Vieux-Condé. « Chaque fois que je ferme les yeux, je me revois mettre le coup de briquet »

Temps de lecture : 4 minutes

Le quadra, englué dans son alcoolisme, n’a pas supporté la séparation. Alors, le 1er septembre, il a incendié le logement de son ex, le rendant inhabitable, après avoir fait sortir leur enfant et leurs animaux. Le tribunal l’a condamné trois jours plus tard à plus de 3 ans de prison. Il était défendu par maître Honnart.

Photo de Marek Szturc sur Unsplash
Il venait d’être condamné pour détention de stupéfiants

Dans le box des prévenus, Julien* porte un maillot du Real Madrid et des lunettes. Châtain, les cheveux très courts, sa carrure est plutôt imposante et on devine quelques tatouages. Son casier ne compte que des mentions réhabilitées entre 2004 et 2008, mais la procureure Dumont rappelle qu’il doit être jugé en CRPC en novembre prochain pour rébellion, suite à des faits commis en avril. En septembre 2023, il a bénéficié d’une composition pénale pour outrages et rébellion. En 2019, il y a déjà eu des violences, mais sans ITT.

Surtout, le 29 août dernier, Julien a été condamné à 8 mois de prison, dont 4 avec sursis pour détention de cannabis. L’idée n’était pas de le consommer, mais de le vendre. Car le quadra a été licencié il y a un an et manque d’argent, selon lui. Il indique cependant qu’il avait repris l’intérim et qu’il peut trouver du travail « assez facilement ».

Pas de place en postcure ?

« Je suis alcoolique depuis plusieurs années », martèle Julien qui indique que sa compagne a essayé de l’aider à en sortir. Il a également réalisé deux cures de quinze jours. Mais il estime qu’il lui aurait fallu enchaîner avec une postcure, de six mois ou un an, pour se sortir de son addiction. Sauf qu’il n’y a pas trouvé de place. Alors, sa compagne l’a quitté, et il s’est alcoolisé de façon encore plus massive.

Les faits

Deux jours après la séparation, Julien était totalement ivre. Il a acheté un bidon qu’il a rempli d’essence dans une station-service. Le quadra s’est ensuite rendu chez son ex qui se trouvait à un anniversaire. Leur fils adolescent était néanmoins resté sur place. Julien a aspergé le rez-de-chaussée d’essence, malgré les supplications de son fils qui a même tenté de lui passer sa mère pour lui faire entendre raison. « Quand j’ai réalisé qu’il était déterminé, j’ai pris mes animaux et je suis sorti », a indiqué l’ado devant les enquêteurs. Julien a mis le feu à un paillasson, qu’il a jeté sur le combustible. « Je voulais plus rien savoir », concède le quadra lors de son jugement, « comme ça faisait deux jours qu’elle me faisait du mal, j’ai voulu lui faire du mal aussi », explique-t-il.

« j’ai plus rien qui me retient »

Ensuite, il est parti en voiture qu’il a envoyée dans un fossé et il s’est endormi dans un bosquet plein de ronces. À son réveil, il a emprunté le téléphone d’un passant pour contacter sa sœur, ce qui a permis son interpellation. Dans la geôle, il a tenté de mettre fin à ses jours en prenant conscience de ses actes : « chaque fois que je ferme les yeux, je me revois mettre le coup de briquet ». « Au point où j’en suis, j’ai plus rien qui me retient, j’ai plus personne », se lamente le prévenu dans le box, « il n’y a aucun psychologue, psychiatre qui arrive à mettre le doigt sur ce qui ne va pas ».

« C’est pas un père de famille éploré qui a un problème d’alcool »

La procureure rappelle qu’une voisine était présente au moment des faits et que la maison mitoyenne à celle de la victime aurait aussi pu prendre feu. « Quelle violence à l’égard de son épouse, quelle violence à l’égard de son fils », s’émeut la magistrate. « Madame est totalement démunie face à cet homme qui est en train de détruire sa famille », poursuit Christelle Dumont qui estime qu’il existe « des risques de réitération des faits ». « C’est pas un père de famille éploré qui a un problème d’alcool. C’est un homme qui a un parcours de délinquant », cadre-t-elle. Ses réquisitions s’élèvent à 4 ans de prison dont 2 avec sursis probatoire assorti d’obligations de soins, de travail et d’interdiction de contacts ainsi que de paraître au domicile.

Elle réclame le maintien en détention et la révocation du précédent sursis de quatre mois. Les quatre autres mois de la précédente peine ayant déjà été mis à exécution.

« C’est pas un mauvais bougre, c’est quelqu’un qui a une addiction insupportable »

« Je suis stupéfaite des réquisitions de madame le procureur », réagit maître Honnart. « Il s’en veut énormément, au point qu’il essaie de mettre fin à ses jours », poursuit-elle. « Il n’a plus fait parler de lui pendant 15 ans. C’est un bosseur. », l’avocate appuie sur la personnalité de son client : « il a vécu avec un père alcoolique, une mère alcoolique qui s’est suicidée ». « Il n’y a aucun intérêt à ce qu’il reste en détention sur une période aussi longue », plaide encore maître Honnart, « c’est pas un mauvais bougre, c’est quelqu’un qui a une addiction insupportable ».

Le délibéré

Le tribunal fixe la peine à 3 ans de prison, dont 1 avec sursis probatoire pendant 2 ans assorti des obligations réclamées par le parquet. Le maintien en détention a également été prononcé, ainsi que la révocation du sursis. « Il y a un fort risque de nouveau passage à l’acte », commente le président Ott qui fait aussi remarquer que le bailleur social, propriétaire de la maison, va sans doute attaquer Julien au civil pour se faire indemniser.


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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