Escaudain. “C’est elle qui m’a mis un coup de boule et je l’ai poussée dans les poubelles”
Un Angevin de trente-huit ans a été condamné à deux ans de prison pour des violences à l’encontre de sa compagne dans un contexte d’alcoolisation, commises le 24 février et en décembre dernier. Mais aucun des deux ne semble se souvenir de ce qui a occasionné les blessures sur leurs visages.

Elle dit à sa fille et à sa sœur qu’il l’a « fracassée »
Le front de Jordan* arbore une cicatrice toute fraîche. Les cheveux mi-longs coiffés vers l’arrière, bruns, il porte une barbe et se montre assez agité dans le box des prévenus. Face à lui, Cynthia* présente une plaie sur le nez, un hématome à la joue droite et un cocard. Ils étaient en couple depuis sept mois.
C’est le neveu de Cynthia qui a appelé la police, ce 24 février vers 3h45 parce qu’au retour d’une soirée chez la sœur de madame, elle s’est disputée avec Jordan. Tous deux étaient ivres et elle ne voulait pas qu’il prenne la voiture pour rentrer chez eux. Cynthia a néanmoins conduit pour ramener sa fille de dix-huit ans et ensuite… les souvenirs sont beaucoup plus flous. Cynthia a dit à sa fille et sa sœur que Jordan l’a “fracassée”. Aux policiers, elle a pourtant indiqué être tombée dans les poubelles. La même version que Jordan.
« Trou noir »
“Je voulais protéger madame, alors je lui ai dit de dire qu’on est tombés tous les deux”, assure le trentenaire face au tribunal, “parce que c’est elle qui m’a mis un coup de boule et je l’ai poussée dans les poubelles”. La présidente lui fait cependant remarquer que les marques sur le visage de Cynthia ne semblent pas compatibles avec une simple chute. “Elle m’a mis un coup de boule, mais elle m’a mal frappé”, répond Jordan. Mais une minute plus tard, il revient sur sa version : “Je ne sais plus comment ça s’est passé exactement. J’ai un trou noir”.
“J’ai pas de souvenirs, c’est le trou complet”, déclare à son tour cynthia, “je me vois par terre, me relever et rentrer chez moi”. “Je voudrais qu’il me dise ce qu’il s’est passé”, insiste-t-elle. “Ben j’en sais rien”, répond Jordan.
Concernant les faits de décembre, c’est encore la fille qui les dénonce et parle de gifles. “On jouait comme des enfants. […] On s’est chamaillés, c’était de la rigolade, pas de la bagarre”, insiste Jordan.
Le casier de l’Angevin comporte huit mentions depuis 2003 dont deux condamnations pour des violences sur une ex. “Ouais, on se tapait sur la figure et puis après elle est revenue”, commente l’intéressé.
Cynthia ne réclame pas de dommages et intérêts, juste “qu’il reprenne ses affaires et qu’il reparte”.
« Jeu de mains, jeu de vilains »
La substitut Broche se base sur les déclarations de la sœur et de la fille de la victime pour établir les violences. “Quand on a votre casier judiciaire, c’est pas intelligent de faire des ‘chamailleries’ : jeu de mains, jeu de vilain. Surtout quand on a un problème d’alcool et qu’on ne se maîtrise pas”, lance la magistrate. Elle requiert dix-huit mois de prison dont huit avec sursis probatoire pendant deux ans assorti d’obligations de soins, de travail, ainsi que d’interdictions de contact et de paraître au domicile de la victime, pendant deux ans. Elle réclame également le maintien en détention de Jordan.
“On vient se mettre des mines au point de ne plus savoir expliquer ce qu’il s’est passé”, déplore maître Fontaine. L’avocate souligne que “personne n’est témoin des faits” et plaide donc la relaxe en demandant à ne pas “prendre de raccourcis” dans ce dossier.
Un an de prison ferme
Le tribunal fixe la peine à vingt-quatre mois de prison dont douze avec sursis probatoire assorti des obligations et interdictions requises par le parquet. Avec maintien en détention pour la partie ferme.
* prénom(s) d’emprunt
Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.
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Ressources
Les chiffres de la délinquance à Escaudain.
La plateforme pour signaler en ligne des faits de violences conjugales, sexuelles ou sexistes.
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