Valenciennes. Fusil d’assaut et cocaïne dans sa commode : cinq ans de prison

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Trois individus impliqués dans un trafic de drogue ont été condamnés ce lundi 13 juillet en comparution immédiate à des peines allant jusqu’à cinq ans de prison, malgré leurs dénégations. Les policiers avaient découvert 5000 euros en liquide, une arme de guerre et 368 grammes de cocaïne.

Le fusil d’assaut et la cocaïne ont été trouvés dans une commode. (Image d’illustration. Crédit : CJV)

“Je viens de faire quarante jours en prison gratuitement, je n’ai strictement rien à voir avec ce trafic”, répète Sofian*, un Marlysien, dans le box des prévenus, “les enquêteurs voulaient absolument un coupable, ils l’ont eu”. À ses côtés, Bachir*, Valenciennois, assure avoir joué le rôle d’intermédiaire : “J’étais payé pour envoyer des adresses, c’est tout. Les armes, on les a déposées chez moi pendant que j’étais une semaine en Algérie. Et après, pour m’en débarrasser… […] J’ai été rémunéré cinquante euros par jour pour envoyer les adresses et 100 euros la semaine pour garder les ‘affaires’ chez moi. Quant au troisième, Jérôme*, il reconnaît avoir effectué quatre ou cinq livraisons de stupéfiants, pour payer sa propre consommation. Une reconnaissance, et une implication moindre, qui lui permettent de se présenter sous contrôle judiciaire à son procès, ce 13 juillet, tandis que les deux autres sont en détention provisoire. Il précise néanmoins ne pas les reconnaître et ne pas être en mesure de nommer les donneurs d’ordre.

Une transaction suspecte à trottinette comme point de départ

Flash-back. Nous sommes le 12 février dernier. Une patrouille de la BAC surprend une transaction suspecte entre une personne en Range Rover et une autre à trottinette électrique. Une surveillance se met en place : les forces de l’ordre identifient le propriétaire de la voiture, écoutent sa ligne téléphonique, tracent ses allées et venues. Ils listent une quarantaine de clients qui seront interrogés, relèvent de nombreux messages plus que suspects. Début juin, les enquêteurs sortent de l’ombre et procèdent aux interpellations ainsi qu’aux perquisitions. Chez Bachir, ils découvrent une commode avec un double fond qui cachait plusieurs téléphones, des papiers avec différentes identités, 5000 euros en liquide, un fusil d’assaut avec ses munitions, d’autres armes de poing, des bijoux et 368 grammes de cocaïne.

Après avoir demandé un délai pour préparer leur défense, les trois prévenus se retrouvent face au tribunal ce 13 juillet. Bachir assure qu’on lui a montré la commode et son contenu à son retour d’Algérie : selon lui, ces « affaires » ne lui appartiennent pas et on aurait tout installé là en son absence, avec son autorisation, mais sans préciser de quoi il s’agissait. Quant à la ligne sur laquelle il a été identifié en train de réaliser des transactions, il répète que le téléphone ne lui appartient pas non plus, et qu’il ne peut pas plus que Jérôme dénoncer les donneurs d’ordre. Son ami, Sofian, maintient que les policiers l’ont confondu avec un autre. Difficile, en effet, de le reconnaître sur les photos versées au dossier, mais les policiers qui ont procédé à la surveillance le reconnaissent formellement, tout comme plusieurs des clients interrogés, qui identifient les deux hommes.

Des parcours de vie hétérogènes

Jérôme indique de son côté avoir cessé toute consommation de stupéfiants à la suite de son passage en garde à vue : “j’avais des problèmes perso, le moral à zéro et voilà, on bascule”, explique-t-il. À quarante-quatre ans, son casier comporte quatre mentions. Il travaille désormais comme intérimaire. Les deux autres ne consomment pas de stupéfiants. Sofian indique avoir toujours travaillé depuis ses dix-sept ans. Il comptait lancer son snack avant son interpellation : “On est venu briser mes rêves, gratuitement”, souffle-t-il, agacé. Son casier ne comporte qu’une seule mention. Bachir a créé sa microentreprise dans la vente de véhicules, sans succès. Il ne travaille donc plus depuis un an, alors qu’il exerçait comme technicien auparavant, avec un salaire confortable. Il a déjà été condamné à trois reprises.

“On parle d’un trafic d’ampleur, particulièrement lucratif”, indique Sonia Burrillon, la représentante du parquet à l’audience, “c’est pas pour rien si [Bachir] est armé”. Pour elle, il n’y a aucun doute à avoir sur la culpabilité de ce dernier et de Sofian. A l’encontre de Bachir, elle requiert trois ans de prison dont quinze mois de prison sous sursis probatoire, avec maintien en détention. Pour Sofian, elle réclame trente mois dont douze avec sursis probatoire, là aussi avec maintien en détention. Quant à Jérôme, elle se prononce pour une peine intégralement assortie du sursis probatoire pour une durée de dix mois.

Accompagnement, dépendances et signalement

La défense pointe les zones d’ombre de l’enquête

“On est allé un peu trop vite en besogne”, plaide maître Massin, pour Sofian. L’avocat soulève que les enquêteurs n’ont décelé aucun bénéfice, n’ont rien trouvé dans la perquisition à son domicile, pas plus dans les écoutes téléphoniques… Il réclame donc la relaxe.

Maître Lagache, pour Bachir, a, elle aussi longuement relevé les lacunes et contradictions du dossier, comme l’absence de la planche photographique qui a permis aux clients du trafic d’identifier Bachir, ou l’absence de convocation en justice de l’autre personne présente au domicile de son client pendant la perquisition, en présence des armes et de la drogue. “J’ai un doute sur le rôle réel de [Bachir]. […] C’est pas le cerveau de ce dossier”. L’avocate plaide une peine ferme, adaptée à la reconnaissance du Valenciennois, avec un aménagement sous la forme d’un bracelet électronique.

Le tribunal a surpris tout le monde en prononçant des peines bien supérieures aux réquisitions, avec quatre ans de prison avec maintien en détention pour Bachir, en plus de la révocation d’un précédent sursis à hauteur d’un an. Sofian se voit quant à lui condamné à trente mois de prison avec maintien en détention. Seule la peine de Jérôme correspond aux demandes du parquet avec dix mois de prison assortis du sursis probatoire.

Tous ont interdiction d’entrer en contact les uns avec les autres pendant trois ans, et le tribunal a enfin prononcé la confiscation des stupéfiants, armes et sommes d’argent qu’il estime liées au trafic.

* Prénom(s) d’emprunt. Sauf exception légale, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges. Tout prévenu non condamné définitivement reste présumé innocent. Les personnes condamnées disposent d’un délai de 10 jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Pour approfondir la procédure : Comprendre le fonctionnement du tribunal | La ligne éditoriale

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.