Trith-Saint-Léger. “J’ai déjà eu des violences conjugales, mais là j’ai vu ma mort”
Le tribunal correctionnel de Valenciennes a condamné ce 3 septembre un SDF de 41 ans pour des violences commises dès sa sortie de prison, le 10 juin dernier, sur deux compagnes successives.

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Un parcours de vie compliqué dès sa naissance
Son casier comporte déjà treize mentions depuis 2002 quand Gérard* se présente dans le box des prévenus, ce 3 septembre. De nombreux tatouages témoignent de son passé et de sa personnalité. Le quadra dispose, en outre, d’une carrure de rugbyman, et il parle avec un léger accent du Gard, d’où il est originaire.
Placé dès sa naissance, il a grandi dans des familles d’accueil successives. À 8 ans, on lui apprend que celui qui l’a reconnu comme son fils n’est pas son père biologique. Il indique avoir subi des violences au cours de son enfance. Analphabète, il n’a obtenu aucun diplôme, n’a jamais travaillé et bénéficie de l’allocation adulte handicapé.
Sous une fausse identité
Ce 10 juin, il est donc sorti de prison et a été accueilli par sa compagne, Céline*, à Sains du nord, auprès de qui il s’était fait passer pour un certain Anthony Lopes (sans aucun lien, a priori, avec le gardien de but de l’OL). “Mon père, il s’appelle Lopes et mon surnom, c’est Anthony, mais je donne pas mon vrai nom au début. J’aime pas mon prénom, c’est un prénom de vieux”, se justifie Gérard face au tribunal. Céline essuie des menaces de mort et sa fille se fait bousculer.
Le quadra change de compagne, avec Nathalie*, à Trith-Saint-Léger, qui vient le chercher à la gare du Poirier pour l’amener chez elle. Ils échangeaient sur Internet depuis deux ans, et la dame ignorait également sa vraie identité et son passé judiciaire. Dès le premier jour, sur fond de jalousie maladive : des menaces, des crachats, des insultes. Et une strangulation suivie d’une menace avec un couteau posée sur la gorge : “J’ai déjà eu des violences conjugales”, témoigne la victime, “mais là, j’ai vu ma mort”.
Le 19 juillet, elle dépose plainte. Le 22 juillet, Gérard retourne en détention. Le temps de procéder aux expertises, il se retrouve à répondre de ses violences, qu’il conteste en grande partie : “J’ai juste craché et insulté, c’est tout. […] Tout le reste, elle l’a inventé. […] C’est elle qui m’interdisait de parler, même à la mère de mes enfants, sur Internet”.
— Cracher sur quelqu’un, vous ne croyez pas que c’est une violence ? lui demande le président Ott.
— Je ne le savais pas, répond Gérard. J’appelle pas ça une violence, sinon je vais porter plainte contre tous ceux qui me crachent dessus, à la rue.
« Un système de prédation »
Nathalie se présente à la barre, pour témoigner de ce qu’elle a vécu : “Je ne sais pas comment j’arrive toujours à me mettre avec des gens violents”, confesse celle qui souffre d’un syndrome dépressif aigu et qui a, elle aussi, subi des violences depuis son enfance. Elle indique recevoir des menaces dans la rue et sur les réseaux sociaux pour avoir déposé plainte contre lui.
Pour l’avocat de Nathalie, maître Frère, comme pour le parquet, Gérard choisit ses victimes avec soin : “il sort de détention, il a besoin d’un port d’attache”, soulève le premier avant que la substitute Boutaba parle de “système de prédation”. Tous deux déplorent l’absence de remise en question du prévenu, qui ne semble pas intégrer qu’un simple crachat constitue déjà une violence. La magistrate requiert un total de 30 mois de prison, dont 6 avec sursis probatoire et maintien en détention, entre autres mesures.
“Vous avez face à vous un homme simple”, plaide maître Descamps, qui souligne le profil particulier de son client et qui s’étonne que le légiste n’ait pas relevé de trace de strangulation, à tout le moins. L’avocate réclame une relaxe partielle, consciente que son client a malgré tout commis des violences.

Dix-huit mois de prison
Le tribunal fixe la sanction à 18 mois de prison, dont 6, avec sursis probatoire pendant 2 ans et maintien en détention pour la partie ferme. La probation comprend des obligations de travail, de soins et d’indemniser les victimes ainsi que des interdictions de contact et de paraître au domicile et dans les villes où résident ses victimes. De toute façon, Gérard a manifesté son intention de repartir dans le sud. Il devra, enfin, indemniser Nathalie, seule à s’être constituée partie civile, pour un total de 1300 euros.
* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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Ressources
Les chiffres de la délinquance à Trith-Saint-Léger.
La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.
Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, ou rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal : prise en charge du lundi au vendredi 8h30 -12h / 13h30 – 16h30 sav.valenciennes@primtoit.org 03.59.38.43.19 ou 03.27.20.26.26 ou directement au TJ 6 avenue des Dentellières 59300 Valenciennes.






