Conseil de lecture : Rétiaire(s), de DOA

Temps de lecture : 3 minutes

On inaugure une nouvelle rubrique, qui reviendra régulièrement si vous l’appréciez : les conseils de lecture. Et on commence par un polar pur et dur signé DOA : Rétiaire(s). Un roman exigeant qui ne conviendra donc pas à tous les publics.

Une fiction exigeante

Après la présentation de l’auteur, le livre commence par définir le titre : un rétiaire, c’est un gladiateur romain armé d’un trident, d’un poignard et d’un grand filet de pêche. Voilà le lecteur averti d’emblée : ce roman n’est pas un livre de plage, conçu pour la détente. Il va falloir réfléchir, se concentrer, apprendre du vocabulaire, des acronymes … Et essayer de deviner à quoi fait référence ce titre puisqu’il n’est à aucun moment question de gladiateur, de Rome ou de trident. Par contre, DOA évoque quelques coups de poignard et de filets. Un indice.

D’ailleurs, dès la première page du premier chapitre, DOA renvoie à son glossaire, à la fin, conscient que son lecteur ne connaîtra pas forcément toutes les références. Parce que, oui, le bonhomme va vous parler d’APHP, de baqueux, de BNAS, de four, de hataï et de QPR, sur 410 pages. Et si vous n’êtes pas du milieu policier ou judiciaire, ce lexique risque fort de vous faire lever un sourcil. A de très nombreuses reprises.

Juste avant le glossaire, on trouve aussi un tableau récapitulatif des personnages. En effet, ils sont assez nombreux et pour s’y retrouver dans les différents services policiers et dans la famille Cerda, il vaut mieux bénéficier d’un petit coup de main.

On comprend donc très vite qu’on tient entre les mains le récit d’un auteur méticuleux qui se veut aussi précis que possible. Bien sûr, il s’agit bien d’une fiction, mais basée sur une épaisse documentation que l’auteur détaille, là aussi, à la fin. Et qui devait initialement constituer le scénario d’une série télé qui n’a pu aboutir. Et ça se sent, un peu.

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Une famille de Manouches mafieux bien campés

DOA nous plonge, en parallèle, dans les embrouilles d’une famille de Manouches mafieux et dans les méandres policiers, avec des fonctionnaires chargés de mettre la pègre hors d’état de nuire. Avec, comme lien, le meurtre d’un criminel commis par un policier dans son commissariat. Ce qui l’amène, évidemment, en prison, avec l’un des membres du clan avec qui il entretient une relation ambiguë. Le tout sur fond de trafic de stupéfiants.

L’auteur sculpte ses personnages avec une grande finesse, loin de certains romans populaires, dotés de personnages creux et caricaturaux. Ici, chacun dispose de sa propre personnalité, de son caractère, de son passif, et de ses propres enjeux. Ce qui frappe, c’est le réalisme. DOA n’hésite pas à ouvrir des parenthèses pour nous faire prendre du recul, nous parler d’Evo Morales, de la Bolivie pour ensuite établir les liens avec la France. De nombreux passages se déroulent à la Santé, et on sent que l’auteur a lu de nombreuses publications de l’Observatoire International des Prisons, entre autres documentations.

L’inconvénient de ce réalisme exigeant, c’est le sentiment d’incomplétude qu’on peut ressentir à la fin, parce que ça ne se termine pas, justement. Fin ouverte. DOA présente des tranches de vie cohérentes, mais, comme dans la vie, beaucoup d’arcs narratifs restent en suspens, irrésolus. C’est là qu’on sent la série télé avortée. Et qu’on peut ressentir une certaine frustration, pas forcément désagréable, mais qu’il vaut mieux anticiper.

Il convient aussi de mentionner les dialogues où, pour le coup, l’auteur ne vient pas aider son lecteur. Il use d’une forme très inhabituelle, moderne, sans doute, mais confuse. L’avantage de ce choix réside dans le maintien du rythme et donc de la tension. Au risque de nous perdre.

DOA ?

Ancien para, DOA cumule les prix depuis qu’il s’est converti en écrivain, au point qu’il a été recruté, en 2020, dans la « red team defense » par le ministère des Armées pour imaginer « les futures crises géopolitiques et ruptures technologiques impliquant les militaires », afin de défendre la « souveraineté de la France ».

Rétiaire(s), Collection Série Noire, Gallimard.

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Lisa Largillet

Journaliste et autrice de fictions (sous pseudonyme) qui a toujours vécu dans le Valenciennois, je couvre les audiences du tribunal correctionnel de Valenciennes depuis 2012 pour la presse locale. Je dispose aussi d'une courte mais enrichissante expérience en tant que secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats.

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