Valenciennes. Condamné pour avoir violé sa compagne de quinze ans
Les faits ont été correctionnalisés en agression sexuelle, mais il s’agit bien d’un viol dont s’est rendu coupable ce Valenciennois de tout juste vingt ans, désormais sous OQTF. Sa jeune victime a pourtant pris sa défense lors de ses auditions.

Tout part d’un signalement de l’ASE
Ce 20 mars, au lieu de fêter son anniversaire, Karim* a dû répondre de faits qui auraient pu être jugés aux assises. Assez petit, les cheveux courts, il porte une veste de survêtement et on peine à l’entendre, depuis le box.
Comme de coutume, la présidente Gosteau commence par préciser ce qui est reproché au prévenu. Ce sont les éducatrices de l’Aide Sociale à l’Enfance en charge de Marie* qui ont averti le parquet en juillet 2023. L’ado de quinze ans leur a expliqué que, le 22 juillet, elle a fêté son anniversaire avec son compagnon, Karim, alors âgé de dix-huit ans. Tous deux ont beaucoup bu. En rentrant à son domicile, le jeune homme a dû l’aider pour gravir les escaliers. Comme elle a vomi, il a dû la déshabiller, la doucher et la mettre au lit. Là, elle a accepté une relation sexuelle, mais s’est ravisée quand il l’a pénétrée au mauvais endroit. Elle lui a demandé de s’arrêter, l’a giflé et Karim s’est enfin exécuté.
Ils ont eu un enfant ensemble après les faits
Entendue par les enquêteurs, elle a présenté les faits comme un accident, tout en indiquant avoir ressenti d’importantes douleurs. Néanmoins, impossible de la convaincre de se faire examiner par un médecin. Par la suite, elle est tombée enceinte de Karim et a accouché d’un petit garçon, après avoir refusé une IVG.
“Je ne l’ai pas forcée”, répète le prévenu dans son box, “moi, je suis pas quelqu’un de violent. Je suis respecté par tout le monde”. La présidente insiste: “Vous pensez qu’elle est en état de consentir alors qu’elle est incapable de se déshabiller seule ?”. “J’étais ivre, moi aussi”, répond le jeune homme, laconique. La présidente soulève alors que si Karim se trouve en détention provisoire, c’est parce que deux autres victimes présumées l’accusent de les avoir, elles aussi, violées dans des circonstances similaires.
Originaire du Cameroun, Karim est arrivé en France à ses quinze ans et se trouve désormais sous OQTF. Avant même d’avoir été condamné, comme le fait remarquer la présidente.
Un an de prison requis
Maître Dubois représente Marie, absente au procès, et accueillie au centre maternel de Calais avec son bébé. L’avocat soulève que la parole de sa cliente et ses intérêts divergent : “elle essaie de protéger monsieur. […] Accuser le père de son enfant, c’est compliqué”. Il réclame 10 000 euros de dommages et intérêts ainsi que 1200 euros de frais de justice.
La substitut Dalbera commence par expliquer que les faits ont été correctionnalisés, avec l’accord des deux parties, parce que les délais de jugement sont beaucoup plus rapides qu’aux assises. La magistrate souligne ensuite que Marie a renouvelé ses déclarations tout au long de l’enquête. “Non, on ne peut pas consentir à un rapport sexuel quand on n’est plus en capacité de monter un escalier”, insiste-t-elle. Si Karim a connu “un parcours migratoire extrêmement compliqué” et que son casier ne comporte encore aucune condamnation, elle requiert cependant un an de prison avec mandat de dépôt. Inutile de prononcer un suivi pour le parquet au vu de l’OQTF qui a déjà été délivrée.
La victime, elle-même, “vient dire qu’elle est consentante”, plaide maître Bartholomeüs pour qui “ce dossier repose sur des suppositions”. “Rien n’interdit les relations sexuelles quand on a bu”, appuie l’avocate, “quand elle lui dit d’arrêter, il arrête tout de suite et va à la douche”.
Dix-huit mois de prison avec mandat de dépôt
Pas de relaxe pourtant, puisque le tribunal prononce la peine de dix-huit mois de prison avec mandat de dépôt. Le tribunal prononce également l’inscription de Karim au FIJAIS et le condamne à indemniser sa victime pour un total de 10 800 euros.
* prénom(s) d’emprunt
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
Vous pouvez commenter cet article et suivre l’actualité du site sur nos réseaux sociaux : Facebook, Twitter/X et désormais Instagram/Threads.
Pour toutes remarques ou suggestions, envoyez-nous un mail.
Ressources
Les chiffres de la délinquance à Valenciennes.
La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.
Des questions par rapport à votre consommation d’alcool ou celle de vos proches ?
Un problème de dépendance ? L’association GREID peut vous aider.
Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal ou prenez contact avec le Service d’Aide aux Victimes au 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr





