Raismes et Saméon. Prison ferme pour un professeur des écoles après des attouchements
Le sexagénaire a fait pas moins de onze victimes entre 2015 et 2017 à Saméon, et entre 2021 et 2022 à Raismes, dans ses classes de CE2 et CM2 où il effectuait des remplacements.

Un enseignant proche de la retraite sans antécédents
L’audience aura duré près de quatre heures, dans une ambiance très tendue. Sébastien*, les cheveux courts, poivre et sel, se présente à la barre, vêtu d’une chemisette. Il n’est accompagné que de son avocat. Derrière lui, plusieurs victimes sont venues, avec leurs parents. Son casier est encore vierge à 61 ans. Il exerce depuis 1990 comme professeur des écoles et en tant que remplaçant depuis 1994.
En 2017, une première procédure a été lancée suite à des dénonciations d’attouchements envers plusieurs de ses élèves, mais, faute de preuves, le parquet a procédé à un classement sans suite. L’enseignant s’est néanmoins fait rappeler à l’ordre par sa hiérarchie qui lui a demandé de corriger son attitude.
Mais des années après, une professeure de chimie au collège surprend une conversation entre deux élèves qui évoquent des attouchements dans une école raismoise entre 2021 et 2022. Elle en avise le chef d’établissement qui décide d’en parler aux parents. Ceux-ci déposent plainte et une nouvelle procédure est lancée, jointe à celle de Saméon.
Des faits identiques, avec des mains sur la poitrine, les cuisses, le dos…
Dans les deux écoles, les victimes décrivent des faits similaires, toujours sur des petites filles : des mains sur la poitrine, sur les cuisses, dans le dos… D’autres enfants, qui n’ont pas subi ces agissements, confirment. “On a une quinzaine d’élèves qui vous mettent en cause et une jeune fille qui dit qu’il ne s’est rien passé”, résume la présidente Gosteau.
“Ça ne s’est jamais produit”, répète Sébastien, “j’ai l’impression d’être tombé dans un guet-apens !”. Et d’expliquer qu’à Saméon, la configuration des lieux l’obligeait à se coller à ses élèves pour corriger leurs exercices. Quant à Raismes, il assure qu’il y avait une AVS avec lui et qu’il était donc impossible qu’il se livre à de tels agissements. “La difficulté, c’est que j’ai deux classes différentes, dans deux villes différentes, à cinq ans d’écart, qui décrivent les mêmes gestes”, insiste la présidente Gosteau, sans obtenir de réponse convaincante.
L’autre difficulté pour le sexagénaire provient de l’expertise de son ordinateur où 298 consultations de vidéos pédopornographiques ont été relevées. “Ce sont des adultes qui sont filmés !”, s’insurge Sébastien, “c’est sur dix ou douze ans, il n’y avait pas que ça”. La présidente et les avocats des parties civiles insistent sur l’intitulé de ses recherches sur un célèbre site pornographique : “teens”, “ados” ou encore “babe”, mais le prévenu répond à côté.
Des victimes repliées sur elles-mêmes
À la barre, les victimes et leurs parents se succèdent pour évoquer leurs difficultés. Souvent, les petites ne comprenaient pas le caractère sexuel et déplacé de ces attouchements au moment où ils avaient lieu, ne réalisant que plus tard, avec les questions des enquêteurs. Elles évoquent aussi un rapport à leur corps et à l’autre compliqué. “Ma fille a changé de comportement très rapidement : elle a perdu la joie de vivre qu’elle avait avant”, témoigne une maman.
Ce sont ensuite les cinq avocats des parties civiles qui prennent la parole. “C’est le grand méchant loup dans la bergerie, c’est un prédateur sexuel”, s’émeut maître Hoffmann. “Ils sont très mesurés, ils n’en rajoutent pas”, note maître Sobczak à propos des déclarations des victimes. “Ces enfants-là ont un point commun : ils sont repliés sur eux-mêmes”, souligne maître Dartigeas, pour le département. Enfin, maître Dubois regrette qu’il n’y ait pas eu d’instruction pour s’assurer qu’il n’y a pas eu d’agressions dans les autres écoles où est intervenu Sébastien.
Cinq ans de prison requis
La représentante du parquet revient d’abord sur le classement sans suite en précisant qu’il signifie simplement qu’il n’y avait pas assez d’éléments à l’époque pour poursuivre l’enseignant, mais qu’il ne s’agit absolument pas d’une remise en cause de la parole des victimes. La magistrate reprend ces déclarations et soulève que beaucoup de victimes y décrivaient ces attouchements, sans comprendre leur gravité, tout en présentant Sébastien comme un bon professeur. Elle requiert cinq ans de prison, dont deux avec sursis simple et un mandat de dépôt à effet différé en plus d’une interdiction d’exercer toute activité qui le mettrait en contact avec des mineurs de façon définitive.
“Je me serais bien gardé de prendre ce dossier si j’avais cru que monsieur était responsable”, plaide maître Massin, qui estime qu’il aurait fallu auditionner plus d’élèves dans le cadre de l’enquête. L’avocat s’attèle alors à reprendre chaque déclaration des enfants isolément afin d’essayer de détricoter le faisceau d’indices concordants qui accable son client : “ce dossier repose sur des déclarations qui ne concordent pas”. Il parle même de “réquisitions démentes qui ne reposent sur rien”. Maître Massin réclame donc la relaxe de son client.
“D’être accusé de choses absolument abjectes, je suis effondré”, conclut le prévenu avant de voir les juges partir délibérer.
Dix-huit mois de prison avec mandat de dépôt
Le tribunal le déclare coupable et le condamne à 18 mois de prison avec mandat de dépôt à effet différé, en plus d’un suivi sociojudiciaire pendant cinq ans avec obligations de soins et d’indemniser les victimes, ainsi qu’une interdiction de contact avec celles-ci. En cas de manquement, il partira en prison pour 18 mois supplémentaires. Il lui est également interdit d’exercer toute activité en lien avec des mineurs de façon définitive et il est inscrit au FIJAIS, avec obligation de justifier de son adresse tous les six mois pendant vingt ans.
Chaque victime recevra entre 3000 et 4000 euros chacune, suivant les situations, et 1000 euros pour les parents qui auront aussi réclamé une indemnisation. Un renvoi aux intérêts civils a enfin été ordonné, avec une expertise psychologique, pour chiffrer au mieux le préjudice de certaines jeunes filles, représentées par le département.
“Je désire faire appel”, indique Sébastien d’emblée, avant de quitter la salle.
* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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Ressources
Les chiffres de la délinquance à Raismes.
La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.
Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, ou rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal : prise en charge du lundi au vendredi 8h30 -12h / 13h30 – 16h30 sav.valenciennes@primtoit.org 03.59.38.43.19 ou 03.27.20.26.26 ou directement au TJ 6 avenue des Dentellières 59300 Valenciennes.






