Denaisis. « Vous avez fait quoi de ces 600 000 balles ? Ils ont été cramés au casino ! »

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Le tribunal correctionnel a eu à juger ce 10 septembre un couple qui réside dans un village du Denaisis. Il leur est reproché d’avoir détourné près de 800 000 euros au total des caisses d’une entreprise de menuiserie cambrésienne, et d’avoir blanchi cet argent au casino.

Photo de l'intérieur d'un casino avec des gens installés sur des machines à sous.
Image d’illustration par Image par life pan de Pixabay

Des échanges tendus avec une prévenue au comportement victimaire

Les échanges ont été tendus entre la présidente Laurence Gosteau et le couple qui s’est retrouvé à la barre, ce jeudi 10 septembre. La substitut de la procureure s’est elle aussi emportée. Surtout à l’encontre de Sébastien*, qui ne pouvait pas, selon elle, ignorer les malversations de Virginie*, son épouse, au vu de son métier : policier.

Virginie*, cinquante-six ans aujourd’hui, s’est fait embaucher comme responsable administrative et financière dans une société de menuiserie située à Cambrai en juin 2013. Le 27 mars 2024, le directeur financier du groupe auquel appartient cette entreprise dépose plainte contre elle après avoir découvert des détournements pour un montant pharaonique de 995 000 euros depuis 2016, selon une première estimation.

Parmi les différents modes opératoires révélés par les enquêteurs, Virginie aurait indiqué ses coordonnées bancaires à la place de celles de certains fournisseurs de son entreprise. Elle aurait également gonflé son salaire et se serait fait payer des congés et autres heures supplémentaires indument ajoutés.

À la barre, Virginie reconnaît la substitution de RIB, mais pas d’avoir gonflé son salaire. Elle semble en faire une question d’honneur, ce qui agace les magistrats. Elle met également son attitude sur le compte de son burn-out, en insistant sur sa grande implication dans l’entreprise… Donnant ainsi raison à la psychologue qui l’a expertisée et qui a relevé une tendance à se victimiser. « J’ai l’habitude des dossiers d’escroquerie, donc n’essayez pas de louvoyer », avertit la présidente Gosteau, « ce comportement que vous avez, je le vois très souvent chez des escrocs. »

Dossiers de surendettement et gros gains aux jeux

L’avocat du couple, maître Delplanque, doit intervenir pour ramener sa cliente dans la réalité du dossier. Virginie parle alors de leurs dossiers de surendettement : « je ne trouvais plus de solution à ce compte qui était toujours à zéro ». Elle a donc commencé les malversations, persuadée qu’elle pourrait rapidement rembourser l’entreprise. Et puis, il y a l’engrenage du casino : « le problème, c’est qu’au départ, on gagnait. On gagnait des grosses sommes ». Elle et son mari ont cru que le jeu leur permettrait de se renflouer. Sauf que ça n’a fait qu’aggraver leur situation. « Vous avez fait quoi de ces 600 000 balles ? Ils ont été cramés au casino ! », s’énerve la présidente Gosteau.

Accompagnement, dépendances et signalement

« C’est moi qui voulais aller au casino. L’addiction est diabolique », intervient Sébastien, qui assure, néanmoins, être totalement passé à côté des détournements : « je n’allais jamais regarder sur nos comptes ». « Vous avez signé les dossiers de surendettement, vous saviez que votre situation était difficile et vous alliez jouer au casino… », lui fait remarquer la présidente. Malgré l’évidence, tous deux soutiennent que l’argent détourné n’a pas servi pour le jeu : ils auraient uniquement utilisé les gros gains initiaux, ainsi qu’un important héritage.

« Depuis ma garde à vue, je n’ai pas osé reprendre le boulot », explique Sébastien, en arrêt maladie pour dépression : « Au lieu de partir avec les honneurs, je vais partir dans la honte, et c’est pas mérité. »

L’avocat de la partie civile évoque un « sentiment de trahison » et souligne que ces malversations mettent en danger tous les salariés de l’entreprise. Il réclame un total de 1 095 000 euros en plus des intérêts légaux depuis 2016 et des frais de justice de 20 000 euros.

Accompagnement des victimes d’infraction

Pour connaître vos droits, préparer une constitution de partie civile ou obtenir un soutien psychologique gratuit :

  • Numéro national d’aide aux victimes : 116 006 (7j/7, appel gratuit).
  • Bureau d’aide aux victimes (TJ de Valenciennes) : SAV Primtoit, 6 avenue des Dentellières. Du lundi au vendredi (8h30-12h / 13h30-16h30) – 03 59 38 43 19 ou 03 27 20 26 26 (sav.valenciennes@primtoit.org).
  • Démarches et formulaires : Portail officiel Justice.fr.

La substitut de la procureure rappelle, de son côté, que le couple était sous le coup de plusieurs dossiers de surendettement, ce qui montre qu’ils ont l’habitude de vivre au-dessus de leurs moyens. Quant au burn-out de Virginie, la parquetière note qu’« elle va mal, mais pas au point de ne pouvoir mettre en place un système de fraude complexe ».

Le parquet requiert quatre ans de prison

En répression, le parquet requiert à l’encontre de Virginie quatre ans de prison, dont deux avec sursis probatoire assortis d’un mandat de dépôt à effet différé. Pour le policier, elle réclame une peine de deux ans de prison, dont un avec sursis probatoire, assortie d’un bracelet électronique pour la partie ferme. En plus de diverses interdictions.

Maître Delplanque soulève que le comptable et le commissaire aux comptes n’ont rien vu depuis 2013 pour démontrer que Sébastien aurait très bien pu lui-même ne pas se rendre compte des malversations de son épouse. L’avocat réclame donc la relaxe pour le policier. Quant à Virginie, il appuie longuement sur son état de santé pour plaider une peine moins sévère. « Je ne crois pas que cette dame, à son âge, avec son absence d’antécédents, doive aller en prison. Ça ne me semble pas adapté. » Quant aux demandes de la partie civile, maître Delplanque estime que le tribunal n’a pas les éléments pour statuer, sachant que les prud’hommes se sont aussi saisis du dossier.

Le tribunal doit rendre sa décision le 24 novembre prochain.

* Prénom(s) d’emprunt. Sauf exception légale, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges. Tout prévenu non condamné définitivement reste présumé innocent. Les personnes condamnées disposent d’un délai de 10 jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

Statistiques locales : Pour élargir votre vision des problématiques de sécurité, vous pouvez consulter les données et classements de la délinquance sur Ville-Data ou suivre les indicateurs spécialisés de L’Internaute.

Pour approfondir la procédure : Comprendre le fonctionnement du tribunal | La ligne éditoriale

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.