Bruay. Pour une console de jeux, quatre personnes aspergées d’essence et en feu

Temps de lecture : 5 minutes

Le 1er juillet dernier, pour un motif futile, un père de famille bruaysien a vu rouge et a voulu se faire justice avec une machette, un fusil, une bouteille d’essence et un briquet. Résultat : il s’est grièvement brûlé, a pris des coups et a été lourdement condamné ce 25 juillet en comparution immédiate.

Image par barthelskens de Pixabay
Une première scène avec une machette et un fusil

“Ça faisait deux semaines qu’il ne voulait pas me rendre la Playstation”. Tout est parti de là : une querelle entre Léo* et Martin*, deux amis à peine majeurs, à propos d’une console de jeux. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, le second a expliqué à son oncle, Sylvain*, que le premier avait déboulé au domicile familial avec une arme pour lui voler cette console (ce que conteste l’intéressé) et Sylvain a vu rouge. Il a pris une machette de 50 cm, une 22 Long Rifle, a embarqué son fils et Martin dans sa voiture, avant de se diriger vers le domicile de Léo, à Bruay. Là, il le retrouve et brandit la machette, ce qui force Léo à se réfugier dans le logement familial. Sylvain tire en l’air avec le fusil et repart chez lui. 

Au lieu de se calmer, le quadragénaire boit quelques verres et se met en tête d’incendier le véhicule de la famille de Léo. Il remplit une bouteille d’essence et y retourne. La maman et la sœur de Léo essaient d’apaiser la situation, puis Léo intervient, avec son frère, Louis*, âgé de 18 ans et un ami, Jordan* de 28 ans. Sylvain prend des coups et les versions divergent. Le quadra assure ne pas se souvenir comment l’essence a pu les asperger tous les quatre et… s’enflammer.

« Un coup de folie »

La police municipale est intervenue peu après, à la demande de la sœur de Léo et Louis. Ce dernier a avalé un peu d’essence et a donc dû être hospitalisé. Sylvain s’est quant à lui retrouvé au service des grands brûlés, à Lille, avec de sérieuses blessures à la main et à la cuisse. Son ITT a été fixée à sept jours. Les deux autres s’en sont mieux tirés.

Vous appréciez cet article ?Alors, laissez-moi un petit pourboire d’encouragement.

Lors du procès, ce 25 juillet, la tension reste palpable. Dans le box, Sylvain comparaît avec un bandage à la main. Il fait à peu près la même carrure que les trois autres, qui se présentent à la barre, eux aussi poursuivis pour violences. “Vous auriez pu dire à votre neveu d’aller déposer plainte, mais au lieu de ça, vous y allez avec un fusil et une machette de 50 cm”, souligne la présidente Gosteau à l’adresse de Sylvain.  “J’ai eu un coup de folie”, reconnaît le quadra, qui assure néanmoins qu’il allait repartir quand, lors de la dernière scène, les trois jeunes sont arrivés. Eux admettent avoir porté des coups à Sylvain, mais en état de légitime défense : “j’étais menacé, il m’a aspergé”, lance Jordan. “Quand il (Sylvain) est tombé par terre, il a mis un coup de briquet”, assure Louis.

Le tribunal demande à la maman de Léo et Louis de s’approcher de la barre pour donner sa version. “Tout s’est déroulé très vite”, explique-t-elle, “j’ai même pas eu le truc d’appeler la police. […] Je les ai vus tous les quatre en feu”. “Vous allez comment ?”, lui demande son avocate, maître Maillard : “très mal”, répond la jeune femme.

Un père de famille qui travaille en intérim

Le casier de Sylvain ne comporte plus aucune mention, du fait de la réhabilitation. Marié avec deux grands enfants, il exerce comme plaquiste en intérim depuis une quinzaine d’années et nie tout problème d’alcool, malgré le scepticisme affiché par la présidente Gosteau. Léo et Louis étaient inconnus de la justice jusque-là, sans enfants et sans activité, ils vivent au domicile parental. Le casier de Jordan comporte sept mentions depuis 2017, pour des vols et délits routiers avec une dernière condamnation en 2023. Sans travail depuis deux ans, il indique débuter un nouveau contrat quelques heures après son procès.

“C’est assez ubuesque, ce dossier”, résume le représentant du ministère public, évoquant une “vendetta”. Cependant, le magistrat estime qu’il s’agit de violences réciproques : “je n’y crois pas du tout, à la légitime défense”. Car il fait le constat que Sylvain a reçu plusieurs coups avant que l’essence soit aspergée. C’est pourquoi il requiert 3 ans de prison, dont 1, avec sursis probatoire à l’encontre du quadra, avec maintien en détention. Pour Jordan, au vu de ses antécédents, il réclame une peine de 4 mois de prison sous bracelet électronique. Enfin, pour les deux frères, le parquet propose des peines de travail d’intérêt général.

En état de légitime défense ?

“Mon client était seul contre trois personnes”, plaide maître Nader pour Sylvain, insistant sur sa situation établie et l’ancienneté de ses antécédents judiciaires : “il a été le premier blessé, le premier brûlé”, souligne l’avocat.

Pour Léo et Louis, maître Maillard plaide la légitime défense : le second ayant ingéré de l’essence, il était en danger de mort et devait donc riposter, avec l’aide de son frère, estime l’avocate pour qui Sylvain “a créé son propre préjudice. […] Les sept jours d’ITT ont été causés par les brûlures”. Idem pour maître Dorey et Jordan, qui “se retrouve là un peu par hasard.” Selon l’avocate, le jeune homme est simplement intervenu pour venir en aide à la maman et “arrêter une personne en délit flagrant”. Elles ont donc toutes deux réclamé la relaxe.

Trois relaxes et une condamnation à trois ans ferme

Le tribunal les a entendues et a prononcé la relaxe pour les trois jeunes, tandis que Sylvain part pour trois années en prison, avec maintien en détention, et une suspension de permis pendant un an, pour la conduite en état alcoolique. Il devra également indemniser ses victimes à hauteur de 1300 euros pour chacun des deux frères et près de 2000 euros pour leur maman. Un renvoi aux intérêts civils a été ordonné pour fixer le préjudice de Jordan.


* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

Vous pouvez commenter cet article et suivre l’actualité du site sur nos réseaux sociaux : Facebook, et désormais Instagram/Threads.

Pour toutes remarques ou suggestions, envoyez-nous un mail.

Pour que Chroniques Judiciaires Valenciennoises puisse continuer à exister et rester en accès libre, vous pouvez donner via cette page, ou la partager : https://fr.tipeee.com/chroniques-judiciaires-valenciennoises/


Ressources

Les chiffres de la délinquance à Bruay-sur-Escaut.


Des questions par rapport à votre consommation d’alcool ou celle de vos proches ?


Un problème de dépendance ? L’association GREID peut vous aider.


Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, ou rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal : prise en charge du lundi au vendredi 8h30 -12h / 13h30 – 16h30 sav.valenciennes@primtoit.org 03.59.38.43.19 ou 03.27.20.26.26 ou directement au TJ 6 avenue des Dentellières 59300 Valenciennes.


Oh bonjour
Ravie de vous rencontrer.

Inscrivez vous pour recevoir chaque mois gratuitement nos dix derniers articles dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Partagez cet article :

Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

Vous aimerez aussi...