Valenciennes. Il s’introduit dans une maison de retraite pour y commettre une agression sexuelle

Temps de lecture : 4 minutes

La nuit du 27 avril, un jeune Bruaysien de vingt-quatre ans s’est introduit dans une maison de retraite, totalement ivre, pour y agresser une jeune aide-soignante. Il a été jugé en comparution immédiate trois jours plus tard et condamné à une peine ferme.

Image par Mirosław i Joanna Bucholc de Pixabay
Jugé en comparution immédiate

Le visage de Ryan* arbore des marques consécutives à son interpellation plutôt musclée. Le jeune homme se présente à la barre de la salle « historique » du tribunal sous une solide escorte. Plutôt petit, châtain avec les cheveux courts, une moustache et un bouc, il porte un jean et une veste verte. Les mêmes vêtements que lors de son interpellation trois jours plus tôt.

Derrière lui, sur le banc des parties civiles, Laetitia* vient s’installer. Assez petite avec de longs cheveux blonds, on la sent très émue. « Avant cet événement, j’étais heureuse dans ma vie professionnelle », expliquera-t-elle lorsque la présidente l’invitera à prendre la parole. Elle travaille comme aide-soignante dans une maison de retraite de Valenciennes, où elle se retrouve régulièrement seule, la nuit.

Totalement ivre et en pleine nuit, il s’introduit dans l’établissement

Le 27 avril, elle a ainsi vu Ryan se faufiler dans l’établissement, totalement ivre. Il lui a dit qu’elle était « belle et bonne », lui a embrassé les mains, touché la poitrine, malgré les efforts de Laetitia pour le repousser. Elle l’a même filmé et a appelé son compagnon à la rescousse. C’est ce dernier qui a appelé la police.

Dès l’arrivée des fonctionnaires, Ryan s’est montré d’autant plus agressif, multipliant les insultes et les menaces. L’un d’eux a dû l’empoigner pour le mettre au sol et le menotter, mais même dans sa geôle, il leur a craché au visage.

Une victime toujours sous le choc

« Je voudrais m’excuser très fortement », sanglote Ryan lors de son jugement, « je ne suis pas du tout ce genre de personne. […] Je ne comprends même pas comment j’en suis arrivé là : j’ai une copine, j’ai une famille, j’ai tout ce qu’il faut ». Il explique que ce soir-là, il s’est justement disputé avec sa compagne, a bu trois flashs de vodka avec des amis et ensuite… impossible d’expliquer pourquoi il s’est rendu dans cette maison de retraite et pourquoi il s’est comporté de cette manière.

« Je suis encore sous le choc », témoigne Laetitia, elle aussi en pleurs, « c’est la première fois que je fais des crises d’angoisse, je ne dors plus, je ne sais pas comment réagir à tout ça ». Elle indique avoir réussi à voir un psychologue juste après les faits pour démarrer un suivi et réclame 2000 euros de dommages et intérêts.

La présidente évoque la situation personnelle de Ryan : il vit chez sa mère, sans profession, avec un enfant dont il n’a pas la charge. Son casier comporte six mentions pour des délits divers, en plus d’une condamnation qui n’y figure pas encore pour des violences conjugales en octobre dernier. Il a alors écopé d’un an de prison, dont huit mois avec sursis probatoire. « Ça commence à faire beaucoup, cette accumulation, alors que vous êtes soumis à une obligation de soins », fait remarquer le président Ott.

Un total de trente-quatre mois de prison requis

Maître Delplanque intervient pour les trois policiers, victimes de multiples infractions. Il évoque « des propos particulièrement dégradants », sans compter le crachat, « l’expression ultime du mépris ». « Il ne faut pas s’imaginer que les policiers ne sont pas touchés par ça, ça blesse ! », insiste l’avocat qui réclame un total de 3100 euros pour ses clients.

« Monsieur n’a pas investi toutes les perches que la justice lui a tendues », fait observer la représentante du parquet, qui évoque « une personnalité très inquiétante avec un risque de récidive important ». Elle requiert donc trente mois de prison en plus de la révocation du précédent sursis à hauteur de quatre mois, une peine d’inéligibilité, une interdiction de contact et de paraître dans l’établissement pendant trois ans. Et l’inscription au FIJAIS.

Maître Lagache appuie longuement sur les excuses de Ryan : « il faut voir sa honte », plaide-t-elle avant de réclamer « une peine qui a du sens », avec un bracelet électronique ou avec une partie sous sursis probatoire.

Dix-neuf mois et demi de prison ferme

Le tribunal fixe la condamnation à dix-huit mois de prison avec maintien en détention en plus de la révocation du sursis à hauteur de six semaines. La peine d’inéligibilité, l’interdiction de contact et de paraître aux abords de la maison de retraite courent pour deux années. Ryan est également inscrit au FIJAIS, ce qui le contraindra à justifier de son adresse une fois par an. Les victimes ont été reçues dans leurs demandes et le jeune homme devra les indemniser comme elles l’ont réclamé.

* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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