Onnaing. Quand il boit « c’est sa femme et sa fille qui trinquent »
Ce quadragénaire venait d’être condamné à du sursis en juin pour des violences conjugales. Il a réitéré ce 13 août. Ce qui lui vaut un passage en comparution immédiate trois jours plus tard, et une peine totale de huit mois de prison avec maintien en détention. Selon sa victime, il est très gentil quand il ne boit pas, mais il souffre d’un sévère problème d’alcool. Il était représenté par maître Audenard.

Le contexte
Cédric*, quarante ans, se présente dans le box avec un t-shirt blanc. Il porte un bouc et coiffe ses cheveux, courts et noirs, avec du gel. Son casier compte huit condamnations, dont une qui date du 3 juin dernier. À cette occasion, il avait été condamné à dix mois de prison avec sursis probatoire pour dégradations, menaces, rébellion et… violences conjugales. Il ne lui a cependant pas été interdit de revenir vivre avec sa compagne, Lydia*. Ils sont mariés depuis quinze ans, mais sont en couple depuis vingt ans. Ils ont trois enfants, dont deux majeurs et Priscilla*, âgée de seize ans. Cédric travaille comme intérimaire. Il souffre d’une dépression qu’il essaie de soigner avec l’alcool, selon son avocate, après avoir perdu son père et un précédent travail. « Il s’est senti comme un moins que rien », explique maître Audenard. Selon celle-ci, il a vécu « avec une mère alcoolique et un père absent ».
Les faits
Le 13 août, Cédric s’est mis à boire plus que de raison. Il s’est alors disputé avec Lydia, l’a menacée de mort. Il a également empoigné Priscilla. Les policiers ont aussi eu à souffrir de l’agressivité du quadra. Selon le légiste, Lydia lui est apparue « effrayée », avec des troubles du sommeil dus à sa peur que la situation dégénère quand son mari s’alcoolise. Même chose chez Priscilla. Cette dernière évoque plusieurs empoignades du même genre par le passé, ainsi que des menaces. « Je l’empoigne quand elle désobéit, c’est tout, comme tout parent avec ses enfants », se défend le prévenu lors de son passage en comparution immédiate, ce 16 août. « Elle est caractérielle », ajoute-t-il. « Empoigner quelqu’un contre son gré, c’est considéré comme une violence et elle le vit comme ça », lui répond la présidente Vuillemin : « Je ne savais pas », réagit Cédric, la tête basse.
Quant au reste des faits reprochés, Cédric ne les conteste pas, il sait qu’il a « l’alcool méchant » : « je ne me souviens même pas pourquoi on s’est disputé. J’ai un trou noir ».
« Il est gentil, mais quand il boit, non »
De son côté, Lydia a plutôt pris la défense de son époux : « à part son problème d’alcool, j’ai rien à lui reprocher. Il est gentil. Mais quand il boit, non. » Comme elle ne veut pas « l’accabler davantage », elle ne réclame qu’un euro symbolique comme dédommagement, pour sa fille mineure.
Interrogé sur son obligation de soins prononcée lors de son passage en CRPC le 3 juin dernier, Cédric a indiqué avoir consulté un addictologue, mais celui-ci ne se serait pas montré très disponible. L’un des assesseurs l’a informé qu’il existe La Boussole, à Valenciennes, pour prendre en charge ce type d’addiction, ce que le quadra ignorait.
Les débats
« On est sur de la répétition », déplore la représentante du parquet, madame Berbion, en référence à la précédente condamnation. Monsieur boit et « c’est sa femme et sa fille qui trinquent ». La magistrate estime que « c’est à monsieur de se prendre en main », et elle appuie sur les « répercussions » de telles violences sur sa fille. Elle requiert donc une peine de huit mois de prison avec maintien en détention en plus de la révocation du sursis à hauteur de quatre mois et une interdiction de paraître au domicile de la victime pendant deux ans.
« Cette famille est en train d’éclater et c’est violent pour madame, les enfants, mais aussi pour mon client », plaide maître Audenard. L’avocate insiste sur le vécu de Cédric et notamment sa dépression. Elle déplore par ailleurs que l’addictologue ne lui ait pas prescrit de cure « sans doute par manque de places », alors que, selon elle, il aura besoin de « plusieurs années pour se sortir de là ». « Ce n’est pas un homme qui est mauvais, c’est un homme qui est malade d’une dépression », poursuit maître Audenard.
Avant que le tribunal n’aille délibérer, Cédric tient à ajouter, larmoyant : « je veux m’en sortir. J’en ai marre de cette vie, avec l’alcool ».
Le délibéré
Le tribunal a fixé la condamnation à quatre mois de prison avec maintien en détention en plus de la révocation du sursis à hauteur de quatre autres mois. Il lui est également interdit de paraître au domicile de sa victime pendant dix-huit mois.
* prénom(s) d’emprunt
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