Vieux-Condé. Quatre ans de prison pour agression sexuelle sur une mineure

Temps de lecture : 4 minutes

Ce 26 mars, le tribunal correctionnel de Valenciennes a jugé un trentenaire déjà condamné par le passé pour des faits de détention d’images pédopornographiques et corruption de mineurs. Il a cette fois profité de la candeur d’une ado de quatorze ans qui vit dans le sud.

Le tribunal judiciaire en février 2025
Des parents bouleversés dans un contexte familial déjà difficile

Le père de la victime a dû être expulsé de la salle d’audience, incapable d’entendre ce que le prévenu a fait à Tiphanie* : “Je vais te caresser, moi ! Je vais te mettre une cartouche, moi !”, a-t-il crié avant de sortir. La maman s’est donc présentée seule à la barre, en fauteuil roulant, pour parler de Tiphanie, et du difficile contexte familial. Handicapée depuis six mois après s’être fait envoler par une voiture, la mère n’a pu se montrer très disponible pour sa fille, tout comme le père. Un deuil et d’autres difficultés sont venus s’ajouter. “C’est une fille qui a un grand cœur qui est dans le pardon, qui s’attache facilement”, décrit la maman, très émue, qui a découvert à l’audience les faits les plus graves que le prévenu a commis. Tiphanie n’avait pas osé leur en parler et elle n’a pas non plus souhaité venir à l’audience.

À la barre, la mère pleure, expliquant que sa fille avait peur que son agresseur retourne en prison, qu’il se suicide, qu’il prive ses deux enfants de leur père. Comme souvent, la victime culpabilise.

Déjà condamné pour corruption de mineurs et suivi par la justice

“Elle n’a pas à s’en vouloir de ce qu’il se passe en ce moment, c’était moi l’adulte”, réagit Salvatore* depuis le box. Brun, les cheveux courts, une barbe, il est vêtu d’un sweat-shirt blanc. Son casier comporte quatre mentions depuis 2009, dont deux pour corruption de mineur et détention d’images pédopornographiques. Sa dernière condamnation lui a même valu un séjour en prison et un suivi socio-judiciaire, qui était toujours en cours au moment des faits. Et qui se passait bien, d’après ses encadrants. Menuisier salarié et en microentreprise, Salvatore a deux enfants très jeunes dont il a la garde un week-end sur deux. Ce qui ne plaît pas à la mère.

C’est elle qui a signalé les faits aux parents de Tiphanie, photos à l’appui et en leur précisant ses précédentes condamnations.

Il ne se voit pas comme un pédophile

Le trentenaire ne conteste pas. Il a rencontré l’ado sur Tik Tok courant 2024. Ils ont discuté et, en novembre, il est parti la rejoindre dans le sud une première fois. En février, il y est retourné avec ses propres enfants. Dans son AirBNB, il profite d’elle et commet des faits qui auraient pu être jugés aux assises. Un médecin constatera une ecchymose sur le sexe de Tiphanie compatible avec les faits qu’elle a décrit aux policiers. “Après coup, je me rends compte que c’était moi l’adulte, mais je ne faisais pas attention à tout ça”. Il la présente comme “une belle âme”, avec un “grand cœur”. Un discours assez typique chez certains pédophiles, mais Salvatore s’en défend, même s’il comprend que les parents de Tiphanie puissent être inquiets.

“Qu’est-ce qui, aujourd’hui, va nous rassurer ?” demande le président Barry. “Je ne cherchais strictement rien, c’est à force de discussions…” répond Salvatore. “C’est toujours comme ça”, réagit le magistrat, “il faudrait que vous vous mettiez dans le cerveau qu’un enfant reste un enfant”.

Maître Lejeune représente Tiphanie et souligne que celle-ci s’est montrée mal à l’aise tout de suite par rapport à la différence d’âge. “Ce n’est pas une question d’éducation”, insiste l’avocate pour rassurer les parents. La famille réclame un renvoi aux intérêts civils pour se laisser le temps de chiffrer le préjudice.

Cinq ans de prison requis

De son côté, la substitut Burillon évoque un “profil particulièrement inquiétant”, avec un trentenaire qui repère depuis des années des jeunes filles sur les réseaux sociaux et qui se montre assez “déterminé” pour traverser le pays afin de rencontrer sa victime. Et ce, malgré un suivi particulièrement “resserré”. “Il se sert de ses enfants pour l’amadouer”, estime la magistrate, qui requiert cinq ans de prison avec maintien en détention et interdiction de contact pendant cinq ans en plus des peines obligatoires.

Maître Thévenot plaide pour une peine aménagée en semi-liberté pour que Salvatore puisse continuer à travailler et à se faire suivre par un psychologue. “Il va ressortir de détention, il va être comme aujourd’hui. Il sera peut-être même pire.”, avance-t-il.

Quatre ans avec maintien en détention

Le tribunal fixe la sanction à quatre ans de prison avec maintien en détention en plus d’interdictions de contact avec Tiphanie pendant cinq ans ainsi que d’exercer toute activité qui le mettrait en lien avec des mineurs pendant la même durée. Il a également été inscrit au FIJAIS. Les dommages et intérêts doivent être évalués le 11 septembre et Salvatore devra d’ores et déjà s’acquitter d’une provision de 2000 euros en plus des frais d’avocats à hauteur de 1200 euros.

* prénom(s) d’emprunt (sauf exception, la véritable identité des condamnés ne sera mentionnée sur ce site qu’à la demande des juges)

Les condamnés ont dix jours pour interjeter appel de la décision du tribunal.

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Ressources


Les chiffres de la délinquance à Vieux-Condé.


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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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