Valenciennes. Un jeune SDF abandonné par ses parents malmène des policiers
Son casier était encore vierge, malgré sa vie d’errance et ses addictions. En état d’ébriété, il a fait du grabuge au sein du foyer qui l’a hébergé puis à la gare de Valenciennes, avec des policiers. Il était défendu par maître Lejuste.

Il rêve de devenir boulanger
Plutôt mince, avec ses cheveux châtains foncés et sa barbe, Karim* porte un survêtement du Barça, dans le box des prévenus. Il était encore inconnu de la justice jusque-là et explique avoir grandi en famille d’accueil jusqu’à ses 16 ans, avec des parents qui ne veulent pas de lui. Des amis l’ont hébergé, par la suite, avant qu’il ne se retrouve en foyer, en mars. Il a désormais 21 ans et aucune ressource : il dépend des associations pour survivre. Après un stage en CFA quand il avait 15 ans, il rêve de devenir un jour boulanger. Il reconnaît fumer du cannabis, pour essayer d’arrêter l’alcool dont son père l’abreuve, selon lui.
Les faits
Le 6 mars dernier, la police est appelée au foyer qui héberge Karim parce que ce dernier s’y est présenté ivre et agité. Il a aussi dégradé la porte d’entrée et la sonnette. « Je vais revenir, je vais faire une dinguerie, je veux mes affaires ! », s’est énervé le jeune homme. Pour ces premiers faits, il devait être jugé le 5 septembre.
Mais le 22 août, c’est à la gare de Valenciennes qu’il a fait parler de lui. Comme il faisait du grabuge, la police a dû de nouveau intervenir. Les fonctionnaires voulaient simplement le faire partir, mais Karim s’est placé devant leur véhicule pour les insulter et les menacer : « Je vais vous faire une Merah ! Je vais tous vous tuer ! ». Ils l’ont donc interpellé, non sans mal puisqu’il leur a, notamment, craché dessus. Depuis les premiers faits, il dormait à la rue.
Les débats
Pour maître Delplanque, il s’agit d’une « scène malheureusement ordinaire de la vie de fonctionnaires de police ». Il réclame donc, pour les cinq policiers malmenés en août, entre 500 et 600 euros de dommages et intérêts suivant ce qu’ils ont subi.
« Ce qui est souhaité, c’est qu’il y ait un électrochoc de la part de monsieur », explique la substitut Berbion pour justifier le choix de la comparution immédiate comme mode de poursuite. « Ce qu’il faut à monsieur, c’est un cadre très contraignant », poursuit-elle pour requérir 10 mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans assorti d’obligations de soins, de travail, d’indemniser les victimes et de réaliser un TIG de 140 heures.
« Il a été complètement laissé à l’abandon »
Maître Lejuste se déclare globalement d’accord avec les réquisitions. Elle fait état, pour Karim, d’une « personnalité extrêmement fragile ». « C’est quelqu’un qui est complètement esseulé, il a été complètement laissé à l’abandon. Son stage, c’est le seul moment où un adulte lui a montré comment évoluer ». Elle demande néanmoins à réduire le quantum proposé par la magistrate.
Le délibéré
Le tribunal fixe la sanction à 4 mois de prison avec sursis probatoire renforcé pendant 18 mois assorti d’obligations de travail, de soins, d’indemniser les victimes et de réaliser un TIG de 70 heures, en plus d’une amende de 100 euros avec sursis. Il devra, enfin, verser 250 euros à chacun des policiers en plus de frais d’avocats à 60 euros chacun.
« Je ne peux que vous souhaiter de retrouver un sens à votre vie », commente le président Ott.
* prénom(s) d’emprunt





