Denain. Des parents condamnés suite à l’infestation de poux de leur fillette

Temps de lecture : 3 minutes

La justice estime que leurs efforts pour endiguer l’infestation de poux de leur fille de six ans ont été insuffisants. La petite a fini hospitalisée pendant trois semaines, avec une surinfection avant d’être placée en famille d’accueil. Les parents étaient défendus par maîtres Bazela et Lhussiez.

Image d’illustration par gkgegk de Pixabay

Un couple séparé aux casiers vierges

Les parents étaient séparés au moment des faits, à l’été 2022, et le père, Benoît* qui réside à Denain, bénéficiait d’un droit de visite classique. Angélique* résidait du côté d’Armentières. Les relations entre les deux s’avéraient plutôt tendues. Leurs casiers étaient encore vierges et aucun des deux ne travaillait.

Les faits

C’est le centre hospitalier d’Armentières qui signale la situation aux autorités début août 2022. Justine*, six ans, vient d’y être amenée par sa mère avec de nombreuses lésions, de la fièvre, une suspicion de gale… Dans le même temps, la fillette dénonce des violences et des attouchements de la part de son père. Elle explique, notamment, se faire enfermer dans le grenier comme punition. Sauf que devant les policiers, Justine revient sur ses déclarations et après vérification, ces accusations présentent d’importantes incohérences, comme… l’absence de grenier dans le logement de Benoît. Mais la justice s’est saisie de l’affaire et la petite est placée après ses trois semaines d’hospitalisation. Elle le restera pendant un an et demi.

Angélique reconnaît que la petite avait déjà des poux quand elle l’a confiée à Benoît pour quinze jours. Mais ça s’est aggravé au point qu’elle a dû l’emmener chez son généraliste à son retour. Celui-ci lui a prescrit un traitement qui n’a pas fonctionné. Alors, cinq jours plus tard, elle a amené Justine aux urgences.

Le père concède qu’il aurait pu appeler les pompiers

« Il y avait déjà énormément de poux quand je l’ai récupérée », assure Benoît lors de son procès qui s’est tenu le 18 juin dernier au tribunal de Valenciennes. Le père ajoute que comme le traitement donné par Angélique ne fonctionnait pas, il en a essayé un autre avant d’amener Justine aux urgences de Denain. Mais là-bas, on lui aurait dit qu’on ne pouvait pas la prendre en charge et qu’il fallait l’emmener à Valenciennes. Sauf que Benoît n’a pas de voiture, alors il a préféré attendre que son ex vienne récupérer l’enfant. Il concède néanmoins, face aux questions des magistrats, qu’il aurait pu appeler les pompiers, au vu de son état.

Les débats

L’avocat du département réclame 10 000 euros de dommages et intérêts

« On a une belle évolution », indique maître Dubois qui représente le département et donc les intérêts de Justine. « Le conflit entre les deux parents s’est bien apaisé », note également l’avocat. « Je ne savais pas qu’on pouvait être hospitalisé pour des poux aussi longtemps », ajoute-t-il avant de réclamer 10 000 euros de dommages et intérêts pour la petite, qui reste sous mesure d’accompagnement par les services sociaux.

Les réquisitions

« Pour le bien de votre fille, il est essentiel de vous entendre », commence la substitut Chopin, qui fait état d’un « gros problème d’hygiène » : « une surinfection, ça ne se développe pas du jour au lendemain ». La magistrate requiert donc une peine d’avertissement pour les deux parents de deux mois de prison avec sursis simple.

La défense plaide la relaxe

Pour Benoît, maître Bazela commence par évoquer cette « petite fille ravissante qui a désormais sept ans » et qui « a été traumatisée d’avoir été rasée ». L’avocate a ensuite rappelé tout ce que sa cliente a pu faire contre cette infestation : acheter un shampooing, aller voir son médecin, amener la petite aux urgences… « Elle a fait tout ce qui était en son pouvoir », plaide l’avocate. Celle-ci dénonce surtout les services sociaux, soulevant que Justine a également subi une infestation de poux avec une surinfection qui lui a valu un retour à l’hôpital lors de son placement. « Ce sont les mêmes qui réclament 10 000 euros », peste maître Bazela, « ils ont laissé Justine croupir avec ses poux pendant un mois ». Elle a réclamé la relaxe, sinon une dispense de peine pour sa cliente.

Maître Lhussiez estime que ce sont justement les produits achetés pour lutter contre les poux qui ont fragilisé le cuir chevelu de la petite. L’avocate a aussi souligné que les services sociaux n’ont pas fait mieux que son client en juin 2023, selon elle. « Justine a une intolérance aux traitements qu’on trouve en pharmacie », poursuit l’avocate qui réclame aussi la relaxe pour son client : « il n’est pas resté sans rien faire. »

Le délibéré

« Tout n’a pas été fait pour soigner l’enfant », répond le tribunal qui condamne chacun des parents à deux mois de prison avec sursis simple. Ils devront également verser 1000 euros chacun en dédommagement au département pour le compte de Justine.

Les avocates ont indiqué vouloir faire appel de cette décision.

* prénom(s) d’emprunt

Ressources

Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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