Saultain. Un chauffeur routier condamné pour violences après une altercation en plein embouteillage
Un conducteur de poids lourd a violenté un automobiliste qui lui avait fait des appels de phare le 31 mars 2023 à Saultain. Les faits se sont déroulés dans un contexte d’embouteillages importants.

Un « papy » de 48 ans avec des condamnations assez anciennes
Karim* dispose d’une carrure plus imposante que celle de sa victime. Il se présente à la barre vêtu d’une doudoune. À 48 ans, ses cheveux poivre et sel sont coupés court. Son casier fait état de quatre condamnations entre 2006 et 2012, toutes pour des faits de violences. Il explique avoir été maltraité dans son enfance, d’où les condamnations. « Je suis papy maintenant et à un moment il faut se ranger ». Marié, père de quatre enfants majeurs, il exerce comme chauffeur routier avec un salaire de 3000 euros par mois.
Deux coups de poing à l’encontre d’un policier en civil et de sa compagne
Le 31 mars 2023 au petit matin, Karim s’est retrouvé coincé dans des « bouchons phénoménaux », selon ses propres termes, à Saultain. Après avoir laissé passer quelques voitures, il finit par forcer le passage devant un couple, Déborah* et Kévin*. Agacé, ce dernier adresse des appels de phares à Karim, le double et s’arrête au rond-point suivant. Bloqué, le quadra sort de son camion et va trouver Kévin. Le ton monte, les insultes fusent, Karim assène un coup de poing à Kévin, le sort de son véhicule et lui en porte un second, malgré Déborah qui a tenté de s’interposer et a aussi pris un coup. Alors qu’elle tentait de dire à Karim que Kévin est policier.
Kévin se voit fixer une ITT de 12 jours, avec une fracture du plancher au niveau de l’orbite gauche et des douleurs persistantes. L’ITT de Déborah s’élève à un jour surtout pour le choc psychologique.
« Il a sorti une insulte qu’il ne fallait pas »
« C’est regrettable », commente le prévenu. « Pris par le temps, je commençais à être tracassé. Il a sorti une insulte qu’il ne fallait pas, j’ai mis deux coups de poing », poursuit Karim. Il dénonce en effet des insultes racistes et assure que les policiers ont refusé de prendre sa plainte ce qui l’a contraint à s’adresser directement au procureur. Le quadra conteste cependant avoir levé la main sur Déborah, mais concède qu’elle a pu se prendre un coup de manière involontaire.
« C’est le comportement d’un chauffeur routier qui se prend pour le roi de la route »
Maître Broyart comprend que les routiers doivent parfois « serrer » les autres voitures pour pouvoir s’insérer, mais pas qu’on puisse descendre de son véhicule pour s’en prendre à un automobiliste. « [Mon client] est dans son habitacle, il se prend un coup de poing », insiste l’avocat, « c’est le comportement d’un chauffeur routier qui se prend pour le roi de la route ». Il réclame un total de 3200 euros d’indemnisation.
La substitut du procureur revient sur des « faits forts désagréables » : « rien ne justifie de s’arrêter, de sortir de son véhicule et d’aller saisir l’autre automobiliste à la gorge ». « S’il y a eu des insultes à caractère raciste, elles sont intolérables, mais elles ne justifient pas ces violences », ajoute la magistrate qui requiert 10 mois de prison dont 4 avec sursis probatoire et une amende de 400 euros.
« Il a agi ainsi parce qu’il a eu peur »
« C’est véritablement l’esclavage », plaide maître Babouri à propos du métier de Karim. Selon l’avocat, son client « a agi ainsi parce qu’il a eu peur ». Il regrette par ailleurs qu’il ne soit pas possible de prononcer une peine aménagé sous la forme d’un bracelet électronique au vu des déplacements permanents de Karim. L’avocat se prononce donc pour un sursis probatoire intégral. « Il a eu une enfance plus que chaotique et dramatique », conclut Abdelcrim Babouri.
Six mois de prison avec sursis probatoire
Le tribunal fixe la sanction à 6 mois de prison avec sursis probatoire pendant 18 mois assorti d’obligations de soins, de travail et d’indemniser sa victime. En plus d’une amende de 300 euros. Il devra verser un total de 2000 euros à Kévin.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
Les chiffres de la délinquance à Saultain.
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr





