Denain. Interdit de contact avec sa compagne, il revient chez elle “pour voir”

Temps de lecture : 3 minutes

Après trois condamnations pour violences conjugales, ce couple a voulu se revoir pour déterminer s’il fallait… demander la levée de l’interdiction de contact. Résultat du test : quatre mois avec maintien en détention. Les faits ont été commis à Denain courant janvier.

Image par Mirosław i Joanna Bucholc de Pixabay
C’est une voisine qui a alerté la police

Plutôt grand, les cheveux courts et grisonnants, Éric* ne semble pas bien comprendre ce qu’il fait dans le box des prévenus, ce 12 mars. Sa compagne, Marion*, se trouve dans le public pour prendre sa défense. Car c’est une voisine qui a averti la police ce 31 janvier, inquiète d’entendre une énième dispute à travers ses murs.

Le couple le reconnaît : ils se sont bien disputés ce jour-là parce qu’Éric a découvert que Marion a eu une relation avec un autre pendant qu’il était à l’autre bout de la France. Il faut préciser qu’ils sont en couple depuis six ans et qu’Éric a été condamné pour des violences conjugales en 2019. À cette occasion, il a été placé sous contrôle judiciaire et il ne l’a pas respecté. En mars 2023, il a commis de nouvelles violences qui lui ont valu un an de détention, une interdiction de contact ainsi que de paraître au domicile de sa victime, et un départ en Corse, donc. En octobre dernier, le voilà de retour dans la région : madame reprend contact avec lui et en décembre, c’est le retour à la vie commune, à une dizaine de reprises selon eux. Sauf qu’Eric se trouve toujours sous le coup d’interdictions de contact et de paraître au domicile de Marion.

— C’est la femme de ma vie, justifie le quadra auprès du tribunal.

— Vous l’avez insultée pendant cette dispute. Vous trouvez que c’est comme ça qu’on parle à la femme de sa vie ? le reprend la présidente Gosteau.

— C’est une réaction humaine…

— Non, je ne crois pas.

La présidente lui rappelle à cette occasion que le parquet n’hésite pas à poursuivre aussi pour des violences verbales répétées. Elle demande ensuite à Marion de venir à la barre:

— Pourquoi vous le faites revenir alors que vous savez qu’il n’a pas le droit ? Vous attendez quoi ? Qu’il vous tue ?

— Il a changé, il a fait un an de prison. On essayait juste de voir si lui et moi ça marchait avant de faire la demande de levée de l’interdiction de contact.

— Mais on n’essaie pas de conduire une voiture pour savoir si on veut passer le permis…

Marion espère encore obtenir la levée de cette interdiction, mais la présidente lui répond de façon lapidaire : “Vous ne l’aurez pas.”

Le casier d’Eric comporte neuf mentions. Il a trouvé un emploi en CDI dans une pizzeria.

Six mois aménageables requis

“Tous les deux ans, on a des violences conjugales sur madame”, constate la substitut Broche qui requiert donc six mois de prison ferme, sans maintien en détention à l’encontre d’Eric.

“La voisine ferait mieux de s’occuper d’autre chose que de ce qu’il se passe à côté de chez elle”, peste maître Descamps, en défense. L’avocate souligne que c’est Marion qui a repris attache avec son client. Elle réclame donc une “peine moindre” que celle qui a été requise, avec un aménagement. “J’ai agi sur un coup de tête, c’est l’amour qui a parlé”, conclut le quadra.

Quatre mois de prison avec maintien en détention

Le tribunal fixe la condamnation à quatre mois de prison avec maintien en détention. “Quand vous sortirez, les interdictions seront toujours d’actualité”, précise la présidente Gosteau.

* prénom(s) d’emprunt

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources


Les chiffres de la délinquance à Denain.


3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.


La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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