Onnaing. Un trafic de drogues dures rue Paul-Doumer jugé en comparution immédiate
Les policiers ont interpellé quatre individus le 9 juin 2024 rue Paul-Doumer à Onnaing suite à un renseignement anonyme et un flagrant délit. Sur place, les fonctionnaires ont découvert cocaïne et héroïne. Les déclarations d’un client ainsi que celles du voisinage ont permis leurs condamnations ce 2 août. Ils étaient défendus par maîtres Harbonnier, Crasnault, Delarue et Bidnic, des barreaux de Valenciennes, Lille et Paris.

Le contexte
Le consommateur
Laurent* est le seul à se présenter à la barre, sous contrôle judiciaire. Les trois autres ont été placés en détention provisoire. Il arbore un polo gris avec un short noir comme sa barbe, il a les cheveux rasés. Son casier est encore vierge, il a trente-sept ans, est marié, avec deux enfants. Il travaillait en intérim, mais sa garde à vue lui a fait perdre son travail. Le jeune homme a de nombreuses dettes dont il n’arrive plus à s’acquitter. Il ne lui est reproché qu’une consommation de cocaïne qu’il affirme avoir stoppée, analyses biologiques à l’appui.
La nourrice
Léon* réside à Onnaing. Barbu, avec les cheveux bouclés, il est âgé de cinquante-trois ans et son casier s’avère également vierge. Sous curatelle renforcée, il n’a jamais travaillé, touche l’allocation adulte handicapé et déclare consommer héroïne et cocaïne. Il est poursuivi pour avoir joué le rôle de nourrice.
Les dealers
Redoine* dit résider entre Maubeuge et Onnaing. Il a vingt-six ans, porte des lunettes, une barbe, des cheveux très courts, noirs. Son casier compte sept mentions, dont une pour un trafic de stupéfiants qui le place en état de récidive. Il dit avoir arrêté la consommation de stupéfiants, évoque des problèmes de santé, et ne pas travailler.
Rachid* a les cheveux courts et noirs, comme son t-shirt. Il a trente ans, indique vivre à Armentières et travailler en intérim outre-Quiévrain, avec un salaire très convenable. Il dit avoir arrêté sa consommation de stupéfiants il y a plusieurs années. Son casier porte quinze mentions. Il est le frère de Redoine et tous deux sont poursuivis comme trafiquants.
Les faits
Tout part d’un renseignement anonyme à la police qui dénonce un trafic rue Doumer, à Onnaing, qui « créerait un fort sentiment d’insécurité ». Les policiers se rendent sur place le 9 juin 2024 et voient Rachid transmettre un sachet de poudre blanche à Laurent, au volant de son véhicule. Autant le second se laisse interpeller sans difficulté, autant Rachid tente de fuir, perdant argent et stupéfiants en route. Une fois attrapé, il se rebelle, multiplie les insultes, les crachats… Dans la foulée, les fonctionnaires arrêtent Redoine, qui se trouvait sur un toit, avec la même marchandise. Lui aussi résiste et se montre violent. Enfin, Léon, qui réside à côté, se fait embarquer. Dans son logement, la perquisition révèle une centaine de grammes d’héroïne.
Le client menacé
Interrogé, Laurent explique consommer de la cocaïne depuis plusieurs mois et s’approvisionner auprès des deux frères, qui auraient également tenté de le recruter dans leur trafic. Des déclarations qu’il réitère lors de son jugement, malgré les menaces proférées par Redoine et Rachid lors de la garde à vue. « J’ai pas peur d’eux », réagit le trentenaire ce 2 août, en comparution immédiate.
Plusieurs riverains de la rue Doumer dénoncent des va-et-vient incessants devant le domicile de Léon, depuis six ou sept ans.
Les faits contestés par les principaux mis en cause
Pourtant, les deux frères contestent les faits, tout comme Léon qui assure s’être contenté de consommer. Redoine et Rachid dénoncent, en outre, avoir subi des violences et des propos racistes lors de leur interpellation : « il y a énormément de mensonges » réagit le plus jeune lors du procès. « Quand j’ai entendu “police”, je n’ai opposé aucune résistance », ajoute-t-il. Sur les milliers d’euros en liquide trouvés sur eux ou à leur domicile, ils assurent qu’il est parfaitement en règle.
Quant à Léon, il maintient que les va-et-vient devant son domicile « c’était pour du tabac, pas pour des stupéfiants ».
Les débats
Les avocats des parties civiles
« Je n’ai pas aimé cette audience », regrette maître Delplanque qui représente une partie des policiers malmenés lors des interpellations. « On doit avoir le plus grand respect pour la fonction qui est la leur », plaide l’avocat qui estime que ses confrères de la défense tiennent des propos méprisants à l’égard des policiers.
Les réquisitions
Pour la substitut du procureur, ce dossier porte des « enjeux de santé publique », mais aussi « des enjeux d’économie souterraine ». La magistrate doit batailler contre maîtres Delarue et Bidnic qui soulèvent des vices de procédure pour annuler les poursuites, des tentatives systématiquement écartées. Dans ses réquisitions, elle s’est appuyée en grande partie sur les déclarations de Laurent, des riverains et des policiers. Pour Laurent, le parquet réclame donc simplement un stage de sensibilisation aux dangers des stupéfiants. Pour Léon, elle se prononce pour une peine ferme, mais aménagée. En ce qui concerne les frères, elle demande au tribunal de les maintenir en détention.
Elle indique par ailleurs que les plaintes de ces derniers à l’encontre des policiers feront l’objet d’investigations et éventuellement de sanctions si les faits sont avérés.
Les avocats de la défense
« La leçon, il l’a bien comprise », plaide maître Crasnault pour Laurent, réclamant « une peine surtout symbolique ».
« Pour moi, c’est pas une nourrice, c’est un monsieur qui est sous influence », assure maître Harbonnier pour Léon, « c’est un brave garçon : il a cinquante-trois ans et son casier est toujours vierge ». L’avocat estime que les frères ont profité de son client.
La relaxe plaidée
« C’est un dossier qui est extrêmement léger en termes d’investigation », plaide maître Delarue qui réclame une relaxe partielle pour Redoine, en se basant sur ses conclusions de nullité. Il regrette, notamment, que les policiers victimes n’aient pas été confrontés aux deux frères. Selon l’avocat, les déclarations des fonctionnaires n’ont « aucune valeur probante ».
Maître Bidnic a de son côté réclamé la relaxe intégrale de Rachid, au bénéfice du doute, si la procédure n’est pas annulée. Il a par ailleurs brandi devant les juges des photos de son client juste après l’interpellation, avec des marques importantes : « lui aussi, il s’est fait tabasser, vous avez vu sa tronche ? ».
Le délibéré
Laurent s’en tire avec un stage de sensibilisation aux dangers des stupéfiants.
Léon est condamné à douze mois de prison, dont six avec sursis probatoire pendant deux ans. Celui-ci est assorti d’une interdiction de contact avec les autres condamnés, des obligations de soins et de travail. Sa peine est aménagée ab initio en détention à domicile sous bracelet électronique.
Redoine écope de dix-huit mois de prison, dont huit avec sursis probatoire pendant deux ans. Celui-ci est assorti d’une interdiction de contact, de paraître à Onnaing et d’obligations de travail et de soins. Il est maintenu en détention pour la partie ferme.
Rachid est condamné à vingt-quatre mois de prison, dont six avec sursis probatoire. Celui-ci est assorti des mêmes obligations et interdictions que celui de son frère. Il est lui aussi maintenu en détention.
Les six policiers victimes recevront chacun 500 euros de dommages et intérêts en plus du remboursement de leurs frais de justice à hauteur de 360 euros.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
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