La Sentinelle. « Ma fille, comme elle lui tenait tête, c’est pour ça qu’il la tape »
Le tribunal a jugé un nouveau dossier de violences intrafamiliales ce 2 juillet 2024, en comparution immédiate, pour des faits commis par un Sentinellois en juin. Totalement ivre, il reprochait à sa belle-fille de lui avoir pris ses bières.

En invalidité, son casier comporte une mention
Chemise et cheveux noirs, un visage rond, une moustache poivre et sel, Gérard* est en invalidité, avec des problèmes cardiaques, en attendant de commencer à toucher sa retraite, l’année prochaine. Son casier ne présente qu’une seule mention, en 2022 pour des faits qui remontent à 2015 et qui lui valent d’être toujours sous sursis probatoire. Il s’agissait, déjà, de violences conjugales en état d’ivresse. Mais Gérard n’est plus en capacité de dire qui était sa victime. Sur le banc des parties civiles se trouve Sylvie*, avec ses cheveux grisonnants attachés, qui a besoin d’aide pour se déplacer. Ils se sont rencontrés en 2015, en psychiatrie où ils étaient traités tous deux pour dépression.
Les faits
Le 29 juin, la fille de Sylvie, Céline*, vient la voir. Gérard avait déjà bu six bières de cinquante centilitres, comme il l’a reconnu. Pour une histoire de ventilateur, il s’emporte contre Céline au point qu’elle et sa mère doivent se réfugier une heure dans la salle de bain. À leur sortie, Gérard n’est pas calmé et, en plus, il se met à reprocher à Céline la disparition de ses bières. Sylvie veut appeler la police, son compagnon lui tord le bras et lui tire les cheveux pour l’en empêcher, avant de s’en prendre à Céline. À elle, il assène une dizaine de coups de poing au visage. « Je pense avoir perdu connaissance l’espace d’un instant », indiquera celle-ci aux enquêteurs, se plaignant aussi de surdité au niveau d’une oreille. Le taux d’alcool relevé par la police, sollicitée par Sylvie juste après ces violences, frôle les deux grammes chez Gérard.
Au cours des auditions, une autre scène de violences est évoquée, le 5 juin. Là, Céline a reproché à Gérard de frapper ses chiens. L’homme a alors porté à sa belle-fille un coup de poing dans le ventre et un autre dans les jambes.
« Quand je bois pas, je suis un autre homme »
« C’est confus », répond Gilbert qui ne se souvient que de la bière qui a disparu dans le garage. Il ne conteste cependant pas les faits reprochés : « il y a eu altercation, certainement ». Mais très vite, il met son comportement sur le compte de l’alcool : « quand je bois pas, je suis un autre homme. Il faut que j’arrête parce que ça devient dangereux ».
« Ma fille, comme elle lui tenait tête, c’est pour ça qu’il la tape », a indiqué Sylvie à la barre. Selon elle, les violences à son encontre ne seraient que verbales, mais « moralement, toujours se faire insulter, que je suis handicapée, que je suis grosse, c’est pénible ». « Je l’aime, mais il faudrait qu’il arrête de boire, surtout que moi, je bois pas. Je peux pas boire avec mon traitement, l’odeur de l’alcool me révulse », a poursuivi Sylvie.
Les débats
La procureure, Christelle Dumont, a souligné que Sylvie avait indiqué au service qui suivait son mari, dans le cadre de son sursis probatoire, qu’elle se sentait en danger, « et oui, elle est danger », a confirmé la magistrate. Constatant que les obligations du sursis n’ont pas été respectées et craignant une réitération des faits, elle a requis dix-huit mois de prison, dont six avec sursis probatoire et mandat de dépôt, en plus de la révocation de la précédente peine.
« C’est une relation, de base, pathologique », estime Me Limet, pour la défense, au vu des circonstances dans lesquelles le couple s’est rencontré. Elle a également expliqué que Gérard est devenu alcoolique au cours de son service militaire, à vingt-cinq ans, ce qui lui fait un total de « trente-six ans d’alcoolisme chronique ». « Il a fait dix cures en douze ans », a poursuivi l’avocate, « il boit énormément à cause de ses angoisses. Le docteur lui a même conseillé d’arrêter de regarder les infos ».
Le délibéré
Le tribunal a fixé la peine à quinze mois de prison dont six avec sursis probatoire renforcé assorti d’obligation de soins et d’interdiction de contact ainsi que de paraître au domicile des deux victimes. Son précédent sursis de six mois a également été révoqué, et le maintien en détention a été prononcé pour la partie ferme. Les victimes n’ont pas réclamé de dédommagement.
* prénom(s) d’emprunt
3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.
Des questions par rapport à votre consommation d’alcool ou celle de vos proches ? https://www.alcool-info-service.fr/
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr
Pour signaler un cas de maltraitance animale, vous pouvez composer le 3677.
En 2023, 26 plaintes ont été enregistrées à La Sentinelle (3200 habitants) pour des violences intrafamiliales. En 2022, ce chiffre s’élevait à 18. (Source: https://ville-data.com/delinquance/La-Sentinelle-59-59564)





