Marly. Condamnés pour avoir fabriqué et utilisé de faux chèques et de faux papiers d’identité
Ce 5 juin, un couple de Marlysiens a été condamné pour de nombreuses contrefaçons et escroqueries réalisées notamment grâce à de faux chèques. Ils reconnaissent avoir utilisé le darknet pour se procurer une imprimante spéciale et toutes les instructions.

Une importante consommation de crack
En bon cinéphile, le président Barry n’a pu s’empêcher de faire référence à Attrape-moi si tu peux, de Steven Spielberg. En effet, dans ce film basé sur des faits réels, Leonardo Di Caprio joue un faussaire doté d’un bagout hors norme grâce auquel il parvient à escroquer de multiples victimes, jusqu’à ce qu’il se fasse attraper par l’inspecteur joué par Tom Hanks.
Dans le rôle principal des faits commis dans le Valenciennois, Sébastien*, plutôt grand, méditerranéen, les cheveux grisonnants, se présente à la barre avec une chemise bleue et un pantalon noir. À ses côtés, Marion*, beaucoup plus mince et plus petite, juchée sur de hauts talons, a les cheveux longs et bruns. Elle est habillée tout en noir. Il a 44 ans, et quatorze mentions sur son casier depuis 2008, notamment pour des faits en lien avec les stupéfiants depuis 2012. Au moment des faits, entre 2021 et 2023, il était commercial et indique qu’il gagnait entre le SMIC et 5000 euros. Sauf qu’il consommait du crack à l’époque, à raison de cinq grammes par jour, soit 6000 euros par mois, ce qui lui a valu une dette de 15 000 euros auprès de ses dealers, toujours selon lui. Sa compagne a 37 ans et travaille dans l’insertion. Elle consommait elle aussi de la drogue au moment des faits, mais moins régulièrement que Sébastien.
43 000 euros de préjudice au total
Le président commence par lister les victimes présumées. Elles sont nombreuses et n’ont pas toutes fait le déplacement pour assister au procès : elles ne sont que six sur le banc des parties civiles. Le dossier fait 1847 pages et le parquet a calculé pour 43 000 euros de préjudice au total. Le juge évoque des palettes de pellets pour un total qui avoisine les 2000 euros, des milliers d’euros de carrelage, une note de restaurant à 300 euros, des courses, des quads, un séjour au Touquet… Les faits se déroulent dans la région, mais aussi dans le sud. Pour le Valenciennois, on note Marly, Petite-forêt, Famars, Trith… Il est aussi question de RIB d’associations caritatives ou de KBIS de sociétés détournés, ce qui a valu à celles-ci de recevoir des factures impayées pour certains des achats du couple.
Sur les écrans de la salle d’audience, le président Barry affiche un exemple de faux chèque et de fausse carte d’identité réalisés par Sébastien. N’importe qui s’y tromperait.

Un manipulateur… qui se veut rassurant
“Je présente mes excuses”, commence Sébastien, qui reconnaît quelques usages personnels, mais, pour l’essentiel, il assure avoir commis les faits sous la menace de dealers. Les magistrats se montrent néanmoins sceptiques face à cet homme qui est poursuivi pour des infractions qui nécessitent un grand talent dans la manipulation. Le président montre des images du prévenu, lors de son passage dans le magasin de carrelage, où on le voit détendu. “Je devais me mettre en condition, parce qu’il fallait que ça passe. Il fallait que je rentre dans le personnage”, répond le quadra. Après avoir passé dix mois en détention provisoire, il se veut rassurant : “ça m’a permis d’arrêter la cocaïne et de me rendre compte de ce que j’ai fait subir à ma famille et aux victimes.” De la même façon, la question de la dette auprès des dealers aurait été réglée par ses parents.
Au tour de Marion, qui assure avoir également subi les “attaques des dealers”. Le repas à cent euros par personne, pour quatre, au Touquet, a été rendu possible grâce à une fausse carte d’identité féminine, avec sa photo. Pendant que Sébastien était coincé au domicile avec son bracelet électronique, elle commettait de nouveaux faits, dans le Cambrésis, pour lesquels elle a été condamnée à une amende avec sursis simple. “On est rentrés dans un engrenage”, répète-t-elle.
Des plaignants mis en difficultés financières
Les parties civiles se succèdent à la barre pour raconter leurs déboires suite à ces escroqueries. “Mon entreprise n’était créée que depuis un an”, explique une esthéticienne qui a eu de gros ennuis financiers à cause de ces faits. Elle présente Sébastien comme “quelqu’un de très sympa, on n’avait vraiment aucun doute”. Le directeur d’un magasin, à Maing, indique que, désormais, lui et son équipe se méfient de tout le monde : “les chèques étaient tellement bien faits…”
Sébastien déclare travailler dans un bar depuis sa récente sortie de détention, ce qui inquiète les magistrats. Marion n’a passé que deux nuits en prison, mais elle s’en souviendra sans doute à vie. La jeune femme assure vouloir être un exemple au travers de son travail.
Trois ans de prison requis pour le quadra
“On est sur l’alimentation d’un train de vie disproportionné par rapport à leurs revenus”, note la procureur adjointe Mazingarbe, qui parle d’un “faussaire de qualité”. Lors de ses réquisitions, la magistrate dénonce le “discours victimisant” des deux prévenus alors que de nombreuses escroqueries portent sur “du luxe”. Au final, elle requiert douze mois de prison avec sursis probatoire pour Marion, avec obligations de travail et d’indemniser les victimes, ainsi qu’une peine d’inéligibilité pendant cinq ans. Pour Sébastien, elle demande au tribunal de le condamner à trois ans de prison, dont un avec sursis probatoire assorti des mêmes obligations en plus de devoir soigner ses addictions. Elle se prononce pour un mandat de dépôt à effet différé.
“Monsieur s’est mis dans un engrenage et c’est toute la famille qui a été prise dedans”, plaide maître Fontaine, pour Marion, soulignant que la trentenaire n’avait jamais fait parler d’elle avant ses gardes à vue.
La drogue qui fait perdre toute rationalité
Maître Dorchie-Cauchy souligne que Sébastien ne conteste pas ce qui lui est reproché. “Il n’est pas là, le tchatcheur, il est parti. Le gaillard que vous avez aujourd’hui devant vous, ce n’est plus le même”. Selon l’avocate, c’est la drogue qui a fait perdre toute rationalité au quadra. Par ailleurs, elle estime que les parties civiles n’ont pas formulé leurs demandes dans les règles, ce qui l’amène à réclamer un renvoi aux intérêts civils pour chiffrer le préjudice de façon aussi juste que possible.
Le tribunal a rendu sa décision le 26 juin à 13h30.
Sébastien est condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis probatoire pendant deux ans assorti d’obligations de soins, de travail et d’indemniser les victimes, avec en plus une peine d’inéligibilité pendant cinq ans, là aussi avec exécution provisoire.
De son côté, Marion doit purger une peine de huit mois de prison avec sursis probatoire, avec exécution provisoire, assorti d’obligations de travail et d’indemniser les victimes. La peine d’inéligibilité est fixée dans les mêmes conditions.
Ils devront également verser un total qui avoisine les 24 000 euros aux parties civiles.
* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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