Denain. Malgré les condamnations, les violences conjugales continuent
Ils se sont rencontrés lors du mouvement des gilets jaunes et depuis le quadra multiplie les violences à l’encontre de sa compagne. Jusqu’à la pousser dans les escaliers malgré son handicap, en mai 2024. Il est défendu par maître Lejuste. Sa compagne est représentée par maître Pietrzak.

Le contexte
Barbe et cheveux blancs, Jérôme* se présente en comparution immédiate, ce 6 août 2024 sous escorte. Sur son casier apparaissent sept mentions depuis 2002. La dernière ne remonte qu’au 8 janvier 2024. Il avait alors été condamné à douze mois de prison, dont huit avec sursis probatoire pour… violences conjugales. Le quadra a rencontré Valérie* lors du mouvement des gilets jaunes et reconnaît un souci d’alcool. Il travaille comme intérimaire tandis que Valérie souffre d’un lourd handicap depuis un accident de la route. Elle doit régulièrement se déplacer en fauteuil, poussée par Jérôme.
Les faits
Malgré l’interdiction de paraître à son domicile, Jérôme est revenu vivre avec Valérie en sortant du tribunal, en janvier. Il devait alors encore comparaître pour une autre scène de violences commise en novembre 2022. Alors qu’ils avaient un rapport intime, Jérôme, alcoolisé, a prononcé le prénom de son ex et parlé d’une histoire de pot de fleurs qui a agacé Valérie. Celle-ci lui a asséné une claque et Jérôme l’a poussée et étranglée. C’est la fille de celui-ci qui a dû s’interposer. « Je l’ai juste poussée du lit, elle a atterri sur le paillasson », se défend Jérôme lors de son procès. Ce dernier reconnaît néanmoins que « la pousser, c’est comme pousser un nourrisson », au vu de son handicap.
Pour ces faits, ils devaient être jugés en février 2025, mais la justice a décidé de joindre ce dossier avec les faits commis le 20 mai dernier.
Ce jour-là, elle lui a reproché sa consommation d’alcool, alors ils se sont énervés. Valérie aurait, là aussi, porté le premier coup selon Jérôme, qui l’a poussée dans les escaliers. De façon accidentelle, d’après lui : « moi-même je suis tombé derrière elle dans les escaliers ». « J’ai senti ses deux mains dans le dos », a pourtant indiqué Valérie lors de ses auditions.
Il l’a ensuite amenée se faire soigner… à Tournai. Dans l’espoir que les soignants ne signalent pas les faits aux autorités françaises ? Jérôme assure que c’était à la demande de Valérie et qu’il a même un témoin… dont il refuse obstinément de donner l’identité. Valérie est sortie de l’hôpital le 2 juin, avec une incapacité totale de travail fixée treize jours.
Les débats
« Je ne suis absolument pas convaincu par les explications de monsieur », débute maître Pietrzak qui souligne par ailleurs l’alcoolisme de Jérôme. « J’ai reçu une personne tremblante ce matin, à mon cabinet », indique l’avocat à propos de sa cliente pour qui il réclame un total de 4000 euros en réparation du préjudice subi.
« Très rapidement, il y a des soucis dans le couple », déplore la représentante du parquet, évoquant, elle aussi, la consommation d’alcool du prévenu, les insultes… « Il n’y a aucune évolution malgré les interventions judiciaires », poursuit la magistrate. Celle-ci rappelle que lors de la précédente audience, Valérie avait souhaité laisser une dernière chance à Jérôme, ce qui explique qu’aucune interdiction de contact n’avait été prononcée. Elle fait parle également d’un autre dossier, à l’instruction, dans lequel un homme avait aussi poussé sa compagne, sauf que celle-ci en est morte. « Tout a été fait pour que monsieur n’aille pas en détention », termine la magistrate avant de requérir dix mois de prison avec maintien en détention en plus de la révocation du sursis de deux mois.
« On part du principe que madame dit la vérité »
« Ce que je peux dire de ce dossier, c’est qu’il est confus », plaide maître Lejuste en défense, « on part du principe que madame dit la vérité ». « Ce sont des violences réciproques », assène l’avocate, « on fait fi que madame a mis le premier coup ». Elle souligne, encore, que la victime a mis trois mois pour déposer plainte, alors qu’elle disposait d’un téléphone grave danger. « Dans les dossiers de violences conjugales, il y en a un qui minimise, une qui exagère et la vérité est entre les deux », poursuit maître Lejuste, citant une consœur. Elle demande donc au tribunal de faire preuve de bienveillance envers son client.
« Si je ne travaille pas, personne ne paiera la maison et madame va se retrouver à la rue », ajoute Jérôme avant que les juges ne se retirent pour délibérer.
Le délibéré
Les juges ont condamné le Denaisien à quatre mois de prison en plus de la révocation de son sursis à hauteur de deux mois, avec en outre une interdiction de contact pendant deux ans. Il devra enfin indemniser sa victime pour un total de 1800 euros.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage. https://arretonslesviolences.gouv.fr
Des questions par rapport à votre consommation d’alcool ou celle de vos proches ?
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr
En 2023, 145 plaintes ont été enregistrées à Denain (20 000 habitants) pour des violences intrafamiliales. En 2022, ce chiffre s’élevait à 147. (Source: https://ville-data.com/delinquance/Denain-59-59172)





