Valenciennes. Des enfants sortis de “la maison de l’horreur” suite au meurtre de leur mère

Ce jugement remonte au 28 novembre 2019. Bernard Robert comparaissait alors pour des violences terribles sur ses enfants, un an avant de passer aux assises pour avoir tué sa femme à coups de marteau. Cet article n’avait jamais été publié jusqu’à présent.
“Même si tu m’as enlevé ma maman, je reste forte”, a lancé l’une des jeunes victimes. “Ce n’est qu’un géniteur. Il a détruit une famille entière. Il s’en sort bien derrière les barreaux, alors que notre mère est morte”, a rebondi sa sœur.
L’année d’après, Bernard Robert devrait répondre du meurtre de son épouse à coups de marteau le 23 décembre 2016, qu’il a reconnu. Ce drame, et son incarcération, ont amené les six enfants du couple à parler, enfin, des violences quotidiennes, abominables, qu’il leur faisait subir à tous, depuis des années. Pour trois enfants, les faits sont prescrits et le quinquagénaire ne peut être poursuivi. Pour les trois autres, il a été jugé ce 28 novembre. Deux filles et un garçon, nés en 2000, 2006 et 2008: les deux derniers avaient moins de 10 ans au début de la prescription, en 2013. Mais les violences avaient commencé bien avant. “Sur une semaine, on avait peut-être un jour de repos”, a témoigné l’une des filles. Le reste du temps, il les frappait avec des chaussures de sécurité, leur plongeait la tête dans les toilettes, leur rasait les cheveux, les obligeait à manger jusqu’à vomir, pour ne pas gaspiller la nourriture, puis… à avaler leur vomi. Au bout d’un moment, leur mère a cessé de s’interposer, parce qu’elle “s’en prenait deux fois plus” quand elle le faisait.
Face au tribunal, le quinquagénaire a fini par reconnaître une partie des faits, les plus acceptables. “C’est les nerfs. C’était pour les punir”, s’explique-t-il à contrecoeur. “Les punir de quoi? Ils n’avaient le droit de rien faire!”, lui rétorque la présidente Pontès. Dans le box, Bernard Robert répond à peine aux questions et ne manifeste aucune émotion. Les expertises psychologiques montrent des enfants totalement détruits, qui culpabilisent de la mort de leur mère, qui craignent de reproduire ces violences, de tomber dans les bras d’un autre bourreau. Les deux filles présentes pleurent à chaudes larmes, mais lui font face, lucides sur leurs blessures, leur situation, leur passé, leur avenir. Elles veulent simplement être protégées de lui.
“Si on est sorti de cette maison de l’horreur, c’est parce qu’il a tué sa femme”
Me Christelle Mathieu
“Vous voulez leur dire quoi à vos filles?”, tente la présidente Pontès: “Rien”, répond le prévenu, monolithique. C’est désormais l’aînée de la fratrie qui doit jouer le rôle de “maman” et veiller sur les plus jeunes, malgré ses propres troubles.
“C’est un monstre”, a plaidé Me Mathieu pour deux des enfants, dont le fils. Comme il était le “chouchou” de leur mère, il était le “souffre-douleur” du père. Tous étaient tellement terrifiés qu’ils ne laissaient rien paraître, ni aux services sociaux, ni même aux psychologues. “Si on est sorti de cette maison de l’horreur, c’est parce qu’il a tué sa femme”, a-t-elle résumé. “Son seul objectif, c’est de dominer et de faire mal”, a repris la substitut du procureur qui a requis 4 ans de prison ferme. “La première fois que je l’ai vu, il me faisait peur, il n’avait rien d’humain, mais il avance, très lentement”, l’a défendu Me Legrand. “Lui aussi a été victime de violences quand il était plus jeune”, “ça va être très long pour qu’il prenne du recul. Cette audience va lui permettre d’avancer”. Selon elle, les services sociaux, les écoles, les autres membres de la famille auraient dû voir et agir: “ça aurait pu s’arrêter bien avant”.
Le délibéré
Le tribunal a condamné le quinquagénaire à 5 ans de prison ferme, la peine maximale pour ce type de faits et lui a retiré son autorité parentale sur les trois victimes. Il devra verser 8000 euros à chacune d’elles comme dommages et intérêts.
Peu avant sa mort, la maman avait dénoncé les violences et les menaces exercées par son mari.
Ressources
En 2023, 386 plaintes ont été enregistrées à Valenciennes (44 000 habitants) pour des violences intrafamiliales. En 2022, ce chiffre s’élevait à 303. (Source: https://ville-data.com/delinquance/Valenciennes-59-59606
3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 29bis Boulevard Carpeaux 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26





