Denain. Pour les enfants, les violences conjugales “c’est assimilable à des scènes de guerre”
Ce 25 juin 2024, un Denaisien de vingt-neuf ans a été condamné à vingt-quatre mois de prison avec sursis probatoire pour avoir commis des violences conjugales devant leurs enfants. Il était défendu par maître De Abreu.

Un ouvrier du bâtiment avec une seule mention sur son casier
Yannick * aurait dû comparaître à la barre du tribunal, ce 25 juin, mais c’est dans le box des prévenus qu’il se présente à ses juges, parce qu’il n’a pas respecté l’interdiction de contact avec sa victime lors de son contrôle judiciaire. Les cheveux ras, un bouc clair, trapu avec un t-shirt bleu, le jeune homme souffre d’un léger problème d’élocution consécutif à une malformation de naissance qui lui a valu du harcèlement dans son enfance. Il est en couple avec Marie * depuis 2019 et ils ont deux enfants ensemble. Madame en avait déjà trois issus d’une autre union. Sur le casier de Yannick, une seule mention, qui date de 2012. Il travaille dans le bâtiment et ramène un salaire très correct à la maison. Aucune addiction n’a été relevée.
Les faits
Le 8 mars 2024, le couple se querelle pour un téléphone portable. Lors de ses auditions, Marie se plaint d’avoir reçu une claque derrière le crâne, d’avoir été aspergée d’eau fraîche, d’avoir été fauchée. Elle déclare aussi avoir été plaquée au sol, le lendemain. Yannick reconnaît avoir cassé un ordinateur et une télé, ainsi que d’avoir aspergé sa compagne avec de l’eau, mais assure que le reste n’était pas volontaire. “Elle a eu une très forte colère parce que je lui ai pris mon téléphone”, a expliqué le prévenu, “elle m’a même mordu la jambe. J’ai tout mis en oeuvre pour qu’elle me laĉhe. […] J’ai juste voulu me défaire de son emprise”. L’incapacité totale de travail a été fixée à quatre jours pour Marie, deux jours pour Yannick. Lors de ses auditions, Marie a aussi évoqué des violences plus anciennes: “Il m’a porté des coups de poing et des claques depuis toujours.” Il reconnaît lui avoir déjà asséné une “cacahuète” sur le crâne, par le passé, au point de la faire saigner. “Elle est très jalouse, très possessive. Elle m’enferme à la maison”, s’est encore défendu Yannick.
La victime minimise
“Je pense que c’est un malentendu”, a répété Marie devant les juges, “il n’y a pas eu cinq ans de violences conjugales”. Alors pourquoi demander à son fils d’appeler la police ?, l’a interrogé le tribunal: “Je pense que c’est un ras le bol mais je m’attendais pas à tout ça. On était arrivé à un point où même moi je mettais des coups”. “On voulait mettre en place une thérapie de couple mais c’est soixante euros la demi-heure et on n’a qu’un salaire”, a-t-elle ajouté. Elle reconnaît par ailleurs se montrer possessive et provocatrice avec lui. Marie a également voulu assumer la violation du contrôle judiciaire, expliquant que les enfants pleuraient pour que Yannick revienne, elle l’a contacté pour qu’il vive de nouveau avec eux. Ce qu’il a fait, sauf qu’un de leurs enfants a contacté la police pour dénoncer ce retour, ainsi que d’autres faits qui doivent être jugés en fin d’année. Yannick s’est donc retrouvé en détention provisoire pendant dix-huit jours. “Dix-huit jours d’horreur”, a commenté l’intéressé, “C’est pas mon environnement, c’est des gens qui sont pas du même monde que moi. J’ai une petite vie bien rangée.”
Crainte de perdre l’autorité parentale
Quand le tribunal a évoqué l’idée de retirer l’autorité parentale de Yannick sur ses deux enfants suite à ces faits, celui-ci s’est effondré en larmes: “Tout ce que vous voulez, mais pas mes enfants!”. “C’est un bon père, ses enfants, c’est ses deux yeux”, a assuré Marie par la suite.
Les débats
Les enfants qui ont été témoins de façon directe et indirecte de ces violences, l’avocate du département, qui les représentait, en a longuement parlé dans sa plaidoirie. “Monsieur ne pense pas au bien-être et à l’intérêt de ces enfants”, a-t-elle lancé. “C’est assimilable à des scènes de guerre, pour eux, les violences entre leurs parents. Ils vont tolérer davantage les violences sur eux-mêmes, ou en commettre à leur tour”, a poursuivi l’avocate. Et de rappeler que “madame a grandi dans un contexte où il y avait des violences”, ce qui lui fait craindre un “cercle vicieux”, et aussi qu’en cas de nouvelles violences, madame n’appelle plus la police.
La substitut du procureur a commencé par souligner que le “rétropédalage de madame”, c’est “typique d’un dossier de violences conjugales”. “Quand on voit les deux, on sait qui a le dessus sur l’autre”, a appuyé la magistrate. “On a fait confiance à monsieur et on a vu le résultat”, a-t-elle conclu avant de requérir dix-huit mois de prison dont dix avec sursis probatoire, maintien en détention et le retrait de l’exercice de l’autorité parentale.
“On est un peu dans l’amour vache”, a plaidé Me De Abreu, en défense, “on est dans une conjugopathie, c’est à dire un problème de communication dans le couple”. L’avocat a longuement appuyé sur la personnalité de son client, “inséré familialement, professionnellement” pour lui éviter la détention et pour qu’il puisse garder l’exercice de son autorité parentale.
La décision du tribunal
Le tribunal a fixé la peine à vingt-quatre mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans, assorti d’obligations de soins, de travail et interdiction de contact avec Marie et ses trois enfants issus d’une autre union. Il devra verser un total de 6000 euros aux cinq enfants via le département.
* prénom(s) d’emprunt
Ressources
En 2023, 145 plaintes ont été enregistrées à Denain (20 000 habitants) pour des violences intrafamiliales. En 2022, ce chiffre s’élevait à 147. (Source: https://ville-data.com/delinquance/Denain-59-59172)
3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.
Le Service d’Aide aux Victimes apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes : 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr





