Valenciennes. Il violait ses propres enfants dans son établi : quatre ans de prison
Un septuagénaire a été jugé en son absence ce 20 mars pour des viols, correctionnalisés, commis sur trois de ses enfants entre 1998 et 2014 à Valenciennes et dans les Hautes-Pyrénées. La mère a elle aussi été condamnée pour ne pas l’avoir dénoncé.

Un septuagénaire avec de lourds ennuis de santé
Frantz* estime que sa santé ne lui permet pas de se présenter à son procès. Il souffre en effet d’emphysème à un stade avancé. Seule Christine* se présente donc à la barre du tribunal, ce 20 mars. De longs cheveux bouclés et châtains, une veste en jean, la quinquagénaire semble marquée par ses soucis d’alcool. Parmi les victimes, seule Emilie*, avec son apparence masculine, est restée jusqu’au jugement. Cédric* n’a pas fait le déplacement et Laurent*, assez lourdement handicapé, a préféré quitter la salle d’audience avant le début.
Tout part d’un signalement des services sociaux qui suivent la famille depuis 2003. Violences, alcool, problèmes d’hygiène, le foyer familial s’apparente déjà à un enfer. En 2014, Emilie parle d’attouchements depuis ses six ans. Cédric et Laurent confirment. Leur père les attirait dans son établi sous prétexte de leur apprendre à bricoler. Mais au lieu de cela, il leur montrait des livres pornos et les forçait à des actes sexuels. Souvent avec pénétration. “Il faut bien que tu apprennes”, se justifiait-il alors.
Emilie en parle à sa mère qui ne la croit pas. Elle parvient à enregistrer les aveux de Frantz, les lui fait écouter, ainsi qu’à sa compagne de l’époque, mais Christine refuse de dénoncer son mari aux autorités. Emilie fugue, se retrouve à la rue, sombre dans l’alcool et la drogue, avec cette “honte” qui ne veut pas la quitter.
Des enfants particulièrement marqués
En 2014, la machine judiciaire se met en marche. Les enfants sont entendus, ainsi qu’en 2016, en 2022… Le temps passe et les déclarations concordent. Cédric indique que ses troubles du sommeil ont disparu après qu’il a vidé son sac. Laurent “présente un certain nombre de retards” à cause de difficultés lorsque sa mère était enceinte de lui. Avec ses mots simples, il explique l’horreur. L’expert qui l’a rencontré craint qu’il ne reproduise ce qu’il a subi.
Les autres enfants de la fratrie de neuf dénoncent eux aussi des agressions sexuelles, mais… de leur frère aîné, non concerné par ce procès.
Frantz commence par nier même consommer du porno, mais les enquêteurs en trouvent dans son ordinateur et son téléphone dans des quantités importantes. “Tout ça, ce sont des fantasmes” d’Emilie, martèle l’homme tout au long de la procédure.
La mère aurait aussi subi des violences sexuelles
Retour à l’audience, ce 20 mars. Larmoyante, la mère tente de se défendre, avec maladresse : “je ne pouvais pas les protéger, je n’étais pas au courant”. Mais la présidente Gosteau la met face à la réalité : “ce n’est pas grâce à vous que ce dossier arrive devant nous, mais grâce aux services sociaux”. Christine parle alors des violences et des viols qu’elle a elle-même subis, allant jusqu’à dire que ses enfants ne sont pas le fruit de l’amour. Elle pensait, d’ailleurs, qu’il était impossible d’être juridiquement violée par son époux. Que c’était normal de devoir se forcer.
“Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un dossier aussi répugnant et bouleversant”. L’avocate de Laurent indique avoir été immédiatement émue par son handicap et sa souffrance : “on sentait que ça le prenait aux tripes”. “Quand on n’a pas d’éléments de comparaison, on pense que c’est normal”, déplore maître Lemoine qui réclame un total de 17 000 euros en réparation du préjudice de son client.
Maître Brembor, pour Emilie, précise que Frantz présentait ses agressions comme des “soins”. Elle parle de séquelles qui resteront “irréversibles”, même si sa cliente a désormais trouvé une stabilité avec sa compagne et leur enfant. L’avocate réclame le même montant que sa consœur.
Quatre ans de prison requis
Le parquet requiert quatre ans de prison avec mandat de dépôt à effet différé, une interdiction d’exercer toute activité en lien avec des mineurs et l’inscription au FIJAIS pour Frantz : “il ne leur a laissé aucune chance”, commente la magistrate. La substitut Dalbera estime que Christine “n’a rien dit en raison de la peur qu’elle subissait”. Elle réclame cependant une peine de dix mois de prison avec sursis simple à son encontre.
“Il se serait bien mieux défendu s’il ne s’était pas contenté de nier”, plaide maître de Villele pour Frantz. L’avocat regrette l’absence d’expertises pour expliquer comment son client qui “s’enferme dans une sorte de mutisme” en est arrivé là. “Je plaide la relaxe parce qu’il me l’a demandé”, ajoute-t-il tout en réclamant des soins et en soulevant que son état de santé ne permet plus à Frantz de récidiver. Quant aux dommages et intérêts réclamés, le septuagénaire ne gagne déjà pas assez pour payer des impôts, soulève l’avocat.
Maître Harbonnier trouve que Frantz s’en sort bien avec un passage en correctionnelle plutôt qu’aux assises. “C’est un tyran domestique. Cette dame, comment voulez-vous qu’elle puisse réagir ? Elle est sous le joug d’un tyran”, insiste l’avocat pour la défense de Christine, “elle aurait pu être partie civile dans ce dossier”.
Les réquisitions globalement validées par le tribunal
Le tribunal condamne Christine à six mois de prison avec sursis simple et Frantz à quatre ans de prison avec mandat de dépôt à effet différé. Il sera donc incarcéré à la date fixée par le parquet, ce qui lui permettra de s’y préparer. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’il finisse ses jours en détention. Le septuagénaire ne pourra plus exercer d’activité en lien avec des mineurs pendant cinq ans et son autorité parentale lui a été retirée sur le dernier enfant mineur de la fratrie. Les parties civiles ont été entendues dans leurs demandes avec un total de 33 000 euros.
Franz a décidé de faire appel.
* prénom(s) d’emprunt
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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Ressources
Les chiffres de la délinquance à Valenciennes.
La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.
Le site de L’Enfant bleu dédié aux maltraitances infantiles.
Des questions par rapport à votre consommation d’alcool ou celle de vos proches ?
Un problème de dépendance ? L’association GREID peut vous aider.
Des questions par rapport à votre consommation de stupéfiants ou celle de vos proches ?
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