Abscon. Craignant un vol, il menace un couple innocent avec un pistolet

Temps de lecture : 3 minutes

Un sexagénaire a été condamné ce 7 mars pour avoir menacé un couple en pleine nuit avec son pistolet d’alarme. L’homme a expliqué être suivi depuis trois ans par des voleurs de voitures à Abscon.

Image par gmsjs90 de Pixabay
Un paisible papy… armé

Cheveux courts blancs, plutôt frêle avec ses lunettes et sa veste noire, Karim* ressemble à un paisible papy. Pourtant, le 10 novembre dernier en pleine nuit, il a terrifié un couple qui discutait tranquillement en voiture, sur un parking. Il s’est également rendu coupable d’une conduite en état alcoolique.

Les victimes ont expliqué que le sexagénaire s’est garé derrière leur voiture, feux allumés. Il est sorti de son véhicule pour aller les voir et leur demander s’ils étaient en panne. C’est là que le couple a aperçu l’arme qu’il tenait contre sa cuisse. Ils ont pu prendre la fuite, mais, un peu plus tard, ils sont retombés sur lui. “Il nous a mis en joue, j’ai même eu le réflexe de me baisser”, explique la jeune femme, présente à l’audience. Il les a ensuite poursuivis pendant dix minutes, jusqu’à une impasse où ils ont dû fuir à pied.

C’est là qu’ils ont appelé la police… qui leur a conseillé de relever la plaque et l’adresse de leur agresseur. Grâce à ces informations, les fonctionnaires ont pu interpeller Karim le lendemain en fin de journée. “Je ne me sens pas en sécurité du tout”, ajoute la jeune femme qui dit craindre pour sa fille de quinze ans avec de tels individus en liberté.

« Je pensais que c’était un guetteur »

“Depuis trois ans, je suis suivi par des voleurs de voitures”, explique le sexagénaire, “je pensais que c’était un guetteur”. Selon lui, les policiers se seraient montrés impuissants à arrêter les malfaiteurs, alors il a fini par acheter ce pistolet d’alarme. Il conteste cependant avoir menacé le couple. “Vous n’avez pas le droit de faire la loi autour de vous. Vous n’avez pas le droit d’aller sur un parking pour vérifier qui est dans une voiture”, s’est agacée la représentante du parquet. “Peut-être que la solution, ce serait de louer un garage”, propose la présidente, “ou de changer de voiture”.

Le casier de Karim ne comporte qu’une seule mention pour conduite en état alcoolique et il travaille depuis trente-cinq ans dans la même entreprise.

L’avocat des victimes « choqué » par l’attitude des policiers

“Ils ont eu très peur”, plaide maître Guilleminot pour le couple. L’avocat s’est aussi dit “un peu choqué” par l’attitude de la police qui leur a demandé de suivre leur agresseur. Il réclame 1000 euros chacun de dommages et intérêts et 600 euros chacun de frais de justice.

“Il s’estime dans son bon droit”, constate la procureur adjointe Mazingarbe à propos du prévenu. Elle dénonce des “faits d’une gravité certaine” et requiert donc huit mois de prison avec sursis simple, la suspension de son permis pendant un an, une interdiction de contact avec les victimes et une interdiction de porter une arme pendant cinq ans.

“Là où habite monsieur, ce n’est pas un endroit très sûr”, plaide maître Harbonnier, “il n’est pas paranoïaque : dans le canton de Denain, comme on disait avant, ça devient pénible. Régulièrement, dans ces lieux, il y a des gens bizarres qui traînent.” L’avocat a demandé à réduire les montants réclamés et a rejeté une partie de la faute sur les victimes : “Ils se sont mis dans une position délicate. On ne se met pas sur un parking, comme ça, en pleine nuit”.

Huit mois de prison avec sursis simple

Le tribunal a validé les réquisitions du parquet en portant néanmoins la suspension à six mois. Le sexagénaire devra également indemniser chaque victime à hauteur de 300 euros en plus de 400 euros de frais d’avocat. La présidente explique à Karim que, désormais “même un petit couteau suisse, c’est interdit” pour lui. 

* prénom(s) d’emprunt

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources


Les chiffres de la délinquance à Abscon.


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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