Valenciennes. Septième condamnation pour des violences conjugales sur la même victime

Temps de lecture : 3 minutes

Le tribunal correctionnel de Valenciennes a condamné à deux ans de prison ferme un quinquagénaire dénoncé par ses voisins et son bailleur pour de nouvelles violences à l’encontre de sa compagne.

Stop aux violences faites aux femmes

Un quinquagénaire sans emploi au casier fourni

Cheveux gris, courts, avec des lunettes, Hubert* arbore un sweat gris et se montre calme, dans le box des prévenus, ce 9 juillet. Pourtant, son casier comporte dix-huit mentions, dont six faits de violences, depuis 2005. Année au cours de laquelle il s’est mis en couple avec Barbara*. Sans emploi, il reconnaît une addiction à l’alcool dont il peine à guérir. Il était sorti de prison le 28 mars dernier et… Barbara est venue le chercher pour reprendre la vie commune, malgré les mesures d’éloignement déjà prononcées par la justice.

Les faits

La procédure débute par un mail de la SIGH, le 5 juillet dernier. Dans celui-ci, le bailleur social reprend les alertes de plusieurs voisins du couple. Ceux-ci évoquent, entre autres incivilités, des violences à l’encontre de Barbara. Ils assurent avoir trouvé des traces de sang dans les parties communes. De plus, ils parlent, en particulier, d’une scène de violences survenue le 1er juillet. Ces voisins disent avoir entendu Hubert menacer sa compagne de « la découper » et de la « massacrer ». Il l’aurait ensuite poussée dans les escaliers pour lui cogner la tête contre une vitre, qui se serait brisée sous le choc.

Hubert ne conteste pas l’altercation avec sa compagne : « l’engueulade a commencé sur une réponse à la con, dans Questions pour un champion ». Il concède avoir pu lui dire « Va crever », sauf que pour lui il ne s’agit pas d’une menace de mort, mais « juste une grossièreté ». Toujours selon lui, il n’a pas parlé de découper Barbara : « je parlais de découper ses fiches de recettes. Elle m’avait pris mon dentier, alors… ». Quant à la vitre, il assure qu’elle a été brisée par des squatteurs qu’il venait de déloger. Hubert estime que les voisins lui en veulent parce qu’il s’est montré « exécrable » par le passé : « j’ai vraiment été quelqu’un de mauvais et ça les a marqués ». Il conteste donc les faits qui lui sont reprochés, hormis la violation de l’interdiction de contact. Enfin, les marques relevées par le médecin légiste sur Barbara proviendraient d’une agression par un tiers survenue un peu plus tôt, toujours selon Hubert.

La victime n’a nulle part ailleurs où aller

À la barre, sa compagne se présente pour prendre sa défense : « la relation se passe bien, il n’y a eu aucun souci ». Elle explique être restée au domicile d’Hubert parce qu’elle n’a nulle part ailleurs où aller. Quant aux menaces : « j’ai pas le souvenir d’avoir entendu des choses comme ça ». Réaction de la présidente : « il y a un immeuble entier qui s’inquiète pour votre vie, madame ! ». Barbara concède néanmoins avoir été traumatisée par les précédents faits de violences.

« Protéger madame contre monsieur, malgré elle »

« Ce dossier est particulièrement compliqué », fait remarquer la représentante du parquet. Elle estime cependant que Barbara est dépendante d’Hubert, étant « parfaitement isolée ». « Monsieur tient un discours pour nous mener par le bout du nez », considère la magistrate qui requiert donc vingt mois de prison avec maintien en détention « pour protéger madame contre monsieur, malgré elle ».

Maître Coulon relève que son client a violé l’interdiction de contact justement parce que sa compagne n’a pas de logement, de famille, ou d’amis et qu’il a donc dû la garder dans son domicile. L’avocate pointe ensuite les incohérences dans les déclarations des voisins. Elle plaide donc la relaxe pour les violences et menaces. « C’est quelqu’un qui a besoin d’être aidé », conclut celle-ci.

Le délibéré

Le tribunal a prononcé la peine de deux ans de prison avec maintien en détention en plus d’une interdiction de contact pendant cinq ans.


* prénom(s) d’emprunt

Ressources

3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage. https://arretonslesviolences.gouv.fr/

Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr

En 2023, 386 plaintes ont été enregistrées à Valenciennes (44 000 habitants) pour des violences intrafamiliales. En 2022, ce chiffre s’élevait à 303. (https://ville-data.com/delinquance/Valenciennes-59-59606)

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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