Saint-Amand. Gêné par les cris d’une personne malentendante, il lui brise le tibia
Un jeune homme de vingt-six ans a été condamné à quatorze mois de prison pour des violences, à l’encontre d’une personne malentendante, commises le 18 avril dernier à Saint-Amand-les-Eaux. Le condamné a cependant lui aussi encaissé des coups au visage qui ont occasionné des fractures.

Un jeune homme « prompt à monter dans les tours »
Ce mercredi 18 juin, l’audience de comparutions immédiates comprend trois dossiers de violences et c’est Cédric* qui passe le premier. Son visage apparaît sur l’écran de la salle, avec une qualité sonore assez désagréable. Il porte un polo blanc. Ses cheveux sont courts et bruns, tout comme sa barbe. Il comparaît depuis la maison d’arrêt où il a été incarcéré pour de nombreux autres faits, avec une fin de peine prévue pour septembre 2026. Cariste en intérim, il a un enfant de trois ans, et un casier qui démontre une certaine promptitude “à monter dans les tours”, selon les termes du président Ott. Cédric devait partir en cure le 19 mai pour régler ses addictions à l’alcool et au cannabis, qui facilitent sa violence : “ça détruisait tout, ça détruisait ma famille”, indique-t-il.
Le tibia brisé d’un simple coup de pied ?
Le 18 avril vers 13h30, il se trouvait dans son appartement, à boire de la bière, quand il a entendu Jean-Luc* jouer à la pétanque en bas de chez lui, avec quelques amis. Cédric a travaillé toute la nuit, il aimerait se reposer, alors il leur demande de faire moins de bruit. Une fois, deux fois… En fin d’après-midi, le jeune homme se décide à descendre pour régler le problème. Là, les versions commencent à diverger. Selon Jean-Luc, le prévenu est allé droit vers lui et lui a porté un coup de pied qui lui a brisé le tibia. Selon Cédric, il n’a pas eu le temps de porter un coup : quelqu’un lui en a asséné un, sans doute avec une boule de pétanque, qui lui a brisé la mâchoire, le nez et l’arcade. Il s’est ensuite réfugié chez lui, où il a exhibé une tringle à rideau depuis son balcon, ou un sabre, selon les victimes. Les policiers l’ont interpellé peu après.
Hospitalisé, Jean-Luc s’est vu diagnostiquer une double fracture du tibia, avec une ITT supérieure à huit jours, sans plus de précisions à ce stade. Idem pour Cédric, dont les fractures ont bien été constatées, mais l’ITT n’a pas été fixée. Ce dernier a lui aussi déposé plainte, contre X, pour les violences subies, mais l’enquête n’est pas encore bouclée sur ce point. Jean-Luc désigne cependant l’un de ses amis, ne donnant que son prénom, comme l’auteur du coup.
Une victime… malentendante
“Je me suis pris le coup en premier”, clame Cédric, “vous allez peut-être dire que je suis un lâche, mais, après, j’ai couru jusqu’à chez moi. J’étais descendu pour m’expliquer, pas pour me bagarrer. Je ne sais pas comment il s’est fait ça, mais il était alcoolisé.” Et d’insister : “Je voulais régler ça à l’amiable, pas à la barbare”.
À l’aide de ses béquilles, Jean-Luc s’avance jusqu’à la barre, accompagné de son avocate pour qu’elle puisse lui formuler à sa bonne oreille les propos de chacun des intervenants. Car Jean-Luc est malentendant, ce qui peut expliquer pourquoi il criait, lors de cette partie de pétanque. “Il disait qu’on faisait trop de bruit alors qu’il était 16 ou 17h”, commence-t-il. Et d’expliquer l’hospitalisation, les insomnies à cause des douleurs, les séances de kiné… “Il ment”, martèle Jean-Luc.
Maître Descamps appuie sur la surdité de son client : “ça a pour conséquence qu’il parle fort. Très fort.” L’avocate évoque ensuite les lourdes conséquences pour Jean-Luc : “imaginez la force exercée pour lui briser la jambe”. Son client se retrouve en arrêt au moins jusqu’au 27 août, avec une perte de salaire conséquente. C’est pourquoi elle demande un renvoi en liquidation de dommages et intérêts, afin de chiffrer précisément le préjudice.

Vingt mois de prison requis
L’inconvénient des procès en visioconférence : les micros ne fonctionnent pas forcément tous. Celui du parquet étant défaillant, la substitute Dalbera a dû requérir à la barre, pour que Cédric puisse l’entendre depuis sa maison d’arrêt. “Ce sera une première”, souffle la magistrate qui fait ensuite la liste des témoignages concordants à l’encontre du prévenu. “Vous avez tous les éléments pour condamner monsieur ». Au vu de la gravité des faits et des antécédents du jeune homme, elle requiert une peine de dix-huit mois de prison avec mandat de dépôt en plus de la révocation d’un précédent sursis de quatre mois. En prime, la magistrate réclame une interdiction de contact avec la victime.
“Je trouve que ce problème technique est tout à fait à propos dans ce dossier. Le son est manifestement insupportable”, plaide maître Renoult pendant que son client doit tendre l’oreille pour l’entendre. “Tout le monde n’est pas sensible de la même façon au bruit”, poursuit l’avocate qui souligne que son client travaille de nuit et qu’il avait donc besoin de se reposer avant d’y retourner. Selon elle, les joueurs de pétanque l’ont provoqué pour qu’il descende les voir. “Il est aussi gravement blessé que la partie civile”, soulève-t-elle, sceptique face aux déclarations des témoins : “j’ai du mal à croire qu’on puisse casser une jambe avec un coup de pied”.
Quatorze mois de prison ferme
Le tribunal prononce la peine d’un an de prison avec mandat de dépôt en plus de la révocation du sursis de quatre mois. Il sera aussi interdit à Cédric de détenir une arme soumise à autorisation pendant trois ans et d’entrer en contact avec Jean-Luc pendant deux ans. La peine, obligatoire, d’inéligibilité est fixée à un an.
Enfin, il devra verser une provision de 1000 euros à la victime en attendant l’expertise et l’audience de LDI et un peu plus de 8000 euros à la CPAM, pour les frais engagés pendant l’hospitalisation de Jean-Luc. Et 400 euros de frais d’avocat.
* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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Ressources
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