Maing. “La drogue a deux fois plus d’importance pour vous que votre fille”

Temps de lecture : 4 minutes

Un Haulchinois a été condamné ce 4 juillet pour violation de domicile, conduite sans assurance et sans permis, usage de cocaïne et envoi de messages malveillants, à l’encontre de son ex. Le trentenaire lui reprochait de ne pas le laisser approcher de leur fille.

Image d’illustration par Enrique de Pixabay

Onze mentions sur son casier, et une interdiction d’entrer en contact avec son ex

Les revenus de sa formation en boucherie lui servaient, pour 300 euros par mois, à financer sa consommation de cocaïne. Tandis qu’il versait 150 euros à son ex pour élever leur fille de 18 mois, autiste. “La drogue a deux fois plus d’importance pour vous que votre fille”, soulève la procureure adjointe Mazingarbe. Achille* se présente dans le box vêtu d’un sweatshirt à capuche noir, comme ses cheveux, courts, et sa barbe. Le président Barry lui rappelle d’emblée qu’il est en état de récidive suite à une condamnation d’avril 2020. Le trentenaire sait qu’il a sérieusement dérapé, encore, et qu’il risque très gros. Son casier comporte onze mentions, pour des faits en lien avec les stupéfiants, des violences et du harcèlement, à l’encontre de son ex. Ce qui lui a valu une interdiction de contact avec elle.

Dans la nuit du 2 au 3 juillet, il n’a pu s’empêcher de se rendre chez la jeune femme, à Maing. “De base, j’allais déposer de l’argent, pour ma fille”, explique Achille. Sauf qu’une fois sur place, le ton monte, les insultes fusent. Il grimpe sur son scooter pour atteindre une fenêtre et pénétrer dans le logement. Un ami de l’ex, présent sur place, appelle la police qui, à son arrivée, trouve Achille dans un cabanon, sur la propriété. Les fonctionnaires relèvent aussi qu’il faut un permis pour conduire ce type de scooter, non assuré, alors que celui du trentenaire a été annulé. Ils découvrent également 18 grammes de cocaïne sur lui. Enfin, sur son téléphone figurent de nombreux messages envoyés à son ex, avec des insultes plutôt violentes.

« Ça fait huit ans que madame subit les agissements de monsieur »

“Est-ce qu’on a le droit de parler comme ça à un être humain ?”, questionne le président Barry lors du jugement d’Achille en comparution immédiate. “Non”, répond sobrement l’intéressé, tête basse. Ce dernier conteste cependant avoir insulté son ex la nuit de son interpellation, et même la violation de domicile. Pour le reste : “c’est stupide, j’ai pas réfléchi”. Il explique ne plus avoir vu sa fille depuis six mois, pour expliquer son comportement. Elle se trouvait chez sa grand-mère maternelle, ce jour-là. Surtout, le juge aux affaires familiales devait statuer sur les droits de visite le 21 juillet.

Vous appréciez cet article ? Alors, laissez-moi un petit pourboire d’encouragement.

“Ça fait huit ans que madame subit les agissements de monsieur”, souligne la procureure adjointe Mazingarbe. La magistrate note également que la victime n’a pas souhaité être auditionnée dans le cadre de ce dossier, par peur des représailles, alors qu’elle doit déjà gérer, seule, l’autisme de leur fille. Au final, elle requiert 18 mois de prison avec incarcération immédiate, en plus d’interdictions de contact et de domicile pendant trois ans. Le parquet réclame en outre la confiscation du scooter, l’interdiction de conduire tout véhicule à moteur pendant deux ans, 200 euros d’amende et le retrait de l’autorité parentale.

En défense, maître Lagache insiste sur l’absence de plainte et rappelle que la victime n’a même pas voulu qu’on lui confie un téléphone grave danger. L’avocate explique ensuite qu’Achille a mal supporté d’apprendre l’autisme de son enfant : “ça fait des mois qu’il essaie de prendre contact, de façon interposée, pour voir sa fille”. Mais en vain. Maître Lagache revient sur l’enfance de son client, qui a été privé de père pendant de longues années, ce qui a forgé sa personnalité actuelle.

Dix mois de prison avec incarcération immédiate

Le tribunal fixe la peine à dix mois de prison avec incarcération immédiate, en plus des dispositions requises par le parquet. À ceci près que ce n’est pas l’autorité parentale qui est retirée au trentenaire, mais simplement son exercice. Le président Barry a cependant pris le temps d’expliquer à Achille que cette décision n’a rien de définitif : il pourra toujours en demander la levée à l’avenir, si la situation s’améliore.

En attendant, le jugement sera transmis au juge aux affaires familiales avant l’audience du 21 juillet.


* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

Vous pouvez commenter cet article et suivre l’actualité du site sur nos réseaux sociaux : Facebook, et désormais Instagram/Threads.

Pour toutes remarques ou suggestions, envoyez-nous un mail.

Pour que Chroniques Judiciaires Valenciennoises puisse continuer à exister et rester en accès libre, vous pouvez donner via cette page, ou la partager : https://fr.tipeee.com/chroniques-judiciaires-valenciennoises/


Ressources


Les chiffres de la délinquance à Maing.


3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.


La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.


Un problème de dépendance ? L’association GREID peut vous aider.


Des questions par rapport à votre consommation de stupéfiants ou celle de vos proches ?


Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, ou rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal : prise en charge du lundi au vendredi 8h30 -12h / 13h30 – 16h30 sav.valenciennes@primtoit.org 03.59.38.43.19 ou 03.27.20.26.26 ou directement au TJ 6 avenue des Dentellières 59300 Valenciennes.


Oh bonjour
Ravie de vous rencontrer.

Inscrivez vous pour recevoir chaque mois gratuitement nos dix derniers articles dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Partagez cet article :

Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

Vous aimerez aussi...