Valenciennes. Un chef d’entreprise condamné pour transport d’ecstasy
Le quadragénaire hollandais a été intercepté par la douane au niveau de Valenciennes avec 135 000 euros de cachets dans son véhicule. Lors de son jugement, il a expliqué le cercle vicieux de la drogue, de la bourse, de la cryptomonnaie… Le tribunal l’a condamné à 4 ans de prison.

Il dirige une entreprise héritée de son père
Les cheveux courts, noirs comme son polo, David* porte une barbe et se présente dans le box des prévenus avec un interprète. Le quadra parle en effet six langues, mais pas suffisamment bien la nôtre. David dirige une entreprise héritée de son père à son décès, en 2020. Il bénéficie d’un brevet de pilote d’hélicoptère. « Un profil atypique » à la barre d’un tribunal, comme le fait remarquer son avocat maître Lebas, et d’autant plus comme « mule » dans un trafic de drogue.
C’est ce qui a amené la substitut Chopin à s’interroger sur la provenance de cet héritage, d’autant que le prévenu a indiqué à l’enquêteur de personnalité que son père avait prostitué sa mère. « La prostitution aux Pays-Bas, elle est légale », explique David, « Il l’a forcée parce qu’elle était enceinte de moi ». Gêné, il a néanmoins ajouté que « ça n’a rien à voir avec l’affaire en question ».
« J’ai dû faire face à un burn-out. Le chiffre d’affaires est en chute libre »
Selon lui, l’explication vient de la crise du COVID qui a eu un lourd impact sur l’entreprise familiale, avec de nombreux arrêts maladie qui ont occasionné de sérieuses pertes. Alors, pour essayer de les compenser, David a tenté sa chance avec des investissements boursiers, dans le pétrole et le gaz. Au début, il faisait des bénéfices et « c’est devenu une obsession ». Dans le même temps, il s’est mis à consommer de la cocaïne au point de ne plus dormir. Et là, « j’ai dû faire face à un burn-out. Le chiffre d’affaires est en chute libre ». Le quadra s’est aussi lancé dans la cryptomonnaie, ce qui a encore empiré la situation. C’est là que son dealer, à qui il devait 22 000 euros, lui a fait une offre : transporter de la drogue pour lui contre rémunération.
2000 euros pour acheminer 13 488 cachets d’ecstasy au Portugal
Le 7 août, il a donc accepté d’acheminer 4 kg et demi d’ecstasy, soit 13 488 cachets pour une valeur totale de 134 880 euros depuis Amsterdam jusqu’au Portugal. En passant par Valenciennes. C’est là qu’il a été intercepté par la douane dans le véhicule de sa société. Sa dette devait diminuer de 2000 euros pour cette livraison. « Il s’agit d’une suite de décisions terrible », commente David lors de son passage en comparution immédiate ce 16 septembre.
D’autant plus que David a déjà été condamné en France en 2014 pour des faits similaires, ce qui lui a valu 18 mois de prison et ce qui le met aujourd’hui en état de récidive. Il est marié, a un enfant de 19 ans et craint des représailles à l’encontre de sa famille. « Pour moi, la chose la plus importante, c’est que mon épouse et ma famille soient en sécurité », insiste-t-il.
« Vous ne faites que protéger les frontières puisque le produit n’était pas destiné à la France »
« Je ne m’explique pas comment quelqu’un qui a eu une situation prospère se retrouve dans ce dossier de stupéfiant », s’étonne la substitut Chopin qui souligne qu’il s’agit d’une « quantité conséquente » de produits. Et de la deuxième drogue la plus consommée en France après le cannabis. La magistrate se demande aussi pourquoi David n’a pas sollicité plus tôt sa famille, puisque celle-ci aurait apparemment réglé la dette de stupéfiants auprès du dealer. Elle requiert au final une peine de 3 ans de prison avec maintien en détention, l’interdiction de paraître en France pendant 10 ans et 135 000 euros d’amende.
Maître Lebas demande au tribunal de « sanctionner sans écraser, sans éliminer ». « Le rapport à la drogue est très différent aux Pays-Bas », souligne l’avocat, « certains parlent même de narco-État ». « Vous ne faites que protéger les frontières puisque le produit n’était pas destiné à la France », lance-t-il encore, « et pourtant, c’est la France qui va supporter le coût de la détention ». Il regrette, par ailleurs, que la police n’ait pas plus de moyens pour investiguer le réseau et le démanteler : « c’est comme écoper une barque à la petite cuillère, il y aura toujours des gens vulnérables à exploiter ». L’avocat évoque, enfin, « l’isolement linguistique » que va subir son client lors de son incarcération.
4 ans avec maintien en détention
Le tribunal fixe la peine à 4 ans de prison avec maintien en détention en plus de l’interdiction définitive de paraître en France et une amende de 135 000 euros.
* prénom(s) d’emprunt





