Valenciennois. « C’est pas facile d’avoir découvert tout ça de la part de son propre père »
Le tribunal correctionnel de Valenciennes a eu à juger un dossier d’inceste particulièrement éprouvant pour les victimes ce 10 septembre, avec des agressions qui s’étalent sur une vingtaine d’années en tout. D’autant que ces faits sont liés à un autre dossier qui pourrait être jugé aux Assises, puisque le prévenu est également mis en cause dans le décès de son épouse, en août 2024.
La parole qui se libère après des années d’un silence de plomb
En 2024, Pierre* tente de mettre fin à ses jours. Admis en psychiatrie, il explique à sa sœur, Marie*, que son mal-être vient en grande partie des viols que leur grand-père lui a fait subir quand il était enfant. Pour Marie, c’est le déclic. Les souvenirs remontent. Elle aussi a subi les mêmes horreurs, pendant plusieurs années. La parole se libère enfin dans la famille. Deux autres petits-enfants et une arrière-petite-fille dénoncent des faits similaires.
Dans ce contexte, une dispute aurait alors éclaté entre Gérard*, le grand-père, et son épouse, qui serait tombée dans les escaliers. Il conteste l’avoir poussée, mais les juges l’ont placé en détention provisoire pour ce potentiel féminicide. Le dossier reste en instruction.
Cinq très jeunes victimes apeurées
Ce 10 septembre, Gérard se présente dans le box des prévenus pour répondre des agressions sexuelles incestueuses qu’il a commises entre 2003 et août 2024. Les victimes ont préféré que le dossier soit correctionnalisé pour pouvoir être libérées du poids de la procédure plus tôt qu’avec un jugement aux assises. La présidente Gosteau rappelle les faits qui lui sont reprochés. Gérard écoute sans manifester d’émotion particulière. Par la suite, il se contentera de phrases laconiques.
La juge commence par évoquer les faits commis sur Marie. Des actes sexuels, une fois par mois, pendant des années, alors qu’elle devait dormir dans le lit du désormais sexagénaire. Depuis son plus jeune âge. Marie a expliqué aux enquêteurs qu’elle devait faire attention à ses tenues quand elle venait le voir. Elle le présente comme alcoolique, colérique, violent, sadique avec les animaux. Il la terrifiait.
Pierre a parlé d’une dizaine d’agressions aux enquêteurs. Sarah*, née en 2010, a indiqué que son enfer a débuté alors qu’elle n’avait que quatre ans, avec une gradation dans les actes, et des violences quand elle refusait de se soumettre. Elle ajoute avoir gardé le silence pour protéger sa famille. Emilie*, née en 2015, parle d’attouchements, quand elle était assise à côté de Gérard. Enfin, Constance*, la fille de Marie née en 2019, a aussi évoqué des attouchements.
- Victimes de violences sexistes et sexuelles : composez le 3919 (gratuit, 24h/24, anonyme) ou signalez en ligne sur arretonslesviolences.gouv.fr.
- Maltraitance infantile : contactez L’Enfant Bleu ou le 119.
- Auteurs de violences conjugales (prévention du passage à l’acte) : 08 019 019 11.
- Détresse psychologique : Numéro national de prévention du suicide au 3114.
« J’ai honte de ce que j’ai fait » : les victimes soulagées
Lors de ses auditions, Gérard a fini par reconnaître une partie des faits, de façon progressive, après avoir nié en bloc. « Pourquoi [les plaignants] iraient mentir comme ça ? », questionne la présidente Gosteau. « Je ne sais pas », répond le prévenu, « j’ai honte de ce que j’ai fait ». Après avoir encore minimisé, pourtant, il finit par tout reconnaître, du bout des lèvres, par un simple « oui ».
Très émues par ce retournement de situation, les parties civiles se présentent à la barre. Marie, d’abord : « C’est une reconnaissance pour nous, c’est un soulagement. Même si ça n’enlèvera pas le mal. » La présidente Gosteau a lu dans le dossier que les victimes s’en veulent, néanmoins, pour leur mamie : « Vous n’êtes pas responsable du décès de votre grand-mère. Il vous a fallu du courage pour parler, et ça a permis de protéger les autres membres de la famille », rassure la magistrate.
La maman de Marie, Pierre et Emilie lui succède à la barre, tout aussi émue : « c’est pas facile d’avoir découvert tout ça de la part de son propre père. […] C’est notre monde qui s’est écroulé ». Elle aussi culpabilise de n’avoir rien vu et d’avoir envoyé ses enfants dans les griffes d’un prédateur.
Gérard n’a jamais été condamné. Il attend la fin de l’instruction pour le potentiel dossier d’assises en détention provisoire et indique que personne ne vient lui rendre visite.
Pour connaître vos droits, préparer une constitution de partie civile ou obtenir un soutien psychologique gratuit :
- Numéro national d’aide aux victimes : 116 006 (7j/7, appel gratuit).
- Bureau d’aide aux victimes (TJ de Valenciennes) : SAV Primtoit, 6 avenue des Dentellières. Du lundi au vendredi (8h30-12h / 13h30-16h30) – 03 59 38 43 19 ou 03 27 20 26 26 (sav.valenciennes@primtoit.org).
- Démarches et formulaires : Portail officiel Justice.fr.
Une condamnation au-delà des réquisitions
« Dans plus de 80 % des cas, c’est un père ou un grand-père qui agresse. C’est rarement un inconnu », indique la représentante du parquet, « le silence des victimes fait le lit des agresseurs, mais ce n’est jamais, jamais, jamais la faute des victimes ». Face à l’absence d’empathie et de regrets qu’elle a relevés chez le prévenu, la magistrate requiert une peine de quatre ans de prison avec mandat de dépôt ainsi qu’un suivi sociojudiciaire de cinq années.
L’avocate de la défense estime que son client s’était réfugié dans le déni, pour éviter un « effondrement psychologique ». « Il n’a plus rien, il n’a plus personne, il n’a plus de famille, il n’a plus d’amis », souligne-t-elle en se demandant s’il n’est pas mieux en prison dans ces circonstances. Elle a néanmoins demandé à réduire les demandes formulées par maître Audenard pour les parties civiles.
Le tribunal est allé au-delà des réquisitions en prononçant cinq ans de prison avec mandat de dépôt en plus d’un suivi sociojudiciaire de cinq ans pour sa sortie, avec une obligation de soins et une interdiction de contact avec ses victimes. En cas de manquement, il pourrait repartir dix-huit mois en prison. Les juges prononcent également son inéligibilité pendant cinq ans et une interdiction d’exercer toute activité professionnelle ou bénévole qui le mettrait en contact avec des mineurs. Enfin, sa condamnation entraîne son inscription automatique au FIJAIS avec obligation de justifier son adresse tous les six mois.
Les dommages et intérêts s’élèvent à un total de 103 000 euros pour l’ensemble des victimes, comprenant les frais de justice.
* Prénom(s) d’emprunt. Sauf exception légale, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges. Tout prévenu non condamné définitivement reste présumé innocent. Les personnes condamnées disposent d’un délai de 10 jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
Statistiques locales : Pour élargir votre vision des problématiques de sécurité, vous pouvez consulter les données et classements de la délinquance sur Ville-Data ou suivre les indicateurs spécialisés de L’Internaute.
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