Valenciennois. Il contraint la police à bloquer l’autoroute et à le braquer pour l’arrêter

Temps de lecture : 3 minutes

Ce Valenciennois a multiplié les refus d’obtempérer en quelques mois. Le dernier s’est terminé sur l’autoroute qu’il a fallu bloquer pour pouvoir l’interpeller. À trente-et-un ans, il a pourtant déjà passé une dizaine d’années derrière les barreaux. Il était défendu par maître Colombani.

Photo d’illustration de ev sur Unsplash
Douze mentions sur son casier dont un braquage

Dans le box des prévenus, Ryan* est plutôt grand, avec ses cheveux noirs, courts, son bouc et sa veste bleu foncé. Il réside à Valenciennes et du haut de ses trente-et-un ans son casier comporte douze mentions depuis 2010, pour un total d’une dizaine d’années d’incarcération. Notamment pour un braquage. Il est sorti en 2021, a passé et obtenu son permis de conduire et a trouvé un travail dans la sécurité. Sauf qu’il a fini par perdre l’un comme l’autre.

Les faits

Le 5 mars dernier vers 23 h 30, Ryan a pris la voiture pour aller chez sa sœur, à Saint-Saulve, malgré la notification de la suspension de son permis en novembre 2023. Il a donc pris sa 208 et… a roulé à près de 70 km/h au niveau du boulevard Saly. Autrement dit, devant le commissariat. Là, une patrouille l’a surpris et a voulu le contrôler. Mais Ryan a préféré jouer à quitte ou double. Il a accéléré et fini dans le décor, boulevard Carpeaux, où il a dégradé plusieurs aménagements urbains. « J’ai clairement pris une décision d’abruti », a-t-il commenté lors de ses auditions. Pour ces faits, il devait passer en « plaider coupable » le 5 septembre.

Le 23 mai, il a été condamné pour des faits similaires, mais antérieurs commis sur le ressort d’Avesnes-sur-Helpe.

« J’ai été complètement débile »

Et le 20 juin, un peu avant midi, il a voulu aller faire des courses pour sa maman. Il a donc pris une autre 208, qui lui a été prêtée. Et à Aubry-du-Hainaut, il s’est retrouvé face à des motards qui ont voulu le contrôler. De nouveau, il a joué à quitte ou double. La présidente Vuillemin a souligné que la course poursuite s’est étalée sur 68 km pendant un peu plus de trente minutes. Avec une conduite particulièrement dangereuse.

Il est d’abord passé par La Sentinelle pour rejoindre l’A2 puis l’A21 jusque Sin-le-Noble où il est sorti pour reprendre l’autoroute dans l’autre sens. La police a tenté de le stopper avec un bouchon mobile, mais le trentenaire a réussi à l’éviter en passant par la bande d’arrêt d’urgence. Au niveau de Denain, un nouveau bouchon réalisé par la police a enfin réussi à arrêter sa course. Les fonctionnaires ont néanmoins dû sortir leurs armes pour sortir Ryan du véhicule et l’interpeller. Celui-ci se plaint d’ailleurs de violences policières à cette occasion, ce qui donne lieu à une enquête. « J’ai été stupide, j’ai aggravé mon cas », a commenté Ryan lors de ses auditions.

« J’ai été complètement débile », confirme le prévenu lors de son procès en comparution immédiate, ce 20 août. « C’est un miracle s’il n’y a pas eu d’accident », lui répond la présidente Vuillemin, « j’aimerais pas croiser votre route, ou un membre de ma famille ». Le juge Barry souligne de son côté que comme Ryan n’était pas assuré, un accident aurait eu des conséquences particulièrement dramatiques. « J’ai des problèmes d’impulsivité, il faut que je voie un psychologue pour ça », ajoute Ryan.

« Il ne fait que suivre sa propre volonté, égoïste, impulsive »

« Ce monsieur fait sans cesse la même chose, il s’attend à un résultat différent », constate le substitut Beaupré qui se dit « particulièrement déçu ». C’est en effet lui qui avait permis que Ryan soit jugé en « plaider coupable » pour les faits de mars, plutôt qu’une comparution immédiate. « Ce monsieur n’a aucune pathologie, il ne souffre pas de débilité : c’est lui qui fixe la règle », s’agace le magistrat, « en plus c’est un piètre conducteur ». « Il ne fait que suivre sa propre volonté, égoïste, impulsive », termine monsieur Beaupré avant de requérir trente mois de prison avec maintien en détention en plus de l’annulation de son permis avec interdiction de le repasser pendant cinq ans, et la confiscation de la seconde 208.

Maître Colombani aurait aimé que son client soit jugé juste après les faits, au moment où il avait le « visage marqué, le cou marqué ». Il demande au tribunal de ne pas se laisser impressionner par la durée de la course poursuite ni sa longueur qui sont dues au choix de fuir sur l’autoroute plutôt que sur de petites voies. Selon l’avocat, Ryan « rentre dans un cercle vicieux » dès qu’il commence à prendre la fuite, « chaque minute, l’arrêt est un peu plus difficile ». Il indique également que son client n’a pas dit à sa mère que son permis avait été suspendu, par honte, et que sa famille avait relâché son attention parce que sa situation s’était améliorée. L’avocat souligne par ailleurs que les autres membres ont tous un casier judiciaire vierge.

Le délibéré

Le tribunal a fixé la sanction à dix-huit mois de prison avec maintien en détention. Le permis de Ryan est annulé, avec interdiction de le repasser pendant un an, et la 208 est effectivement confisquée.


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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