Prouvy. Condamnés pour avoir volé des poids lourds et leurs cargaisons
Pourquoi s’embêter à cambrioler des boutiques ou à extraire du cuivre de bâtiments quand on peut directement… dérober des camions avec leurs remorques remplies de butin ? C’est ce qu’ont dû se dire ces trois hommes avant leur condamnation ce 22 octobre par le tribunal correctionnel de Valenciennes.

Le volumineux dossier aurait dû être jugé plus tôt, mais les magistrats attendaient que leurs homologues belges leur communiquent des éléments d’enquête liés aux faits commis en France. En vain. Le tribunal valenciennois a dû se contenter d’une synthèse.
Dans le box des prévenus, trois hommes originaires de Roubaix, de Villeneuve-d’Ascq et de Tourcoing, respectivement âgés de soixante ans, cinquante-quatre ans et trente-neuf ans : Mehdi*, Kader* et Bilal*. Les gendarmes se sont intéressés à eux suite à une tentative de cambriolage d’un office notarial à Vitry-en-Artois, le 31 décembre 2025. Ils y ont repéré une Citroën C3 qui appartenait à Kader, et qui est également apparue sur d’autres larcins.
Pour connaître vos droits, préparer une constitution de partie civile ou obtenir un soutien psychologique gratuit :
- Numéro national d’aide aux victimes : 116 006 (7j/7, appel gratuit).
- Bureau d’aide aux victimes (TJ de Valenciennes) : SAV Primtoit, 6 avenue des Dentellières. Du lundi au vendredi (8h30-12h / 13h30-16h30) – 03 59 38 43 19 ou 03 27 20 26 26 (sav.valenciennes@primtoit.org).
- Démarches et formulaires : Portail officiel Justice.fr.
En effet, le 12 octobre 2025, à Rouvignies, un camion et sa remorque ont été dérobés, puis le 14 novembre, c’est à Lieu-Saint-Amand que deux tracteurs ont disparu. Enfin, le 4 janvier 2026, deux ensembles routiers ont été volés à Prouvy. La présidente Gosteau a calculé pour près d’un million d’euros de préjudices cumulés pour tous ces larcins, car les remorques contenaient des produits de beauté, des motos ou encore des bobines de cuivre pour Prouvy.
Des cargaisons estimées à près d’un million d’euros
Les investigations ont démontré une organisation particulièrement bien rodée : utilisation de talkies-walkies, nettoyage minutieux des tracteurs une fois leurs remorques évaporées dans la nature, cagoules… De véritables professionnels. Et chaque fois, la C3 apparaît sur les images de vidéosurveillance. En Belgique, dans le cadre d’une enquête pour des faits similaires, ils auraient été contrôlés avec… des talkies-walkies.
Lors des perquisitions, le 19 juin, les gendarmes ont découvert un total de 19 000 euros en espèces chez Mehdi et 27 000 euros chez Bilal. Dans un box à proximité du logement familial de Mehdi, des cartons remplis de produits de beauté, entre autres marchandises. Mais à l’audience, ils ont des explications pour tout : les espèces, ce sont des économies, du travail au noir, ou de l’argent destiné à acheter un véhicule. Le box, il n’était pas fermé et profitait à tout le quartier. Quant à la C3, il s’agirait d’une « doublette ». Autrement dit, un véhicule volé similaire à celui de Kader auquel on aurait mis les mêmes plaques que lui pour tromper les autorités. De simples coïncidences… « Je ne comprends pas pourquoi je suis là », clame Bilal.
Une défense unanime face aux faiblesses du dossier
Tous ont été placés en détention provisoire après leur interpellation, le 19 juin, sauf Mehdi, qui s’y trouvait déjà pour d’autres faits, criminels, toujours en instruction. Son casier comporte deux mentions, celui de Bilal en comporte cinq et celui de Kader dix depuis 1991.
Le parquet doit se résoudre à requérir la relaxe pour les faits d’octobre à Rouvignies, faute d’éléments probants. Pour les autres faits, la magistrate requiert trois, quatre et cinq ans de prison avec maintien en détention à l’encontre des trois prévenus en fonction de leur implication et de leur passif.
En défense, les avocats ont tous plaidé un « dossier mal fait », selon les termes de maître Lambert. Celui-ci souligne les lacunes : le butin non retrouvé, tout comme les cagoules, l’absence d’empreintes, d’ADN, de géolocalisation par les téléphones portables. « On vous demande cinq années de prison sur la base de… rien. Je suis effaré », plaide maître Hammouche, « la seule décision qui s’impose, c’est de les relaxer ».
Le tribunal a en effet prononcé la relaxe pour une bonne partie des faits, mais les juges ont tout de même condamné les trois prévenus à dix-huit mois de prison avec maintien en détention pour le vol commis à Prouvy, ainsi que pour association de malfaiteurs, et d’autres infractions en lien. Une audience civile fixera précisément les dommages et intérêts dont ils devront s’acquitter.
* Prénom(s) d’emprunt. Sauf exception légale, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges. Tout prévenu non condamné définitivement reste présumé innocent. Les personnes condamnées disposent d’un délai de 10 jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
Statistiques locales : Pour élargir votre vision des problématiques de sécurité, vous pouvez consulter les données et classements de la délinquance sur Ville-Data ou suivre les indicateurs spécialisés de L’Internaute.
Pour approfondir la procédure : Comprendre le fonctionnement du tribunal | La ligne éditoriale
Suivre nos comptes officiels :
