuis le mois de juin. En octobre, les policiers l’appellent pour savoir comment la situation a évolué et elle leur indique qu’elle n’ose plus sortir de chez elle à cause de lui. Ses voisins assurent voir le quadra l’épier, se cacher dans des buissons ou à proximité. En novembre, Céline veut retirer sa plainte et redonner une chance à leur couple, estimant qu’il a compris et changé. Mais peu après, Nicolas menace de se suicider, et de tuer les hommes qui approcheraient d’elle.
« Tu m’appartiens »
En avril 2025, il est placé en garde à vue et reconnaît un climat conflictuel. Face au tribunal, il reconnaît les faits, mais les nuance quelque peu : « des messages, on en envoyait tous les deux. […] Je n’ai jamais insulté ni menacé. […] On consomme beaucoup d’alcool tous les deux : on s’est rencontré en cure ».
La présidente l’interroge sur l’un des messages que Nicolas a envoyés à Céline dans lequel il lui dit qu’elle lui appartient. Mais pour le quadra, « c’est pas méchant », c’est une marque d’amour. Une réponse qui inquiète les magistrats.
Derrière lui, Céline s’effondre en larmes très vite. Elle trouve néanmoins la force de prendre la parole : « Tout ce qu’il a dit est vrai. Il n’y a pas eu de violences physiques, juste du harcèlement. […] Je ne veux pas qu’il aille en détention, je ne veux pas que ça aille aussi loin que ça. Tout ce que je veux, c’est une mesure d’éloignement. Mon fils est parti à cause de lui… […] Psychologiquement, je ne suis pas bien. […] Je ne veux pas de dommages et intérêts, je veux juste qu’il me laisse ».
Un alcoolisme bien ancré
La présidente précise que Nicolas est ouvrier agricole, mais en arrêt de travail depuis plusieurs années, avec un gros problème d’alcool. L’expert psychologue a relevé chez lui un manque d’empathie qui peut l’amener à adopter des « comportements inadaptés » notamment dans ses relations amoureuses. Le casier du quadra comporte trois mentions, pour des délits routiers et des violences conjugales, ce qui lui vaut de se trouver sous le coup d’un sursis probatoire qui se déroule bien, selon le SPIP. Il vit chez sa tante et assure n’avoir plus avalé une goutte d’alcool depuis décembre.
« Un homme brisé »
La représentante du parquet explique avoir choisi la voie de la comparution immédiate « pour mettre un coup d’arrêt immédiat à ses agissements ». La magistrate souligne que la police a dû intervenir à sept reprises au domicile de madame et à la demande de celle-ci entre juin et octobre, à cause de Nicolas. Elle requiert dix mois de prison, dont cinq avec sursis probatoire pendant deux ans, assorti d’obligations de soins et interdiction de contact, de se présenter au domicile de la victime et même de paraître à Saint-Saulve, avec exécution provisoire. Le parquet ne s’oppose cependant pas à un aménagement de peine à l’audience.
« C’est un homme brisé depuis au moins l’adolescence », plaide l’avocate du quadra, qui soulève que celui-ci « a retrouvé son père pendu le soir de Noël », à l’âge de dix-sept ans. Ensuite, il a perdu sa fille : « tous les jours, il se rend au cimetière ». « Rongé pendant des années par l’alcool », poursuit maître Lagache, il doit prendre vingt-quatre comprimés par jour « pour tenir debout ». Elle parle aussi d’une « relation passionnelle, extrêmement instable » et réclame une peine intégralement sous sursis probatoire.
Dix mois de prison dont huit avec sursis probatoire
Le tribunal fixe la sanction à dix mois de prison, dont huit, avec sursis probatoire pendant deux ans, assorti des interdictions et obligations requises par le parquet à l’exception de l’interdiction de paraître à Saint-Saulve : les juges limitent celle-ci à la rue où réside la victime. Le précédent sursis de Nicolas est révoqué à hauteur de six semaines et la partie ferme est aménagée sous la forme d’un bracelet électronique. Le quadra est, enfin, inéligible pendant deux ans.
* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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Ressources
Les chiffres de la délinquance à Saint-Saulve.
La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.
Des questions par rapport à votre consommation d’alcool ou celle de vos proches ?
Un problème de dépendance ? L’association GREID peut vous aider.
Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal ou prenez contact avec le Service d’Aide aux Victimes au 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr





