Wallers et Hornaing. Un braqueur de supérettes condamné… onze ans après les faits

Temps de lecture : 4 minutes

Depuis ces braquages, qu’il a enfin reconnus, le prévenu est devenu chef d’entreprise, avec deux enfants. Les victimes de ses braquages resteront, elles, sans doute marquées à vie.

Image par Thomas Breher de Pixabay
Un fils de bonne famille devenu chef d’entreprise

Aujourd’hui, Ryan* a 31 ans, il vit à Prouvy. Il bénéficie toujours d’une impressionnante carrure, malgré le cancer dont il souffre depuis l’adolescence. Issu d’une bonne famille, avec un père strict, inspecteur du travail, et une mère qui travaillait dans l’insertion, il comptait devenir moniteur-éducateur. Rien ne semblait donc le destiner à braquer des magasins le 30 septembre 2014.

Avec une arme à feu factice et un marteau

Les enquêteurs ont relevé un temps de trajet de neuf minutes et 6,3 km entre les deux supérettes de Hornaing et de Wallers. Les faits se sont déroulés en fin de journée, avec le même opératoire pour les trois malfaiteurs : l’un restait au volant de la Clio louée par Ryan, et les deux autres, le visage dissimulé sous une cagoule dérobée dans un magasin, volaient la caisse en menaçant les employés avec un marteau et un pistolet a priori factice. “J’étais trop paniquée pour ouvrir ma caisse”, indique l’une des caissières aux enquêteurs. Alors, Ryan a mis un coup de marteau pour l’ouvrir et prendre le maigre butin. À l’extérieur, des cyclistes appellent la police. Ryan met un coup de pied à l’un et se prend un coup de poing de l’autre. On retrouvera son ADN sur le revers de la main.

Dans l’autre magasin, le gérant se prend un coup de marteau parce qu’il ne va pas assez vite. Une cliente entre en état de choc, cachée derrière un frigo. Elle venait d’emménager à Hornaing quinze jours plus tôt.

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Une reconnaissance tardive

Pendant ses auditions, Ryan a contesté, mais, onze ans plus tard, à la barre, il reconnaît : “on voulait récupérer de l’argent…”. Et d’emblée, il répète avoir bien changé depuis : “juste la lecture des faits me donne froid dans le dos. […] Je ne savais pas ce que je faisais là, je suivais, je n’ai porté aucun coup, je n’ai pas pris d’argent”. Une explication mise à mal par les témoignages.

Arrive le moment de l’explication : comment on en arrive à braquer des supérettes quand on a été si bien éduqué ? “On n’a manqué de rien, on partait en vacances au ski. […] Mon père, quand je rentrais à la maison, il regardait mes yeux et il sentait mes mains”. Ryan évoque une mauvaise rencontre, via le basket. “Une rencontre a suffi à me faire vriller complètement, à vouloir devenir comme les rappeurs dans les clips, avec de l’argent”. Il ne veut cependant pas dénoncer celui qui l’aurait intimidé pour commettre les faits : “il est aujourd’hui dix fois plus dangereux qu’il l’était à l’époque”. “Qui loue une voiture et va braquer avec ? J’étais vraiment sous emprise !”.

Sur le banc des parties civiles : personne. Certaines victimes indiquent avoir peur de réactiver le traumatisme en venant à l’audience. L’une d’elles réclame néanmoins 1500 euros en dédommagement.

Huit ou neuf mois de détention provisoire

À l’époque, le casier de Ryan était encore vierge. Aujourd’hui, il compte trois mentions. Le trentenaire, qui indique gagner environ 3000 euros par mois, compte changer de région prochainement. À cause de son cancer, il n’est resté en détention provisoire que huit ou neuf mois, jusqu’en mai 2015, où il a été placé sous contrôle judiciaire pendant dix ans.

Quarante-deux mois de prison requis

La procureur adjointe Mazingarbe démarre ses réquisitions en soulignant qu’il s’agit de faits criminels correctionnalisés par opportunité. “Il ressort clairement un rôle actif de monsieur”, lance-t-elle ensuite pour balayer les explications de Ryan, avant de détailler les éléments de preuve qui vont en ce sens. La magistrate précise n’avoir jusque-là jamais vu quelqu’un “avec des parents hyper présents, avec des valeurs incroyables, et hyper investis pour leurs enfants” commettre un tel crime, sans même passer par des délits moindres. Elle requiert 42 mois de prison, dont 24 avec sursis simple. Une peine qui pourra bénéficier d’un aménagement.

“Toute personne a le droit d’être jugée dans un délai raisonnable”, insiste maître Hammouche, qui souligne par ailleurs que son client a passé une bonne partie de sa vie à l’hôpital : “il était comme ça parce qu’il a vu la mort”. “S’il pouvait effacer cette journée, croyez-moi, il le ferait”, poursuit l’avocat qui ajoute que son client a avoué les faits pour ne plus avoir à porter cette responsabilité.

Trente mois de prison dont vingt-quatre avec sursis simple

Le tribunal prononce la peine de 30 mois de prison, dont 24 mois avec sursis simple et interdiction de porter toute arme soumise à autorisation pendant 5 ans, avec exécution provisoire. Ryan devra également indemniser la partie civile à hauteur de 1500 euros, comme réclamé.

* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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