Denain. Trente neuf mois de prison pour d’innombrables menaces à l’encontre de deux ex

Temps de lecture : 4 minutes

Même lors de sa détention pour violences conjugales, ce Denaisien ne peut s’empêcher de proférer des menaces à l’encontre de ses ex compagnes. Et quand il est libre, il se présente chez elles avec un fusil. Il était défendu par maître Lhussiez.

"Les violences sexuelles et sexistes, c'est quoi?

Vingt-neuf mentions sur son casier dont dix pour violences

Plutôt grand, châtain, avec les cheveux courts et une barbe, Martial* s’est montré incapable de laisser parler celle qui devait le juger sans l’interrompre pour se plaindre, rectifier, s’insurger, ironiser… À trente-deux ans, le Denaisien présente un casier rempli de vingt-neuf mentions, dont dix pour violences. Au moment de son interpellation, le 24 juin dernier, il n’avait pas de logement fixe, mais travaillait depuis octobre. Il se trouvait sous sursis probatoire depuis sa sortie de prison. Et il y avait été envoyé pour des violences conjugales à l’encontre de Marina*, avec qui il avait eu une relation pourtant assez brève. L’autre victime de ce dossier, Sophia*, a eu une relation plus longue avec Martial.

Les faits

Depuis sa cellule, à Annoeulin où il se trouvait depuis fin 2020 pour des violences conjugales, il a envoyé des SMS menaçants à ses deux ex, mais il n’était poursuivi que pour des faits à l’encontre de l’une d’elles. Il a cependant reconnu les faits à l’encontre de l’autre, et le parquet a annoncé qu’il serait également poursuivi pour cela. Les surveillants pénitentiaires ont fini par découvrir son téléphone dans sa cellule, avec les messages en mémoire. Comme « je sors d’ici, mon objectif est de t’anéantir ». Il y avait aussi, selon Marina, une quinzaine d’appels tous les jours par des numéros inconnus. Une fois libre, Martial est allé la voir devant son domicile pour l’insulter et la menacer de brûler sa voiture, qui a effectivement été incendiée peu après.

Avec des couteaux

Ensuite, dans la nuit du 1er avril 2024, le prévenu a forcé la porte arrière du domicile de Sophia, a pris deux couteaux dans sa cuisine pour menacer la jeune femme et s’en prendre à deux de ses amis avec qui elle passait la soirée.

Avec un fusil

Le 18 juin, vers 4 heures, il s’est de nouveau présenté devant le domicile de Sophia, mais cette fois avec un fusil et un complice. Sophia et sa fille de dix ans l’ont entendu proférer de nouvelles menaces : « Je sais que t’es avec un mec, il faut en finir, je vais te tuer ! ». C’est la fille qui, à travers une fenêtre à l’étage, lui a demandé de partir, a appelé au secours et composé le 17.

La même nuit, il est allé aussi devant le domicile de Marina pour tirer sur sa voiture avec son fusil. Des plombs ont été retrouvés par les enquêteurs, et le bornage téléphonique ainsi que la vidéosurveillance confirment sa présence sur les lieux.

Expulsé de la salle

Interrogé sur ces faits, Martial les a en grande partie contestés : « Elle est grosse. Quand je dis que je vais la crever, c’est pour dire qu’elle va se dégonfler », a-t-il lancé. « Les SMS ? Vous lisez pas ceux que j’ai reçus ? Ça, c’est des vraies menaces », a-t-il ajouté. Pour lui, les victimes sont « deux folles ». Au vu de son attitude, la présidente Gosteau a préféré le faire sortir de la salle.

Les débats

Me Leboeuf, avocate de Sophia, a pointé « une personnalité dans l’incapacité absolue de comprendre ce qu’on lui reproche ». « La situation est dramatique », a poursuivi l’avocate, « madame souffre parce qu’elle voit sa fille être également victime de ces violences ». Elle a réclamé 3000 euros pour Sophia et 2000 pour l’enfant, en dommages et intérêts.

Pour Me Blin, Martial affiche « une personnalité teintée d’une certaine rage envers madame ». Représentant les intérêts de Marina, l’avocat regrette qu’il n’y ait « rien qui permette de comprendre le comportement du prévenu ». « Pour quelques semaines de relation, voilà ce que ma cliente subit ». Il a, lui aussi, réclamé 3000 euros de préjudice moral, en plus de 1900 euros pour les dégradations sur la voiture.

Les réquisitions

« Monsieur ne semble avoir aucune limite », a lâché la représentante du ministère public, « monsieur ne cesse de commettre des infractions de plus en plus graves ». Après être revenue sur tous les éléments qui, selon elle, prouvent la culpabilité de Martial, elle a ajouté que « la violence psychologique est tout simplement inouïe dans ce cas ». Elle a donc requis un total de trente-six mois de prison avec maintien en détention, et des interdictions de contact.

Un dossier lacunaire pour l’avocate de la défense

« Aujourd’hui, il est en colère. Je pense aussi qu’il y a beaucoup de fatigue », a tempéré Me Lhussiez, avocate de Martial qui a demandé à ne pas le condamner sur son attitude à l’audience. Elle a soulevé que Marina aurait pu signaler les menaces depuis la maison d’arrêt beaucoup plus tôt qu’elle ne l’a fait, si elle avait vraiment voulu être tranquille. Par ailleurs, l’avocate ne relève qu’un seul SMS à son encontre, où il lui demande simplement de le laisser tranquille. « Elle venait le voir en prison sous une fausse identité », a dénoncé Me Lhussiez. Celle-ci a également fait état de SMS menaçants de Sophia : « Quand tu vas sortir, je vais te tuer ». « Je trouve que ce dossier est particulièrement lacunaire », conclue maître Lhussiez qui a plaidé la relaxe sur plusieurs faits reprochés.

« C’est du grand n’importe quoi, j’ai eu l’impression d’assister à un sketch », a finalement commenté Martial, une fois revenu dans le box.

Le délibéré

Le tribunal l’a relaxé sur la période la plus ancienne des faits commis en détention. Pour le reste, Martial est condamné à trois ans de prison en plus de la révocation d’un précédent sursis de trois mois, avec maintien en détention. Il lui est également interdit d’entrer en contact avec ses victimes pendant cinq ans. Il devra enfin les indemniser selon les montants réclamés par leurs avocats respectifs.

* prénom(s) d’emprunt

Ressources

En 2023, 145 plaintes ont été enregistrées à Denain (20 000 habitants) pour des violences intrafamiliales. En 2022, ce chiffre s’élevait à 147. (Source: https://ville-data.com/delinquance/Denain-59-59172)

3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage. https://arretonslesviolences.gouv.fr

Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr

"En cas de violences, brisez le silence." Psychologique, verbale, physique ou sexuelle, la violence isole: parlez-en. 3919

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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