Fresnes-sur-Escaut. Il avait sorti un couteau devant sa sœur, son ex et une amie sur la place

Temps de lecture : 4 minutes

Malgré les protestations de deux de ses victimes lors du procès, le jeune Condéen a été condamné pour des violences commises dans la nuit du 12 au 13 juillet sur la place Vaillant-Couturier, à Fresnes.

Image d’illustration par Michal Renčo de Pixabay

Le contexte

Sofian* s’est présenté à la barre, ce 16 juillet, avec un sweat-shirt blanc qui contraste avec ses cheveux bruns et sa barbe. Larmoyant, il a expliqué avoir vécu sans père et avoir beaucoup souffert du décès de son grand-père, trois ans plus tôt : « j’ai totalement perdu pied ». Sur son casier figurent deux condamnations pour des violences assez graves pour lui avoir valu une peine de prison. À sa sortie, il a travaillé puis démarré une formation. Mais avec sa compagne, Sophie*, ils ont perdu un bébé et le jeune homme indique avoir subi, en outre, une agression : « j’ai, depuis un an, des idées noires, des envies de suicide ». Parce qu’il passait trop de temps à s’amuser avec ses amis, sa compagne a préféré le quitter une semaine auparavant.

Les faits

Le 12 juillet, Sofian est allé s’acheter un flash de vodka qu’il a vite englouti. Ensuite, au niveau de la place, il a retrouvé Sophie qui était accompagnée d’une amie, Virginie*, et de la sœur de Sofian, Vanessa*. Là, ce dernier s’est emporté, a sorti un couteau, s’est blessé en portant un coup à un panneau, a porté sa main ensanglantée sur le visage de Virginie. Il a également asséné une gifle à Sophie et des coups dans les jambes de Vanessa. C’est à ce moment qu’une patrouille de police est intervenue pour interpeller Sofian, non sans devoir utiliser leur taser.

Le prévenu ne se souvient plus avoir menacé les trois jeunes femmes avec le couteau, pas plus que du taser, mais il ne conteste pas s’être montré violent envers elles. « Vous êtes dangereux », lui a répété la présidente Gosteau, alors que Sofian indiquait vouloir se faire interner. « La détention, je la supporterai pas », a-t-il indiqué.

Les débats

« J’ai pas reconnu mon frère, je l’ai jamais vu comme ça », a témoigné Vanessa à la barre. Elle a cependant martelé ne pas s’être sentie menacée : « mon frère voulait me protéger, il m’a rien fait ». « La police constate que vous êtes terrorisée », lui répond madame Gosteau, brandissant l’audition de Vanessa: « vous l’avez signée ». « Les policiers ont mal noté. […] Ils ont mal fait leur travail ». « Là, vous ne l’aidez pas. Je trouve ça triste que vous banalisiez les violences », a tranché la présidente du tribunal.

Sophie a pris la place de Vanessa à la barre, pour tenir à peu près le même discours : « Il ne m’a pas du tout menacée avec un couteau. […] Sincèrement, je n’ai pas eu peur. […] À partir du moment où j’étais avec lui, il filait droit. […] J’ai été battue pendant neuf ans, mais lui, il m’a jamais levé la main dessus ». « Vous vous voilez la face », lui a répondu la présidente Gosteau qui l’a également avertie que si la jeune femme se remet en couple avec Sofian, la justice risque de prendre des mesures pour protéger son fils de six ans de tout comportement violent.

« Je suis assez consternée de voir la minimisation tant du côté de monsieur que de ces dames », a commenté la représentante du parquet, « ce n’est pas rien, ce qu’elles ont vécu ». La magistrate a donc requis douze mois de prison, dont six avec sursis probatoire en plus de la révocation du précédent sursis de six mois, avec incarcération immédiate et interdiction de contact avec les trois victimes.

Pour la défense de Sofian, Me Grave a d’abord souligné que le juge des libertés et de la détention l’avait placé sous contrôle judiciaire et non en détention provisoire, estimant qu’on pouvait lui faire confiance. « Je relève une ultrafragilité chez monsieur. Il demande à être interné à plusieurs reprises. » Elle a demandé à ce que Sofian puisse bénéficier d’un aménagement de peine plutôt que d’être envoyé en prison.

Le délibéré

Le tribunal y a fait droit puisque le Condéen a été condamné à douze mois de prison, dont six avec sursis probatoire en plus de la révocation de son sursis de six mois, mais sans mandat de dépôt. Il devra cependant se soigner, travailler et ne plus entrer en contact avec les trois victimes.

Il a dix jours pour faire appel de cette décision, s’il le souhaite.

* prénom(s) d’emprunt

Ressources

3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage. https://arretonslesviolences.gouv.fr/
Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114.

Des questions par rapport à votre consommation d’alcool ou celle de vos proches ? https://www.alcool-info-service.fr/

Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr

En 2023, 46 plaintes ont été enregistrées à Fresnes-sur-Escaut (7600 habitants) pour des violences intrafamiliales. En 2022, ce chiffre s’élevait à 53. (https://ville-data.com/delinquance/Fresnes-sur-Escaut-59-59253)

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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