Onnaing. “Elle était solaire, maintenant elle vit dans la crainte”

Temps de lecture : 4 minutes

Ce 26 février, un Onnaingeois a été condamné à un total de dix-huit mois de prison pour harcèlement sur son ex. Sans lui adresser la parole, il se contentait de se montrer sur son chemin, tous les jours, pour amener leurs enfants à l’école.

Image d’illustration par Gerd Altmann de Pixabay
Déjà condamné pour violences conjugales et harcèlement

Louis* et Marion* sont séparés depuis janvier 2023 après douze années de vie de couple et plusieurs enfants ensemble. Le trentenaire a cependant été condamné pour violences conjugales en 2017, et pour harcèlement, déjà, en 2023. Cette dernière condamnation lui vaut une interdiction de contact avec la jeune femme. Or, celle-ci a encore déposé plainte à deux reprises en 2024 pour dénoncer de nouveaux faits de harcèlement. Elle a expliqué aux policiers voir Louis tous les jours en emmenant leurs enfants à l’école, même s’il reste à distance et ne lui adresse pas la parole. “J’ai peur qu’il s’en prenne à mes parents ou à mon nouveau petit ami”, indique Marion aux enquêteurs.

Ses proches sont entendus en octobre dernier. “Elle était solaire, maintenant elle vit dans la crainte”, déclare une voisine. Une autre confirme : “Elle est dans un stress permanent. […] Elle a perdu beaucoup de poids. Elle ne dort plus.” Marion présente par ailleurs un certificat médical de son généraliste qui parle d’un “stress réactionnel” qui nécessite un traitement par anxiolytiques.

Réentendue le 25 février, Marion a répété subir ce harcèlement depuis leur rupture, en janvier 2023, mais qu’il s’est arrêté en 2025. La police a néanmoins convoqué Louis pour l’entendre avant un passage en comparution immédiate, le lendemain.

“Je suis obligé de passer par là, sinon ça prend quinze, vingt minutes de plus”

Blouson noir, barbe brune et fournie, le trentenaire reste calme, dans le box. Il explique que s’il se trouvait sur le chemin de son ex, c’est tout simplement parce qu’il amenait la fille de sa nouvelle compagne dans la même école que les enfants qu’il a eus avec Marion. “Je suis obligé de passer par là, sinon ça prend quinze, vingt minutes de plus”, répète le prévenu qui assure n’avoir pas trouvé de meilleure solution : sa compagne travaille, contrairement à lui. “J’ai porté plainte en juin dernier parce que mes enfants sont en danger, et moi, je me retrouve ici parce que j’emmène mes enfants à l’école”, peste Louis. “Vous imposez votre présence tous les jours”, lui répond la substitut Broche. Mais le trentenaire n’en démord pas : “Je ne parle pas à madame, je ne la regarde pas, je ne vais pas à son domicile, je ne vais pas dans sa rue”.

La victime n’a pas assisté à l’audience, ne s’est pas faite représenter par un avocat et n’a pas réclamé de dommages et intérêts.

“Madame, elle n’en rajoute pas”, assure la substitut Broche, relevant que ce sont les témoins qui donnent le plus d’éléments sur le harcèlement et qui soulignent tous l’impact psychologique. “Monsieur ne comprend pas le sens d’une interdiction de contact”, poursuit la magistrate, “il aurait pu prendre sa voiture, il y avait d’autres moyens [d’amener la fille de sa compagne à l’école NDLR]”. Elle souligne l’état de récidive et réclame une peine de douze mois de prison dont six avec sursis probatoire assorti d’obligations de travail et de soins, ainsi que d’interdictions de contact et de paraître dans la rue où vit la victime pendant deux ans. Elle réclame également l’incarcération immédiate, la révocation totale du précédent sursis de six mois et le retrait de l’exercice de l’autorité parentale.

“Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas une infraction pénale d’exister”

“Je suis complètement abasourdi par les réquisitions de madame le procureur”, réagit maître Guilleminot qui ne comprend même pas ce passage en comparution immédiate alors que la victime a indiqué que les faits avaient cessé depuis deux mois. Il a ensuite passé plusieurs minutes à démontrer que le harcèlement n’est pas caractérisé à ses yeux. “Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas une infraction pénale d’exister”, s’agace maître Guilleminot qui plaide “la relaxe pure et simple”.

Une peine aménageable

Le tribunal prononce néanmoins la peine de douze mois de prison dont huit avec sursis probatoire assorti des obligations de soins et de travailler ainsi que des interdictions de contact et de paraître dans la rue où vit Marion pendant trois ans. Son sursis de six mois est également révoqué, mais les juges laissent à Louis la possibilité de faire aménager cette peine.

“Là, dans un mois, je suis revenu ici”, peste l’intéressé, “j’ai tout respecté et je suis condamné”.

* prénom(s) d’emprunt

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources


Les chiffres de la délinquance à Onnaing.


3919, numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage.


La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.


Le site de L’Enfant bleu dédié aux maltraitances infantiles.


Si vous êtes victime d’infraction, vous pouvez être accompagnée gratuitement pour connaître vos droits, effectuer vos démarches juridiques ou obtenir de l’aide psychologique : composez le 116 006, rendez vous au bureau d’aide aux victimes du tribunal ou prenez contact avec le Service d’Aide aux Victimes au 102, avenue de Reims 59300 Valenciennes ou 03 27 20 26 26 ou sav.valenciennes@ajar.fr

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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