Valenciennes. Condamné pour un coup de couteau à un autre résident dans un foyer d’hébergement
Un accident dans son adolescence a causé des troubles neurologiques au jeune prévenu qui multiplie, depuis, les condamnations pour des faits violents. Le tribunal ne l’a cependant pas envoyé en prison pour ces faits commis à Valenciennes, dans un foyer d’hébergement. Il était défendu par maître Buvat.

Le contexte
Les cheveux blonds très courts, des lunettes, un bouc, Cyril* peine un peu à s’exprimer à la barre, ce 26 juillet. Il a vingt-quatre ans depuis quelques jours. Le jeune homme a passé l’essentiel de sa vie en Espagne, avec ses parents. Sauf que là-bas, il a survécu à une chute de quinze mètres, à la montagne, alors qu’il avait dix-sept ans. Il souhaitait alors passer le bac et devenir pompier, mais après avoir passé trois semaines dans le coma, il n’était plus le même. « Il a eu des dommages irréversibles au cerveau », a indiqué son avocate, Me Buvat.
« Dans l’incapacité de gérer ses émotions »
Il n’a pas réussi à obtenir son bac et a suivi sa mère, en France, avant de la violenter, parce qu’elle lui mettait la pression pour qu’il se bouge, a également indiqué l’avocate. Comme il ne pouvait répondre aux attentes de sa mère et désormais « dans l’incapacité de gérer ses émotions », il s’en est pris à elle, a été condamné et a atterri dans un foyer, à Valenciennes. Là, il a subi violences, insultes, harcèlement d’autres résidents jusqu’à ce que les encadrants y mettent un terme. Il se trouvait dans ce foyer depuis deux ans quand il a fait la connaissance d’un autre jeune, arrivé en avril, Ryan*.
Les faits
Le 25 juin dernier, Ryan a proposé à Cyril de lui acheter du cannabis. Ce dernier a accepté et l’a donc suivi dans sa chambre pour procéder à la transaction. Mais Ryan a accusé Cyril de lui avoir volé de la drogue, alors le ton est monté, et le premier a asséné un coup de tête dans le nez du second. « J’avais peur pour ma vie », a répété Cyril lors de son procès, « j’étais sonné et il menaçait de me tuer ». Alors, il a profité de ce que son agresseur était à terre pour prendre un couteau et lui en mettre un coup dans l’abdomen. Ryan a néanmoins réussi à attraper le couteau avec sa main, se blessant de nouveau, et à le briser en deux pour ensuite s’enfuir.
Cinq plaies ont été relevées par le légiste, mais Cyril ne reconnaît qu’un seul coup, les autres blessures auraient, selon lui, été causées involontairement, dans la bagarre.
Les débats
Maître Burkhardt a fait remarquer à Cyril qu’il porte un bracelet à l’effigie de Deadpool, ce qui dénoterait, selon l’avocat, un certain culte pour la violence. L’intéressé s’en est défendu, se retrouvant à expliquer qu’il aime le film pour d’autres raisons. « Monsieur n’avait aucune crainte pour sa vie. C’est un acte de vengeance et non un acte de défense », a persisté l’avocat, « mon client tentait de se sauver, il lui tournait le dos ». Il a enfin souligné que Ryan a eu les tendons de la main sectionnés. Il a donc réclamé une expertise médicale ainsi qu’une provision de 2500 euros.
Les réquisitions
« À l’audience, monsieur est très calme. Il dégage même une certaine douceur », a noté le représentant du parquet pour souligner le contraste avec la violence des faits reprochés. Le magistrat a également rappelé que le pronostic vital de la victime avait été engagé. Pour lui, la légitime défense ne peut être retenue parce que la réplique n’est pas proportionnelle à l’attaque et qu’il n’y a pas de concomitance entre les deux. Il a cependant pris en compte l’avis du psychiatre qui a relevé une altération du discernement pour le prévenu, ce qui implique que ce dernier ne peut être condamné à plus des deux tiers du maximum encouru pour ce type de faits. En conclusion, il a requis vingt-quatre mois de prison, dont douze avec sursis probatoire assorti notamment d’interdiction de contact et d’obligation de soins.
La légitime défense plaidée
En défense, maître Buvat est longuement revenue sur le parcours de son client et ses difficultés : « c’est quelqu’un de fragile, il est dans l’incapacité de gérer ses émotions. » Et d’insister sur la peur de son client que son état s’aggrave s’il reçoit de nouveaux coups sur la tête. « Il y avait cette menace imminente, il voulait se défendre ». Pour elle, les faits entrent dans le cadre de la légitime défense, c’est pourquoi elle a plaidé la relaxe. « Une incarcération, c’est impossible, il y aurait des tentatives de suicide », a ajouté maître Buvat, « il a vingt-quatre ans, mais il raisonne comme un enfant ».
Le délibéré
Le tribunal a retenu l’altération du discernement et prononcé la peine de dix-huit mois de prison dont dix avec sursis probatoire assorti d’obligations de soins, d’interdictions de contact avec la victime et de se présenter au foyer, notamment. Il devra, enfin, indemniser sa victime avec une provision de 2500 euros. Il a, par ailleurs, trouvé refuge chez ses grands-parents, avec qui tout se passe pour le mieux, selon lui.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
Des questions par rapport à votre consommation de stupéfiants ou celle de vos proches ?https://www.drogues-info-service.fr
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr
En 2023, 371 plaintes ont été enregistrées à Valenciennes (44 000 habitants) pour des violences hors cadre familial. En 2022, ce chiffre s’élevait à 360. (Source: https://ville-data.com/delinquance/Valenciennes-59-59606)





