Hérin. « Arrête papa ! Lâche maman ! Fais pas ça ! », une fillette traumatisée par les violences

Temps de lecture : 4 minutes

Ce 20 août, un quadragénaire a été condamné à une peine aménageable pour des violences conjugales avec un couteau commises à Hérin. La fille du couple, âgée de cinq ans, en a été témoin. Celle-ci était représentée par maître Bartholomeüs, ainsi que la maman, tandis que le prévenu était défendu par maître Michaux.

Image d’illustration par Gerd Altmann de Pixabay

Un quadra qui travaille dans le bâtiment

Ses cheveux sont noirs, coiffés vers l’arrière. Mehdi* porte un bouc et un polo noir, dans le box des prévenus. À quarante-et-un ans, son casier fait état de six mentions depuis 2003. Il travaille dans le bâtiment et a rencontré sa compagne, Cindy*, huit ans plus tôt au cours d’un chantier. Elle avait alors dix-sept ans. Ils ont une fille, qui aura bientôt cinq ans, ensemble : Eva*. Mehdi a deux autres enfants issus d’une autre union, et il a d’ailleurs déjà été condamné pour violences conjugales sur la maman. Il estime avoir vécu une enfance heureuse, sans violences. Cependant, il consomme trois bières par jour, quand il rentre du travail. Son permis a été suspendu pour conduite en état alcoolique.

Les faits

Le 18 août, Mehdi a menacé Cindy de mort par messages. Il a également promis de brûler son appartement si elle ne rentrait pas tout de suite, alors qu’elle se trouvait chez son frère. Elle est finalement retournée chez elle, avec sa fille. Mehdi avait bu une bouteille et demie de mousseux et s’était persuadé qu’elle le trompait. Il a alors pris un couteau à steaks dans la cuisine, lui a mis sous la gorge et sur le ventre, pour ensuite lui retourner le poignet, lui tirer les cheveux. Il lui a aussi porté une gifle. Le tout devant Eva qui ne pouvait que crier : « Arrête papa ! Lâche maman ! Fais pas ça ! ». Cindy est parvenue à contacter son frère qui a appelé la police et celle-ci a interpellé Mehdi.

« Papa voulait tuer maman avec le couteau », a dû expliquer Eva devant les enquêteurs. « Elle m’a dit que ça faisait cinq mois qu’elle avait quelqu’un d’autre, ça m’a rendu fou », s’explique Mehdi lors de son jugement en comparution immédiate, ce 20 août, « ça faisait trois jours qu’elle était pas rentrée ».

« pour lui, la femme, elle n’a le droit de rien faire »

Cindy se présente alors à la barre. Elle est menue, avec de longs cheveux blonds, porte un jean et un t-shirt. Elle précise qu’il n’y a jamais eu d’amant et qu’elle n’en a pas parlé. « Il y avait tout le temps des disputes. Il ne voulait pas que je le quitte, alors je suis partie chez mon frère », explique la jeune femme. « À chaque fois, il a le prétexte que je le trompe », au quotidien, « c’était tout le temps des insultes, parce que pour lui, la femme, elle n’a le droit de rien faire ». « Toute la journée, elle fait ce qu’elle veut quand je travaille », réagit Mehdi qui nie en même temps les violences qui lui valent sa précédente condamnation : « c’était un coup de pied au cul, pour s’amuser, mais elle a eu mal alors je me suis fait avoir ».

« Ce traumatisme, elle va l’avoir toute sa vie »

« Avec un couteau, on peut blesser grièvement ou tuer quelqu’un », souligne maître Bartholomeüs, « ma cliente ne sait pas si elle va sortir vivante de son appartement ». L’avocate a aussi invité le tribunal à se mettre à la place de la fillette : « c’est terrible qu’une petite fille de cinq ans aille devant des policiers pour expliquer ce que son papa a fait à sa maman. Ce traumatisme, elle va l’avoir toute sa vie ». Maître Bartholomeüs rappelle également la différence d’âge entre Cindy et Mehdi, qui place la jeune femme dans une situation de dépendance financière par rapport au prévenu. Enfin, l’avocate indique que Mehdi n’a pas reconnu Eva et elle réclame un total de 6800 euros de dédommagement.

« Violences physiques, psychologiques, présence ou non de l’enfant, il n’a aucune censure », lance le substitut Beaupré à l’adresse de Mehdi, « le conjoint violent, c’est celui qui n’entend que lui-même ». « Je n’ai pas entendu l’ombre d’un regret : seul lui compte » appuie le magistrat qui requiert un an de prison avec incarcération immédiate, interdiction de contact et de paraître au domicile de la victime pendant deux ans.

« Il a essayé de se soigner, mais il a rechuté dans son alcoolisme »

« Vous êtes saisis d’un fait de violences conjugales, on n’est pas dans le cadre de violences habituelles », réagit maître Michaux, pour Mehdi. L’avocate souligne que le quadra n’a plus fait parler de lui depuis 2015 et que les précédents faits de violences remontent à treize années plus tôt. « Il a essayé de se soigner, mais il a rechuté dans son alcoolisme », poursuit l’avocate qui appuie également sur l’insertion professionnelle de son client qui peut lui permettre de payer les dommages et intérêts. « Vous avez d’autres possibilités que de prononcer un an ferme avec mandat de dépôt », plaide maître Michaux.

Le délibéré

Le tribunal fixe la sanction à douze mois de prison dont six avec sursis probatoire assorti d’obligations de soins, d’indemniser les victimes et d’interdictions de contact, de domicile et de détenir une arme pendant deux ans. Il devra, enfin, indemniser Cindy et sa fille à hauteur de 1000 euros chacune, en plus de 600 euros pour les frais de justice.

« Je peux quand même aller chercher mes affaires? », tente Mehdi à l’énoncé du délibéré. La présidente Vuillemin a donc dû lui expliquer que non, l’interdiction de contact étant effective dès son prononcé. Il faudra donc passer par des tiers.

Sauf qu’il n’a pas tardé à violer son interdiction de contact… (article à suivre)


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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