Valenciennes. Il gérait le trafic du quartier de la Plaine depuis sa cellule
Ce 11 septembre, le tribunal de Valenciennes a condamné quatre hommes pour trafic de stupéfiants. L’un d’eux se trouvait pourtant déjà en détention. Ils étaient défendus par maîtres Frère, Galluet, Limet et Delette.

Quatre profils assez différents
Mohamed* a les cheveux longs, noirs, avec un bouc et une chemise, dans le box. Il a 24 ans et est détenu depuis juillet 2023. Son casier comporte dix condamnations surtout en lien avec les stupéfiants. Il n’a jamais perçu de revenus légaux et devait sortir en octobre 2026 avant sa comparution immédiate du 11 septembre.
Lui aussi dans le box, Mehdi* a les cheveux bouclés, courts, un polo bleu et une barbe. Il a 21 ans et son casier comporte trois mentions, surtout des délits routiers. Le Valenciennois ne travaille pas et n’a aucune formation.
À la barre, cette fois, Sofian* a les cheveux noirs, courts, avec un bouc et un t-shirt blanc. Sa carrure s’avère plutôt imposante. Son casier comporte sept mentions. Le Vieux-Condéen de 25 ans a trouvé un emploi de chauffeur-livreur très récemment.
Steeve* n’a jamais été condamné jusque-là. Gros consommateur de cannabis, il a néanmoins réussi à arrêter entre son interpellation et son jugement. Il est âgé de 26 ans, vit à Fresnes-sur-Escaut, et « a toujours travaillé », insiste son avocate, maître Delette.
Un point de deal installé dans un garage
Les fonctionnaires ont été avertis de la présence d’un point de deal entre les rues Tinchon et saint-Éloi, dans un garage. Ils ont donc opéré une surveillance des lieux, relevé une vingtaine de clients par jour et identifié plusieurs mineurs ainsi que trois majeurs. Chez Mehdi, les policiers ont découvert cocaïne, héroïne, cannabis, feuille de comptes, plusieurs téléphones… Celui-ci reconnaît avoir servi de « nourrice », sans préciser pour qui, afin d’éponger une dette.
Les enquêteurs ont aussi découvert que Mehdi était en contact avec Mohamed qui lui demandait régulièrement de l’argent depuis sa cellule. Dans l’un des messages, Mehdi parlait d’une « ardoise » qui « rétrécit » et disait à Mohamed qu’il allait sortir « en patron ». Mais ce dernier répète qu’il n’a rien à voir avec ce trafic et Mehdi qu’il ne gérait pas le trafic pour lui.
Une consommation de cannabis abusive
Chez Steeve, les enquêteurs ont découvert plusieurs dizaines de grammes de cannabis, mais le Fresnois assure qu’il s’agissait uniquement de sa consommation, qui « devenait vraiment abusive », selon lui.
La perquisition n’a rien donné pour Sofian, mais il a reconnu revendre du HHC (une variété de cannabis plus forte que le CBD et interdite depuis un an, selon son avocate maître Galluet). « J’ai rien à voir avec eux », répète celui-ci.
« Même une incarcération n’a pas suffi à lui faire couper les liens avec le trafic »
La substitut Wilmerding souligne que des guetteurs désignent Mehdi comme le gérant du point de deal et les enquêteurs ont vu sa voiture à de nombreuses reprises à cet endroit. De plus, à son domicile, les policiers ont trouvé « le parfait attirail de celui qui se trouve à la tête d’un trafic ». Quant à Mohamed, pas de doute, « il donne des ordres ». « Même une incarcération n’a pas suffi à lui faire couper les liens avec le trafic », peste la magistrate. Elle requiert donc 24 mois de prison contre Mohamed, avec maintien en détention et interdiction de paraître dans la région pendant 2 ans. Pour Mehdi, elle requiert 18 mois dont 6 avec sursis probatoire assorti d’obligation de travail, de soins et également d’une interdiction de paraître dans la région pendant 2 ans. Avec maintien en détention aussi.
Pour Sofian, elle réclame une peine de 12 mois de prison et pour Steeve 6 mois de prison avec sursis probatoire. Et une interdiction de contact entre tous les prévenus.
Maître Galluet explique que Sofian a vendu « pour payer sa consommation personnelle ». Elle plaide pour une peine de jours-amendes ou de travaux d’intérêt général.
« Il n’a rien à faire dans ce dossier », plaide maître Delette pour Steeve qui était à l’origine soupçonné d’être une nourrice.
« Non, ce n’est pas un gérant de point de deal »
Maître Frère estime que l’interprétation qui a été faite des messages échangés entre son client et Mohamed ne sont que de « l’extrapolation ». Quant aux guetteurs, l’avocat souligne qu’ils ne désignent pas Mehdi de façon claire. « Non, ce n’est pas un gérant de point de deal », assure maître Frère, « il s’est retrouvé dans cette histoire parce qu’il avait une dette en lien avec un accident de voiture ».
« La procédure est extrêmement carencée », termine maître Limet, pour Mohamed. « Ce sont des messages totalement creux et vides », martèle l’avocate, « je n’ai constaté aucun ordre donné par mon client ». Elle plaide donc la relaxe : « on ne se base que sur des présomptions ».
Le délibéré
Le tribunal condamne Mohamed à 2 ans de prison avec maintien en détention et une interdiction de paraître dans la région pendant 3 ans.
Mehdi écope de 24 mois de prison, dont 10 avec sursis probatoire et maintien en détention pour la partie ferme. Il aura obligation de justifier d’un travail ou d’une formation à sa sortie.
Sofian s’en tire avec 12 mois de prison, dont 4 avec sursis probatoire assorti d’obligations de soins et de travail. La partie ferme est aménagée sous forme d’un bracelet électronique.
Enfin, Steeve, le client, est condamné à 6 mois de prison avec sursis simple.
Tous ont interdiction d’entrer en contact les uns avec les autres.
« Je m’en bats les c…, je vais faire appel », s’agace Mohamed avant de retourner dans sa cellule.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
Les chiffres de la délinquance à Valenciennes.
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