Haveluy. « Il veut paraître comme le Prince charmant, mais c’est le véritable crapaud de l’histoire »

Temps de lecture : 4 minutes

À la barre du tribunal, un jeune homme de 26 ans condamné pour des années d’insultes, de violences sur son ex. Mais selon lui, ce ne serait que du « cinéma ». Il a été condamné à une peine de sursis probatoire.

Un jeune homme « paranoïaque », « impulsif » et qui « fait une fixation sur madame »

Julien* réside à Haveluy. Il se présente à la barre, ce 4 octobre 2024, avec un pantalon crème et une veste colorée. Il porte une barbe et ses cheveux châtains sont très courts. Son casier fait état de deux condamnations très récentes pour une affaire de stupéfiants et des violences. Quand la présidente lui demande de s’expliquer sur celles-ci, il indique qu’en réalité c’est un policier qui s’est jeté sur son véhicule. Selon lui, sa précédente compagne était une « folle furieuse ».

Cependant, le psychiatre qui l’a expertisé évoque des « traits de caractère paranoïaques ». Le psychologue, quant à lui, le décrit comme « impulsif qui supporte mal les frustrations ». Il parle aussi d’une « fixation psychique sur madame ». C’est-à-dire la victime. Julien ne se reconnaît pas dans ce portrait. Il explique néanmoins que sa mère l’a battu quand il était petit. « Mais je lui en veux pas, ça a fait de moi un homme », ajoute-t-il. « La violence, ça ne fait de personne un homme », doit intervenir la présidente. Le jeune homme de 26 ans est resté en couple avec Angélique* de 2018 à 2022. Après la séparation, ils ont cohabité pendant encore quelques mois.

« Je veux pouvoir aller au cinéma sans regarder dans mon rétro »

Angélique s’est présentée au commissariat le 21 mai dernier pour déposer plainte à l’encontre de Julien. Elle indique avoir subi des violences toutes les semaines au cours de leur relation, et même après. Elle dénonce également avoir été violée, mais la procédure a été classée sans suite, faute de preuves. Angélique se plaint d’« injures et de menaces quotidiennes ». Interpellé le jour même, Julien a menacé de « la crever » dès sa sortie du commissariat.

« Un seuil de tolérance à la violence élevé »

Le psychologue constate un stress post-traumatique chez la jeune femme, avec des troubles du sommeil, de l’appétit, et ce malgré un « seuil de tolérance à la violence élevé ». Comme preuves, Angélique fournit des photos où on voit des marques de coups sur son corps, sa sœur confirme ses déclarations.

Il indique être tombé en dépression et avoir dû se mettre en arrêt à cause d’elle

« Je suis bouleversé d’entendre ça » : Julien conteste à peu près tout. Selon lui, c’est elle qui s’est montrée violente et il indique être tombé en dépression et avoir dû se mettre en arrêt à cause d’elle. Il reconnaît néanmoins lui avoir asséné des gifles, « mais c’était rare » et uniquement en réponse aux agressions de la jeune femme. « Moi, je suis marqué à vie, elle m’a mordu le bras », clame Julien. « Quand on était séparés, je faisais que l’aider », ajoute-t-il.

Des photos de femmes sur son téléphone qui interpellent

La représentante du parquet l’interroge sur les images retrouvées sur son téléphone, où on voit des femmes dans des postures sexuelles qui ne semblent pas conscientes d’être prises en photo. « La plupart étaient consentantes », répond le prévenu qui ajoute que, là aussi, c’est Angélique qui l’a rendu « comme ça ».

« Je voudrais qu’il me rende ma vie »

De longs cheveux colorés, le teint pâle, habillée tout en noir, la jeune femme se présente à son tour à la barre : « monsieur a un problème avec les femmes ». En larmes, elle revient sur les scènes de violences : « je me faisais frapper parce qu’il n’avait plus de drogue ou plus d’argent pour sa drogue ». Derrière elle, sur un banc, Julien mime un pipeau avec ses mains : « j’apprends que c’est une comédienne ». « J’en ai marre d’être humiliée par cet homme », poursuit la victime qui se dit soulagée de ne pas avoir eu d’enfant avec lui. « Je voudrais qu’il me rende ma vie. […] Je veux pouvoir aller au cinéma sans regarder dans mon rétro ».

« Il cherche à enfumer tout le monde comme il l’a toujours fait avec madame « 

Maître Lejuste, qui représente Angélique, ne s’est pas retenue face à Julien : « Si monsieur creuse plus, on trouve du pétrole. […] Si on l’écoute, tout le monde ment. […] Je suis très inquiète pour madame. […] Il est né avant la honte. […] C’est jamais sa faute. » L’avocate estime que le prévenu a besoin de se retrouver en détention pour prendre conscience de son attitude. Elle ajoute que sa cliente est terrorisée au point de s’être domiciliée à son cabinet pour que Julien ne connaisse pas sa nouvelle adresse. « Il veut paraître comme un Prince charmant, mais c’est le véritable crapaud de l’histoire », achève l’avocate qui réclame un total de 3350 euros de dommages et intérêts.

« Quel courage d’être là et de supporter ces regards provocateurs »

« Quel courage d’être là et de supporter ces regards provocateurs » salue la représentante du parquet à l’adresse d’Angélique. Revenant sur les messages envoyés par Julien, elle parle d’un « contenu abject, misogyne, dégradant ». Elle revient également sur la plainte pour viol, classée sans suite : « c’est la parole de l’un contre la parole de l’autre », mais elle constate chez le jeune homme « un rapport à la femme consternant » qui lui fait craindre un nouveau passage à l’acte. La substitut requiert donc une peine 18 mois de prison dont 8 avec sursis probatoire.

Julien n’a pas pris d’avocat et n’a rien eu à ajouter pour sa défense, sinon rappeler sa consternation.

18 mois avec sursis probatoire

Le tribunal le condamne à 18 mois de prison avec sursis probatoire pendant 2 ans assorti d’obligations de travail et d’indemniser la victime. Il lui est cependant interdit d’entrer en contact avec elle ou de paraître à son domicile. Le Haveluynois devra enfin indemniser Angélique pour un total de 2300 euros.

« Je dois lui verser de l’argent alors qu’elle m’a ruiné ?! », s’indigne alors Julien.


* prénom(s) d’emprunt

Ressources


Les chiffres de la délinquance à Haveluy.

3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.

La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales sexuelles ou sexistes.


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Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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