Crespin. « Même quand on était sages, il nous tapait pour rien »
Le tribunal correctionnel a condamné le 24 septembre un trentenaire pour des années de violences sur sa compagne et six de leurs enfants. Les juges ont prononcé 4 ans de prison pour ces faits que les victimes ont mis du temps à identifier comme anormaux.

Elle avait 15 ans et lui 20 quand ils ont eu leur premier enfant
Cheveux châtains en brosse, avec des lunettes et boucles d’oreille, Sébastien* se présente à la barre dans une chemise claire. Bien inséré, il n’a encore jamais été condamné. Il a rencontré Justine* alors qu’elle n’avait que 13 ans et lui 18. Elle en avait 15 quand ils ont eu leur premier enfant. Au total, ils en ont eu sept. Le dernier est né en 2018, peu après, ils ont démarré une procédure de divorce.
Justine doit se présenter elle aussi à la barre, avec ses longs cheveux cuivrés, parce qu’il lui reproche de lui avoir craché dessus, en décembre 2018. Ce qu’elle reconnaît : « j’étais à bout ». Elle sera néanmoins relaxée pour ces faits. Son casier ne porte aucune condamnation lui non plus, et elle est tout aussi insérée que lui.
« Il était jaloux de ses propres enfants »
C’est l’association La Pose qui s’est inquiétée du comportement des enfants vis à vis de leur père, lors des visites en lieu neutre. « À la maison, il nous frappait, il nous enfermait dans le noir », témoignent les mineurs. La maman se présente au commissariat en mai 2022 pour être auditionnée. Elle confirme les propos de ses enfants et dénonce des violences à son encontre. « J’avais uniquement le droit de sortir pour faire les courses avec ma mère », explique la jeune femme. Elle évoque des insultes, des humiliations quotidiennes, un contrôle sur ses vêtements. « Il était jaloux de ses propres enfants », ajoute Justine.
Elle évoque en outre une scène au cours de laquelle Sébastien l’a étranglée. L’un de leurs enfants est intervenu pour la sauver en jetant une télécommande sur le crâne de son père. « Je lui dois la vie », appuie Justine. Elle évoque aussi une pénétration digitale pendant qu’elle dormait : « tant que t’es ma femme, je te baise autant que je veux », aurait dit Sébastien. Justine a alors dû s’enfermer dans une chambre avec un de ses fils qui était allé récupérer des couteaux.
Le psychologue qui a rencontré Justine décrit un « symptôme anxieux sévère » et une peur des hommes en général. « Elle n’est pas libérée de son emprise », selon l’expert.
« Il nous frappait tellement souvent que je pensais que c’était normal »
« Tout était prétexte pour qu’il nous frappe », témoigne l’aîné de la fratrie, « je pensais que c’était des choses normales de la vie ». Mais il a compris que ce n’était pas le cas au contact de ses amis. « Quand il y avait des gens, il était différent », précise encore celui-ci lors de ses auditions. Il parle aussi des enfermements, dans la cave ou le grenier, qui pouvaient durer une heure.
« Il nous frappait tellement souvent que je pensais que c’était normal », abonde le petit frère qui parle de douches froides.
« Je croyais qu’il y avait un monstre noir avec des yeux rouges dans la cave », explique cet autre enfant, âgé de 7 ans au moment de son audition. « Même quand ont était sages, il nous tapait pour rien », ajoute-t-il encore.
« C’est madame qui avait de l’emprise sur moi »
Pourtant, Sébastien conteste tout. Il se présente comme un « père très câlin » et reproche à sa compagne de l’avoir trompé à sept reprises. « Elle m’a dit qu’elle allait me faire l’enfer au moment de la séparation », se défend le prévenu, « c’est madame qui avait de l’emprise sur moi ». « J’ai tout donné pour mes enfants, je suis sur le cul », s’agace encore Sébastien.
Face à lui, la présidente Gosteau montre son scepticisme : « si elle a réussi à instrumentaliser ses enfants pour leur mettre ce type de propos dans la bouche, elle est sacrément douée ». « Il n’y a jamais eu de plainte à l’école », réagit Sébastien. « Ça arrive souvent », répond la magistrate. « Les troubles du comportement, chez les petits, ça ne s’invente pas », relance-t-elle, « c’est pas madame qui va au commissariat, c’est l’association La Pose qui fait un signalement ». « Même à La Pose, ça se passait super bien avec les enfants », appuie le prévenu. « C’est pas ce que disent les professionnels », soupire la présidente Gosteau.
« l’ange de la rue et le démon de la maison »
« Le parquet a choisi de ne pas poursuivre madame pour un crachat alors qu’elle était à bout », débute la substitut du procureur, « de toute façon, les faits ne sont pas assez caractérisés ». La magistrate reprend l’expression utilisée par l’un des enfants pour décrire son père : « l’ange de la rue et le démon de la maison », « c’est dans l’intimité que ça se passe ». Elle rappelle que la prévention des faits s’étend sur quatre années parce que la loi ne peut aller au-delà. « Si je ne requiers pas de mandat de dépôt, c’est parce que les faits sont anciens », explique la substitut.
Elle demande donc une peine de 4 ans de prison dont 2 avec sursis probatoire assorti d’interdiction de contact avec les victimes, d’obligation de suivre un stage sur les violences intra-familiales, de travailler, de se soigner et d’indemniser les victimes. Elle réclame aussi le retrait de l’autorité parentale sur tous les enfants encore mineurs et l’inscription au FIJAIS.
« Il a choisi une compagne de 14 ans qu’il a formatée à son bon vouloir »
Maître Descamps, pour Justine, présente le prévenu comme « un homme violent mais qui se tient correctement en société ». « Il a choisi une compagne de 14 ans qu’il a formatée à son bon vouloir », ajoute l’avocate. « Elle a eu sept amants en ayant eu des enfants tous les ans ou tous les deux ans ? », ironise-t-elle encore en revenant sur l’explication de Sébastien. Et de souligner qu’il est particulièrement compliqué, quand on a sept enfants et pas de travail de partir de son foyer.
« Si ça avait été monsieur qui avait craché sur madame, le parquet n’aurait pas tenu cette position », plaide maître Gomis pour Sébastien. « Ils ont tous la même version et trop la même version », estime l’avocat qui souligne l’absence de témoins, de marques constatées. Il requiert donc la relaxe de son client et estime que les demandes de la partie civile sont « stratosphériques ».
Le délibéré
Le tribunal condamne Sébastien à 4 ans de prison dont 1 avec sursis probatoire et incarcération à effet différé. À sa sortie, il devra se soigner, justifier d’un travail, indemniser ses victimes avec qui il a interdiction de contact et de domicile. Les juges lui retirent l’autorité parentale sur les cinq enfants toujours mineurs. Il est, enfin, inscrit au FIJAIS. En indemnisations, il devra verser 48 600 euros au total aux parties civiles.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
Les chiffres de la délinquance à Crespin.
La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales sexuelles ou sexistes.
Le site de L’Enfant bleu dédié aux maltraitances infantiles.
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr





