Denain. Un généraliste agressé dans son propre cabinet
Comme il ne parvenait pas à trouver de rendez-vous pour ses enfants, un Denaisien s’est déchaîné contre un médecin en pleine consultation, ce 1er octobre 2024. Le trentenaire a été jugé en comparution immédiate dès le lendemain.

Le prévenu n’avait plus fait parler de lui depuis une dizaine d’années
Sofian* entre dans le box des prévenus avec un blouson noir comme ses cheveux. Il s’exprime d’une voix rauque. À 33 ans, son casier comporte neuf mentions, inscrites entre 2009 et 2017. Ça faisait donc une dizaine d’années qu’il n’avait plus fait parler de lui. Intérimaire en Belgique, il est marié avec deux jeunes enfants et indique consommer du cannabis. Ce qui peut jouer sur son impulsivité.
Après plusieurs refus de médecins, il voit rouge
Le 1er octobre, Sofian devait consulter un médecin pour ses deux enfants. Il lui fallait un certificat médical pour l’un et une ordonnance pour l’autre. Sauf qu’il n’a plus de voiture et ne peut donc plus se rendre chez son généraliste habituel. Un premier médecin dans sa ville refuse de le prendre. Étant déjà surchargé, il ne prend plus de nouveaux patients. Sofian tente sa chance aux urgences où il se fait également refouler. Il se présente chez un autre praticien qui ne peut pas plus accepter. Le trentenaire s’énerve et le médecin sort son téléphone pour le filmer. À l’audience, le président Ott diffuse la vidéo. On reconnaît Sofian, assis à côté d’un patient. « Je veux juste savoir pourquoi vous prenez pas mes enfants ? » s’agace le prévenu. S’ensuivent insultes, menaces et bousculades : « Je vais te casser ton nez. […] T’as peur clochard, hein ? ».
« Vous étiez aussi extrêmement énervé en garde à vue », lui fait remarquer le président Ott. En effet, Sofian a défoncé une vitre de plexiglas dans sa geôle et les policiers ont dû s’y mettre à plusieurs pour le maîtriser. « Je suis désolé, c’était pas le bon jour. Je ne sais pas où me mettre », répond le trentenaire encore et encore, « c’est le premier jugement où j’ai honte de passer ».
« Si vous saviez le nombre de médecins qui ne disent rien »
« Ça arrive de plus en plus souvent » indique l’avocate de la victime et de l’Ordre des médecins. Quand elle a joint son client par téléphone, il lui a répondu « Non, ça ne va pas, mais ça va aller », avant de se remettre au travail, avec un « agenda très, très chargé ». L’avocate a aussi un mot pour la secrétaire médicale, « sidérée » par ces violences. Elle réclame donc un total de 2500 euros et un renvoi aux intérêts civils pour d’éventuelles dégradations constatées après coup.
« On a une cellule de crise » qui permet d’accompagner les médecins, en particulier quand ils sont victimes de ce type d’agressions, poursuit l’avocate pour l’Ordre. « Si vous saviez le nombre de médecins qui ne disent rien », finit-elle avant de réclamer un euro en plus de ses frais de justice.
« Il est inadmissible de s’en prendre à quelqu’un qui vient en aide aux autres »
La représentante du parquet parle d’une « explosion des insultes, des menaces et des violences » depuis plusieurs années à l’encontre, non seulement des médecins, mais plus généralement des professionnels en contact avec le public. « La secrétaire est particulièrement choquée », soulève la magistrate qui ajoute que c’est une patiente qui a appelé la police. Et qui a essuyé des insultes, elle aussi. « Il est inadmissible de s’en prendre à quelqu’un qui vient en aide aux autres », peste le parquet. « Il n’y avait aucune urgence et s’il y avait eu une urgence, on va à l’hôpital. Et à l’hôpital, ils se font aussi agresser », finit la magistrate. Elle requiert 6 mois de prison ferme.
« Ce sont ses vieux démons qui ressortent après une accumulation »
« Il est gêné, il ne sait plus où se mettre », plaide maître Buguet qui concède que la victime exerce « l’une des professions les plus exposées au burn-out ». L’avocat appuie donc sur la personnalité de Sofian : « il a une famille, un travail, un toit… ». « Ce sont ses vieux démons qui ressortent, ce jour-là, après une accumulation », l’avocat précise que le trentenaire se trouvait avec un enfant, autiste, qui criait et son épouse qui lui mettait la pression pour qu’il trouve une solution. Maître Buguet demande donc au tribunal de ne pas prononcer une peine ferme.
« J’ai mes enfants qui m’attendent depuis hier matin, je ne sais pas ce que je vais leur dire », conclut le prévenu qui compte acheter des fleurs à ses victimes pour se faire pardonner.
Un an de prison avec sursis probatoire
Le tribunal fixe la sanction à un an de prison avec sursis probatoire pendant deux ans assorti d’obligations de travail, d’indemniser les victimes, de se soigner et des interdictions de contact et de paraître au cabinet de sa victime. Il devra indemniser celle-ci à hauteur de 2500 euros en attendant l’audience de liquidation de dommages et intérêts. Il devra également verser un euro à l’Ordre des médecins, et payer 1260 euros de frais d’avocat.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
Les chiffres de la délinquance à Denain.
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr





