Saint-Amand. Furieux des « contrôles gratuits », il agresse un policier attablé en terrasse avec sa famille

Temps de lecture : 3 minutes

Ce jeune SDF dénonce de multiples contrôles au faciès et autres provocations à son égard de la part d’un policier. Le 27 juillet 2024, il l’a insulté et menacé alors que le fonctionnaire se trouvait à la terrasse d’un bar, avec son jeune enfant et plusieurs membres de sa famille. Les faits ont été jugés en comparution immédiate le 6 août 2024. Le policier était représenté par maître Delplanque et le jeune homme par maître Lejuste.

Véhicule de police nationale
Véhicule de police à Valenciennes ©CJV

Le contexte

Mehdi* a les cheveux mi-longs, bouclés et noirs, comme sa barbe. Il porte un t-shirt clair et montre très vite un grand agacement, dans le box des prévenus. Son casier compte dix-neuf mentions depuis 2017, alors qu’il n’est âgé que de vingt-trois ans. Il était sous le coup d’un sursis probatoire qui ne se passait pas bien. Sans domicile fixe, Mehdi a été placé une bonne partie de sa vie. Une assesseur a souligné que les personnes avec ce vécu éprouvent souvent une grande « colère » et lui a fait remarquer son attitude « autodestructrice ». Mehdi concède qu’il devrait consulter un psy, mais il ne le fait pas.

Les faits

Le 27 juillet, Anthony*, policier a Saint-Amand s’attable au Thierce, en terrasse, pour passer un bon moment en famille. Mais Mehdi passe à proximité avec un ami et il reconnaît Anthony : « Je t’avais dit que je te retrouverais », lance le jeune homme qui enchaîne avec des injures et des menaces. Les deux hommes ont même manqué de peu d’en venir aux mains.

« Il m’avait verbalisé à plusieurs reprises », explique Mehdi, « je l’ai insulté, je lui ai dit qu’il a pas de c*** sans son uniforme. Il s’en prend toujours à moi, il me fait des contrôles gratuits. […] J’ai voulu lui mettre la honte comme il me met la honte. À chaque fois, c’est des contrôles inutiles. Je respecte tous les policiers à Saint-Amand, sauf lui ». Mehdi conteste cependant avoir proféré des menaces. Il croyait, par ailleurs, que les injures envers un policier n’étaient sanctionnées que d’une contravention. Il n’est néanmoins poursuivi que pour menaces.

Le frère d’Anthony, ainsi qu’un témoin venu spontanément au commissariat pour être entendus, confirment pourtant avoir entendu des menaces de mort. « C’est une petite ville, Saint-Amand, ils se connaissent », réagit Mehdi.

Les débats

« Le témoin, sauf preuve du contraire, est de bonne foi », plaide maître Delplanque. « Mon client est en civil, en famille, accompagné d’un jeune enfant », poursuit l’avocat, « c’est déjà pas agréable quand on est en fonction… ». Il réclame un total de 1250 euros pour le préjudice subi.

« On oublie que derrière l’uniforme, il y a une personne », abonde la représentante du parquet, « on reproche à un policier de faire son travail ». La magistrate indique que Mehdi peut déposer plainte s’il s’estime victime de harcèlement du policier, plutôt que de se faire justice lui-même. « Il faut protéger les gens des colères de monsieur », conclut-elle en requérant une peine de quatre mois de prison avec maintien en détention en plus de la révocation totale du sursis de six mois en cours.

« Quand on a son casier et son apparence, je le vois mal se présenter au commissariat pour porter plainte », lance maître Lejuste. L’avocate évoque un autre de ses clients qui subirait la même chose selon elle : « il en a marre des contrôles d’identité et il a fait imprimer sa carte d’identité sur un t-shirt, et il a le même bronzage que [Mehdi] ». L’avocate se demande également pourquoi ce sont les collègues d’Anthony qui se sont chargés de cette procédure plutôt qu’une gendarmerie ou un autre commissariat. Quant au témoin : « il a parlé à quelqu’un à un moment donné, ce type. Il y a eu concertation ». En conclusion, maître Lejuste avance le chiffre de 0,03 % de plaintes à l’IGPN qui donneraient lieu à des poursuites. Elle plaide donc la relaxe, estimant qu’il n’y a pas eu menaces.

Le délibéré

Le tribunal a condamné Mehdi et fixé la sanction à six mois de prison dont quatre avec sursis probatoire pendant deux ans, assorti d’obligations de soins, de travail et d’indemniser la victime. Avec maintien en détention pour la partie ferme. Le sursis est également révoqué. Mehdi devra indemniser Anthony pour un total de 1250 euros comme réclamé par maître Delplanque.


* prénom(s) d’emprunt

Ressources


En 2023, 46 plaintes ont été enregistrées à Saint-Amand-les-eaux (16 500 habitants) pour des violences, hors cadre intrafamilial. En 2022, ce chiffre s’élevait à 60. (Source: https://ville-data.com/delinquance/Saint-Amand-les-Eaux-59-59526)

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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