Onnaing. « Il n’est jamais allé au-delà du consentement de madame »

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Ce 19 septembre, un Quiévrechinois de 42 ans était jugé pour une agression sexuelle sur son ex-compagne qui aurait été commise à son domicile. Il était défendu par maître Galluet tandis que la partie civile était représentée par maître Rygielski.

Le tribunal de Valenciennes en août 2024, au crépuscule.

Un mécanicien sans antécédents

Julien* n’a jamais été condamné. Les cheveux très courts, bruns, assez grand, il affiche une barbe et porte un polo sombre, à la barre du tribunal. Il exerce comme mécanicien, en CDI. Après avoir été en couple pendant près d’un an avec Sophie*, ils se sont séparés et ont un enfant ensemble. Sophie, infirmière, martèle l’avoir quitté en raison de sa consommation de cocaïne. Il lui répond qu’il n’a jamais consommé ce stupéfiant et que c’est lui qui l’a quittée. Le quadra assure également qu’ils continuaient à se voir et que leur dernier rapport sexuel remonterait à trois semaines avant les faits. Ce que conteste Sophie.

« J’ai cru sincèrement qu’il allait me violer, voire plus loin »

Elle a déposé plainte peu après les faits, le 8 avril 2023. Elle a alors expliqué que la veille, elle avait eu une conversation avec Julien au cours de laquelle Sophie lui a indiqué avoir un nouveau compagnon. Mais Julien a préféré croire qu’il s’agissait d’une invention pour le rendre jaloux, puisque lui-même avait inventé une fausse relation quelque temps plus tôt. Il lui annonce alors venir la voir après leurs nuits de travail respectives, le lendemain. Elle le lui interdit.

Le lendemain, pourtant, il reconnaît l’avoir surprise alors qu’elle rentrait chez elle et l’avoir ramenée à l’intérieur de son domicile. Là, selon Sophie, il la porte jusqu’au canapé, s’installe sur elle, l’embrasse de force, lui touche la poitrine, le sexe, déchire même ses collants. Mais, comme elle continue à se débattre, il finit par la libérer et repartir. Une scène qui aurait duré trois ou quatre minutes. Elle est persuadée qu’il était sous l’influence de la cocaïne. « J’ai cru sincèrement qu’il allait me violer, voire plus loin », explique Sophie à la barre, lors du jugement.

« Je pense que c’est pour la garde de l’enfant »

Julien conteste : « J’ai voulu lui donner envie de m’embrasser, mais elle m’a donné un non catégorique. J’ai compris ». « J’ai voulu l’embrasser, mais je n’ai pas touché ses lèvres », ajoute le quadra, « quand je suis parti de chez elle, il n’y avait aucun collant arraché ». « Je pense que c’est pour la garde de l’enfant », poursuit le prévenu.

Maître Rygielski lui fait remarquer qu’il aurait reconnu les faits lors de la confrontation avec Sophie. Ce qui agace la présidente Gosteau : « Vous ne pouvez pas dire qu’il a reconnu les faits en confrontation, maître, ce n’est pas vrai ! ».

« le problème, c’est qu’on a deux versions complètement différentes et pas de témoin »

« Je ne veux pas qu’il aille en prison », indique Sophie à la barre, ses longs cheveux blonds détachés. « De toute façon, il nie pour tout », soupire-t-elle. « Vous comprenez bien que le problème, c’est qu’on a deux versions complètement différentes et pas de témoin », lui dit la présidente Gosteau, avec douceur.

Douze mois de prison requis

« Ce qui est bien avec les agresseurs sexuels, ce qu’ils n’assument jamais, ils mentent », assène maître Rygielski, figure de l’association Nous Toutes Valenciennois. L’avocate dénonce ensuite sa consœur, qui devait produire un témoin à l’audience. Selon maître Rygielski, il s’agissait juste d’une manœuvre pour renvoyer le dossier et que le juge aux affaires familiales décide de la garde de leur enfant avant une éventuelle condamnation. « Depuis quand le mot “arrête” doit-il être répété plusieurs fois ? », s’énerve l’avocate.

S’il l’a agressée, c’est « parce qu’il ne supporte pas qu’elle soit libre », pour maître Rygielski. « Monsieur a disparu dans la nature juste le temps qu’il faut pour ne plus avoir de cocaïne dans le corps », avance-t-elle encore, « c’est de la lâcheté de ne pas assumer ses actes ». Pour terminer sa plaidoirie, qui avait des airs de réquisitions, maître Rygielski établit un lien entre les lourds problèmes de santé qu’a subi Sophie depuis ce 8 avril, et les faits. Elle réclame 5000 euros de dommages et intérêts ainsi que des interdictions de contact et de paraître au domicile de sa cliente.

« Je vais quand même faire le travail du ministère public et caractériser les faits, même si l’avocate de la partie civile s’est longuement étalée sur le sujet, déjà », soupire la représentante du parquet. « On est sur un peu plus qu’un baiser forcé », estime la magistrate pour qui « l’aspect sexuel n’est pas contestable ». « Madame réitère ses déclarations », insiste-t-elle avant de rappeler que Sophie a dénoncé les faits par message à son nouveau compagnon juste après pour ensuite déposer plainte. « On n’est pas sur une petite infraction », termine le parquet qui requiert donc 12 mois de prison dont 6 avec sursis simple et des interdictions de contact comme de paraître au domicile. Et l’inscription au FIJAIS.

« Ce dossier est monté pour lui nuire »

« Ça ne s’est jamais passé, il n’est jamais allé au-delà du consentement de madame », plaide maître Galluet. Sur le témoin qui n’est pas venu à l’audience, elle produit une attestation d’un cousin qui assure que Julien et Sophie étaient toujours ensemble. « Elle ment pour la procédure JAF », assure maître Galluet qui relève que la plaignante ne parle pas d’agression sexuelle dans ses SMS à son nouveau compagnon. « Elle a la haine contre monsieur », appuie l’avocate, « c’est fait pour empêcher monsieur de voir son fils dans de bonnes conditions. Ce dossier est monté pour lui nuire ». « Madame n’est même pas suivie par un psychologue », assène-t-elle enfin pour réclamer la relaxe.

Relaxe au bénéfice du doute

« On est incapable de savoir lequel des deux dit la vérité », regrette la présidente Gosteau, qui a donc relaxé Julien, au bénéfice du doute.


* prénom(s) d’emprunt

Ressources


Les chiffres de la délinquance à Onnaing.


3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage. https://arretonslesviolences.gouv.fr


La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales sexuelles ou sexistes.

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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