Condé. “L’histoire du couteau, je l’ai inventée, c’est moi qui le tenais”
Ce 30 avril, un trentenaire devait répondre de violences conjugales en récidive. Mais lors de l’audience, coup de théâtre, la plaignante a assuré avec insistance avoir menti, sauf pour la dégradation de son téléphone.

Les faits
Ils s’étaient rencontrés sur Internet il y a un mois et Marie* avait déjà acheté les bagues de fiançailles. Mais ce 24 avril, dans l’après-midi, une dispute a éclaté et dans la foulée, Marie est allée déposer plainte. Elle a alors indiqué que Stéphane* avait fait une crise de jalousie en rentrant du travail et qu’il l’avait poussée, agrippée par les poignets avant de se saisir d’un couteau pour la menacer. Il a également marché sur son téléphone, et c’est le seul fait que Stéphane reconnaît. Pour le reste, il assure que c’est elle qui s’est énervée parce qu’il voulait la quitter. Il a alors voulu rassembler ses affaires, mais elle l’a enfermé à l’intérieur de son domicile, lui a asséné des claques et l’a menacé avec un couteau, l’obligeant à la désarmer, toujours selon lui.
Marie avait maintenu ses déclarations lors de plusieurs auditions, appuyée par sa fille de six ans qui aurait en partie assisté aux violences. “Elle a appris sa poésie, la petite”, a pesté Stéphane depuis le box des prévenus. Et là, coup de théâtre à l’audience: “L’histoire du couteau, je l’ai inventée, c’est moi qui le tenais”, a déclaré Marie à la barre. “J’ai fait peur à monsieur pour qu’il arrête de me pousser, c’est le seul truc que j’ai trouvé pour me défendre. Il m’a bousculée parce que je ne voulais pas qu’il parte. Je tiens à lui, je l’aime”. Le président Ott a souligné que Stéphane risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement pour les faits qu’elle avait dénoncés, sans compter la garde à vue. “J’assumerai les conséquences”, a répondu Marie, agacée par les nombreuses questions et répétant ne pas avoir subi de pressions pour la faire revenir sur ses déclarations.
Les débats
“Je suis surpris de la tournure des événements, mais il faut que la vérité éclate”, a philosophé Me Babouri qui représentait les intérêts de Marie et de sa fille. “Ce n’est pas anodin de s’en prendre à un téléphone, c’est quelque chose qu’on retrouve dans les phénomènes d’emprise”, a soutenu le représentant du parquet. Le magistrat a ajouté que “ce n’est pas la première ni la dernière victime à se montrer ambivalente”. Il estime ainsi que la jeune femme avait dit la vérité dans sa plainte et il a rappelé que Stéphane, avec douze mentions sur son casier, est un habitué des comparutions immédiates. Le parquet a requis contre ce dernier dix mois de prison dont cinq avec sursis probatoire assortis d’un maintien en détention, pour protéger la victime malgré elle.
“ce n’est pas la première ni la dernière victime à se montrer ambivalente”
Le substitut du procureur
“C’est le lot commun de tonnes de gens en France de se retrouver dans ce box comme ça”, a réagi Me Lejuste, appuyant sur les constatations médicales qui ne relèvent qu’une ecchymose au pouce pour madame. Par contre, du côté de son client: “monsieur s’est mangé des énormes gifles, donc, oui, il a une perforation du tympan”, a lancé l’avocate. “On vous a servi un beau scénario à la Spielberg. On n’a pas le temps de gérer les vrais dossiers, il faut aussi se cogner les mensonges”, a-t-elle tonné. Au final, Me Lejuste a obtenu la relaxe pour les violences, au bénéfice du doute.
Le délibéré
Pour la dégradation du téléphone, cependant, Stéphane s’en tire avec trois mois de prison ferme mais qui pourront être aménagés. Il lui est également interdit d’entrer en contact avec sa victime.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
En 2023, 72 plaintes ont été enregistrées à Condé-sur-Escaut (9 600 habitants) pour des violences intrafamiliales. En 2022, ce chiffre s’élevait à 86. (Source: https://ville-data.com/delinquance/Conde-sur-l-Escaut-59-59153
3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage. https://arretonslesviolences.gouv.fr/





