Amandinois. Un “bon papy” condamné pour dix-huit années d’attouchements sur ses petites-filles

Temps de lecture : 7 minutes

Un procès poignant s’est tenu ce 14 mai au tribunal de Valenciennes. Un septuagénaire a été condamné à quatre ans de prison pour des agressions sexuelles sur ses quatre petites-filles. Des faits commis entre 2004 et 2022.

Image par Gerd Altmann de Pixabay
Un papy à l’apparence tout à fait ordinaire

Le prévenu s’avance à la barre d’un pas mal assuré. De taille moyenne, mais large d’épaules, Jean-Marie* conserve quelques cheveux blancs sur son crâne dégarni. Il est âgé de soixante-seize ans, tout comme Gérard Depardieu. Inconnu de la justice, l’ancien métallo occupe sa retraite en jardinant et en bricolant. Un papy à l’apparence tout à fait ordinaire, en somme.

Derrière lui, sur le banc des parties civiles, se tiennent sa fille, Valérie*, et deux de ses petites-filles : Chloé* et Lucie*. Pauline*, la plus jeune, préfère rester dans le fond de la salle. Sa jambe tremble de façon frénétique. De l’autre côté, quatre personnes sont venues pour soutenir Jean-Marie. Tout au long du procès, elles montreront leur agacement face aux accusations dont il est l’objet, secoueront la tête, souffleront.

Jean-Marie a déjà perdu une partie de sa famille. Peut-il se permettre de décevoir ceux qui l’accompagnent encore en avouant les faits ? “Je n’ai jamais fait ce genre de choses. Ce sont mes petits-enfants, je ne comprends même pas !”, clame le septuagénaire, d’emblée.

L’enquête démarre après une tentative de suicide

Le président Ott rappelle le dossier qui démarre de façon tragique : fin 2023, Pauline, douze ans, se jette par la fenêtre du troisième étage. Par miracle, elle survit, même si elle a été immobilisée pendant de longues semaines. Un suivi psychologique démarre, ainsi qu’une enquête. Elle attribue son geste à un harcèlement scolaire dont elle aurait été victime. Ses camarades de classe sont entendus et plusieurs d’entre eux confirment que Pauline a été mise à l’écart parce qu’elle avait raconté ce que son papy lui a fait, ce qui mettait les enfants très mal à l’aise.

Les enquêteurs interrogent Pauline qui évoque, en effet, des séjours chez les grands-parents, dans un contexte familial très compliqué, entre sept et onze ans. Elle parle d’attouchements et de corruption de mineur, avec ses mots, dans le jardin, dans le salon : “c’était presque à chaque fois que j’y allais”, explique-t-elle alors aux policiers.

Sa mère, Valérie, était au courant et avait convoqué une réunion de famille pour confronter Jean-Marie à ces accusations. Il aurait reconnu à cette occasion avoir voulu faire l’éducation sexuelle de Pauline. Mais Valérie n’a pas déposé plainte, dissuadée par une psychothérapeute qui craignait que ça n’empire encore la situation, selon elle. La maman assure avoir, elle aussi, été victime des mêmes faits de la part de Jean-Marie, quand elle était enfant.

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Les autres petits-enfants apportent leurs témoignages, et les enquêteurs découvrent alors de nouvelles victimes : “quand il nous croisait, il avait toujours un prétexte pour nous toucher”, dit Chloé qui a, elle aussi, tenté deux fois d’attenter à sa propre vie. “Il me pelotait les genoux, il profitait qu’on avait des jupes, l’été”, abonde Laura.

“Je l’ai peut-être touchée, mais c’était dans le cadre d’un jeu. C’était des chatouilles et on va dire que ma main a plongé vers son sexe”, a reconnu Jean-Marie lors de ses auditions. Des “semi-aveux” lâchés sous l’émotion, après avoir appris la tentative de suicide de Pauline, répétera-t-il à l’audience. “Je n’ai jamais été qu’un bon père, un bon grand-père. […] Je ne vois pas pourquoi tout ça me tombe sur le dos”, se défend le septuagénaire qui ne cesse de répéter “je suis un bon papy”.

Des victimes courageuses

Désormais majeure, Chloé se présente à la barre pour confirmer ses déclarations devant les enquêteurs : elle a bien subi ces attouchements entre six et douze ans. Elle revient aussi sur ses tentatives de suicide : “je ne savais plus vers qui me tourner pour parler”. La jeune femme souligne, enfin, l’absence de lien entre les différentes victimes, cousines, sœurs, demi-sœurs du fait de la situation familiale compliquée.

Valérie prend la suite, des trémolos dans la voix, les yeux humides. Elle évoque une nouvelle tentative de suicide de Pauline, très récente, et reproche à sa propre mère de ne pas la soutenir et même de lui reprocher de vouloir salir leur nom. Pour expliquer ces révélations tardives, elle évoque les violences psychologiques exercées par Jean-Marie, la grave maladie de sa mère. Et la honte.

Avec un courage remarquable, Pauline parvient à se présenter à son tour à la barre pour parler de ses difficultés psychologiques, en larmes. Face à elle, une assesseur semble très émue par ses propos et son attitude.

Sa grande sœur, Lucie, lui succède pour faire part de sa colère au tribunal, après avoir entendu la détresse de Pauline : “Moi aussi, j’ai peur des hommes âgés dans le métro, dans le train, dans la rue. […] J’attends une condamnation la plus lourde possible”.

Des aveux impossibles ?

Jean-Marie revient à la barre après elles, touché : “si j’ai pu donner l’impression de faire ces choses, je suis désolé, je leur demande pardon. Pardon, si je vous ai poussées à ce genre de choses. Je m’excuse.” Son avocat, maître Delplanque, saisit l’occasion pour lui demander de préciser pourquoi il s’excuse. Mais Jean-Marie se réfugie aussi sec dans ses dénégations : “toucher le sexe, moi, je n’en avais pas conscience. C’était des jeux, des jeux d’enfants. […] Pour moi, c’était inconscient, je ne voyais pas cette importance, que c’était si grave que ça. […] Je l’ai peut-être fait… mais inconsciemment, mais jamais sur la peau directement”.

“Monsieur, un accident, ça ne se répète pas sur une durée de prévention aussi longue et sur plusieurs victimes”, tente de nouveau le parquet, “moi, je n’ai jamais vu mes grands-pères nus, ils ne m’ont jamais touché la cuisse”. “Je n’arrive pas à dire que j’ai fait ce genre de choses”, répond Jean-Marie, effondré sur la barre, “je ne vois pas le mal dans tout ça”.

Des expertises pour chiffrer les lourds préjudices

“J’attendais un peu plus d’honnêteté d’un homme qui se déclare comme un parfait père, comme un parfait grand-père”, attaque maître Descamps, avocate de Pauline et de sa maman, qui estime que les victimes “relatent des scènes précises, circonstanciées, sans vouloir en rajouter”. Elle réclame un renvoi aux intérêts civils, avec une expertise pour Pauline et des provisions de 5000 et 2500 euros.

Lucie, non représentée par un avocat, réclame elle aussi 5000 euros. De son côté, Laura n’a pas assisté à l’audience, mais a envoyé un mail que le président Ott a lu à haute voix. La jeune femme reprend ses déclarations : “pour lui, c’était un jeu. […] Il semblait étrangement attiré par mes genoux. […] Aujourd’hui encore, je complexe à l’idée de porter une robe. […] Je ne me sens pas à l’aise avec mon corps. […] J’ai peur des gens, des personnes plus âgées”.

Les pompiers ont dû intervenir

En entendant ces mots, Jean-Marie fait un malaise. Ses soutiens se précipitent pour lui tapoter le visage : “reviens avec nous ! Reviens avec nous !” Le président Ott fait évacuer la salle d’audience. On appelle les pompiers. En attendant leur arrivée, le septuagénaire reprend conscience et se met à pleurer. Depuis la salle des pas perdus, on entend ses longs sanglots, avant que les pompiers n’arrivent pour l’emmener passer des examens. Il signe cependant un pouvoir de représentation à son avocat pour que le procès puisse se terminer en son absence.

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“J’ai la conviction que son corps dit ce qu’il n’arrive pas à verbaliser”, réagit la substitut Paineau lors de ses réquisitions, “il n’est que contradictions et, je pense, que mensonges”. Pour elle, la caractérisation des faits ne pose aucun problème, contrairement à la peine qui doit être prononcée. “La justice doit montrer qu’on croit les victimes. En tout cas, moi, je les crois”, poursuit la magistrate pour qui le “risque de récidive est maximum”, au vu du déni de Jean-Marie. C’est pourquoi elle requiert une peine de quatre ans de prison, dont deux avec sursis probatoire pendant deux ans assorti d’obligations de soins, d’indemniser les victimes ainsi que d’interdictions de contact, d’exercer toute activité qui le mettrait en lien avec des mineurs. Pour la partie ferme de la peine, la substitut Paineau propose un mandat de dépôt à effet différé.

“On ne va pas se le cacher, il y a beaucoup d’éléments à charge”, plaide maître Delplanque, qui se dit “dérouté” par le positionnement de son client : “je pense qu’il a une forme de blocage. […] Il ne le fait pas exprès, cet homme ne va pas bien. […] C’est un homme un peu d’une autre époque, et on est dans une société qui évolue. […] Je ne pense pas que cet homme-là, à son âge, avec ses problèmes de santé, ait sa place en prison”.

Quatre ans de prison, mais sans mandat de dépôt

Le tribunal condamne finalement Jean-Marie à quatre ans de prison, dont trois, avec sursis probatoire pendant deux ans. Il devra suivre des soins, ne plus entrer en contact avec ses victimes et ne plus se présenter à leur domicile. Il lui est également interdit d’exercer une activité qui le mettrait en lien avec des mineurs pendant trois ans. Le tout avec exécution provisoire. Le tribunal ne prononce pas de mandat de dépôt et laisse donc le juge d’application des peines décider de la manière dont le septuagénaire purgera la partie ferme de sa peine. Celui-ci ne pourra se présenter à une élection pendant trois ans et il est inscrit au FIJAIS.

En ce qui concerne les demandes des parties civiles, Pauline sera expertisée pour chiffrer son préjudice lors d’une prochaine audience qui se tiendra en décembre. Jean-Marie doit lui verser une provision de 3000 euros. À Valérie, la provision s’élève à 1500 euros et à Chloé 2500. Lucie et Laura devront être indemnisées à hauteur, respectivement, de 4000 et 2500 euros.

* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources


La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.


Le site de L’Enfant bleu dédié aux maltraitances infantiles.


Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114.


Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal ou prenez contact avec le Service d’Aide aux Victimes au 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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