Beuvrages. Trois ans de prison pour récidive d’agressions pédophiles incestueuses
Ce 26 septembre, un quinquagénaire a été jugé pour des agressions sexuelles incestueuses sur deux nouvelles victimes. Il avait en effet déjà été condamné pour des faits similaires en 2017 et une procédure serait toujours en cours pour d’autres potentielles victimes. Magistrats et avocats s’accordent pour parler d’un « loupé » judiciaire.

Déjà condamné à du sursis probatoire pour les faits précédents
Fan de catch, Jean-Marie* arbore une coupe mulet, avec des cheveux blancs comme la neige et une grosse moustache. Sa carrure peut impressionner. En 2017, il a déjà été condamné pour agressions sexuelles incestueuses sur Ludivine*, qui avait environ 8 ans au moment des faits. Il s’en est tiré avec 18 mois de prison avec sursis probatoire, qu’il n’a pas respecté et qui a donc été révoqué. Jean-Marie a aussi été condamné à deux reprises pour non justification de son domicile, une obligation dont il doit s’acquitter tous les 6 mois vu qu’il est inscrit au FIJAIS suite à la première condamnation.
« Il décrit Bapaume (où il a été incarcéré NDLR) comme un hôtel Formule 1 », indique le psychologue qui l’a rencontré. Jean-Marie ne peut plus travailler à cause de problèmes de santé.
« Il est monté sur moi et il s’est frotté »
Antonio* a été placé chez sa grande sœur où il est suivi par des éducateurs. L’un d’eux a signalé à la justice des « gestes sexualisés inadaptés » du petit garçon de 10 ans envers ses nièces encore plus jeunes que lui. Un comportement typique chez les enfants qui ont été victimes d’abus sexuels. Les soupçons se portent très vite sur son beau-père, Jean-Marie, en raison de son passif : Antonio se trouvait sous sa garde en même temps que Ludivine, la précédente victime.
Entendu trois ans plus tard, Antonio indique que Jean-Marie l’a touché à plusieurs reprises pendant qu’il se lavait. Le quinquagénaire pouvait aussi le menacer pour parvenir à ses fins : « laisse moi entrer où je confisque tes jouets ». L’enfant évoque aussi une scène, dans la chambre : « il est monté sur moi et il s’est frotté ». Enfin, Antonio assure que Jean-Marie a agressé Ludivine devant ses yeux, à titre d’exemple.
Une victime « multi-carencée » avec des difficultés d’apprentissage
Le petit a cependant refusé d’être confronté à son agresseur : « Je suis désolé, monsieur, mais je veux pas le revoir. Je croyais avoir un moment de courage », répond Antonio à l’enquêteur. L’expert présente la victime comme « multi-carencée », avec des difficultés d’apprentissage. Le psychologue estime qu’il est donc compliqué pour lui de mentir.
Lors de l’enquête, la police a entendu également Marie*, une autre sœur, comme témoin : « moi aussi, il m’a touchée », déclare la jeune femme désormais majeure. Antonio avait parlé de ces agressions à sa mère, qui n’a pas réagi. « Elle aurait pu être poursuivie », soulève la présidente Gosteau.
Après des propos plus que déplacés, son avocate lui demande de garder le silence
Pour sa défense, Jean-Marie donne des explications qui ont révulsé jusqu’à son avocate, assurant que c’est en réalité Ludivine qui a agressé Antonio. Au moment où le quinqua accuse ses victimes d’être des « allumeuses », maître Fontaine préfère intervenir : « monsieur, vous allez garder le silence, s’il vous plaît ! ».
« Vous avez bénéficié d’un sacré loupé, vous auriez pu être jugé en 2017 pour ces faits », souligne la présidente Gosteau. L’une de ses assesseurs indique aussi que dans le téléphone de Jean-Marie, les enquêteurs ont découvert des photos de femmes prises sans leur consentement.
Le parquet reconnaît qu’il aurait pu être poursuivi plus tôt
Maître Després représentait déjà Ludivine en 2017 : « ce dossier m’avait marqué ». L’avocat indique que Jean-Marie avait, là aussi, nié les faits. « On a un gamin qui a été victime et qui reproduit cela », déplore l’avocat. C’est pourquoi Antonio a besoin de voir son statut de victime reconnue, selon lui, pour pouvoir « se réparer ». Il réclame 5000 euros pour Antonio et… 500 euros pour sa mère, même s’il reconnaît qu’elle s’est montrée « extrêmement défaillante ».
La sœur qui s’occupe d’Antonio réclame 1500 euros de dommages et intérêts. Quant à Marie, elle ne s’est pas constituée partie civile.
Des « conséquences désastreuses, ad vitam aeternam » pour les victimes
« Que de mensonges aujourd’hui à votre barre », souffle la substitut Wilmerding. La magistrate rappelle que tous les ans 35 000 enfants subissent ce genre de faits, en France, et que l’auteur fait partie de la famille dans 94 % des cas. Elle parle de « conséquences désastreuses, ad vitam æternam » pour les victimes. Sur les « loupés », la substitut Wilmerding reconnaît que Jean-Marie aurait pu être poursuivi en 2017 et que la mère aurait aussi pu comparaître à côté de lui. Elle a promis de vérifier où en est la procédure sur les éventuelles autres victimes du quinquagénaire. La magistrate s’est, elle aussi, émue des photos trouvées dans le téléphone de Jean-Marie, évoquant des zooms sur l’entre-jambe des femmes dans le RER.
Pour ces faits « d’une gravité absolue », elle requiert 4 ans de prison avec incarcération immédiate ainsi que 6 ans de suivi socio-judiciaire avec obligation de soins, d’indemniser les victimes et interdiction de contact. Elle réclame également l’interdiction de toute activité en lien avec des mineurs pendant 10 ans et la réinscription au FIJAIS.
« Quand on parle de loupé, le mot est faible »
Maître Fontaine présente son client comme « quelqu’un d’assez rustre qui vient d’un milieu assez carencé ». L’avocate revient plus longuement sur la procédure, avec la note de l’éducateur qui date de 2020 et un premier PV en décembre 2023. Et deux signalements au parquet, selon elle. « Pourquoi personne ne s’est inquiété dans ce dossier ? Quand on parle de loupé, le mot est faible », s’agace-t-elle. « Tout le monde a grandi dans un climat d’inceste au sein de cette famille », poursuit-elle, incapable de comprendre pourquoi Antonio « a été totalement oublié » dans la procédure de Ludivine : « c’est en 2023 qu’on s’est réveillé et qu’on va entendre [Antonio].
Maître Fontaine plaide cependant la relaxe pour les faits concernant Marie, estimant qu’il n’y a pas assez d’éléments pour entrer en voie de condamnation. L’avocate trouve que la demande d’indemnisation de la mère, « c’est fort de café ».
« J’en ai marre de ces conneries. Je veux qu’on me laisse tranquille », a simplement conclu Jean-Marie.
Trois ans de prison avec incarcération immédiate
Le tribunal le condamne à 3 ans de prison avec incarcération immédiate. À sa sortie, il sera sous le coup d’un suivi socio-judiciaire pendant 5 ans avec obligations de soins et d’indemniser les victimes. Il lui sera également interdit de les contacter et de paraître à leur domicile. En cas de manquement, il risque de retourner en prison pour 2 ans. Il lui est enfin interdit d’exercer toute activité en lien avec des mineurs et il est de nouveau inscrit au FIJAIS. Avec, donc, obligation de justifier son adresse au commissariat deux fois par an.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
Les chiffres de la délinquance à Beuvrages.
Le site de L’Enfant bleu dédié aux maltraitances infantiles.
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr





